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8 120 embauches prévues à Mayotte, et des recruteurs qui cherchent encore leurs comptables

Au salon Mayotte Recrute de Kawéni, plus de quarante exposants et 1 050 préinscrits. Selon France Travail, 56,8 % des recrutements prévus en 2026 sont jugés difficiles, et l'édition 2024 n'a jamais mesuré combien de contrats elle avait produits.

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8 120 embauches prévues à Mayotte, et des recruteurs qui cherchent encore leurs comptables
Photo : Mamoudzou Kaweni 150402 — Vincent Clavier, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Mario a vingt ans, un bac+2 en poche, et cherche depuis deux ans une alternance en informatique. Vendredi, dans les gymnases du lycée des Lumières à Kawéni, il a confié à Mayotte la 1ère que tous ses espoirs reposaient sur ce salon, parce que le secteur est selon lui « très bouché » à Mayotte. À quelques stands de là, des employeurs cherchaient des comptables expérimentés, des chefs de chantier, des kinésithérapeutes, des profils que l'association décrit comme rares.

Cette scène résume assez bien la deuxième édition du salon de l'association Mayotte Recrute, tenue les 23 et 24 octobre sous le titre « Mayotte Recrute pour sa reconstruction ». Plus de quarante exposants, dix conférences, un job dating sans CV le vendredi et un job dating inversé le samedi, où les candidats présentaient leurs compétences devant les entreprises. Mayotte la 1ère comptait déjà 1 050 visiteurs préinscrits à l'ouverture, et le salon restait accessible en ligne pour la diaspora.

Plus d'une embauche sur deux jugée difficile

Les chiffres cités par Mayotte Hebdo en amont du salon sont éloquents. D'après l'enquête 2026 de France Travail sur les besoins en main-d'œuvre, les entreprises mahoraises prévoient 8 120 recrutements cette année, et 56,8 % d'entre eux sont jugés difficiles, contre 43,8 % au niveau national. Dans un département où l'emploi manque à des dizaines de milliers de personnes, ce taux signale un décalage entre les offres et les profils disponibles.

Le président de l'association, Namoure Zidini, en a dressé la carte. Les candidats affluent en secrétariat, en assistanat de direction ou en communication. Les entreprises, elles, peinent à trouver des responsables des ressources humaines, des contrôleurs de gestion et des comptables chevronnés. Le BTP réclame des géotechniciens et des chefs de chantier, en pleine reconstruction après Chido. La santé cherche des ergothérapeutes et des psychomotriciens, le social des éducateurs spécialisés expérimentés et des auxiliaires de puériculture. Devant les caméras de Mayotte la 1ère, il a résumé l'idée en une phrase : « Ce sont les métiers qui sont demandeurs à Mayotte, et non les secteurs. » Les sages-femmes et les infirmières font défaut. Les brancardiers et les secrétaires médicales, eux, risquent de chercher plus longtemps.

Les responsabilités sont partagées. Certains organismes forment encore en masse à des métiers saturés, regrette Namoure Zidini, qui aurait voulu davantage de centres de formation parmi les exposants ; ils n'étaient qu'une dizaine. Les employeurs ont leur part, avec des services de ressources humaines souvent trop réduits pour traiter les candidatures, dont certaines se perdent en route. Et les diplômés partis étudier ailleurs hésitent à revenir, à cause du manque d'eau et de l'insécurité, d'autant qu'ils peuvent télétravailler depuis La Réunion ou l'Hexagone.

Neuf cents participants en 2024, combien d'embauches ?

Ce salon rend service, et il faut souhaiter qu'il revienne. Mais une lacune saute aux yeux dans son propre bilan. La première édition avait réuni plus de 900 participants, dont près de 400 à distance, et l'association reconnaît n'avoir pas pu mesurer le nombre de recrutements réellement conclus. Les entreprises ont fait des retours « encourageants », plusieurs ont constitué un vivier. C'est maigre pour juger d'un dispositif que soutiennent des partenaires publics. Un jeune comme Mario attend un contrat d'alternance signé avant la prochaine rentrée, et rien dans ce bilan ne lui dit si le salon de 2024 en a produit.

Je crois que la question du suivi dépasse l'association. Elle concerne en premier lieu ceux qui financent la formation sur l'île. Le Département-Région, qui achète chaque année des places de formation professionnelle, dispose avec l'enquête de France Travail d'une liste très concrète des métiers où les entreprises ne trouvent personne. Si les programmes continuent de remplir des sections d'assistanat pendant que les chantiers de reconstruction cherchent des chefs d'équipe, l'argent public entretient lui-même le décalage que le salon tente de corriger. Le même jour, Mayotte Hebdo décrivait des centres de formation « étranglés par les impayés » ; un appareil de formation fragilisé aura encore plus de mal à se réorienter.

Le plus urgent consiste à compter. Mayotte Recrute et France Travail pourraient recontacter au bout de trois mois les entreprises exposantes et les candidats inscrits, puis publier le nombre de contrats signés, d'alternances et d'entrées en formation obtenus grâce au salon. La collectivité, de son côté, gagnerait à rendre publique la correspondance entre ses achats de formation et les métiers classés en tension par France Travail, pour montrer où vont les places qu'elle finance.

Reste le cas des petites entreprises, qui forment l'essentiel du tissu mahorais et n'ont souvent personne pour lire un CV. Un groupement d'employeurs ou un service de recrutement partagé, porté par les chambres consulaires, leur permettrait d'accueillir des alternants sans créer un poste qu'elles n'ont pas les moyens de payer. Mario en aurait besoin. Les entreprises du numérique sont peu nombreuses sur l'île et celles qui existent sont rarement équipées pour encadrer un apprenti.

Une table ronde du samedi portait sur le retour des Mahorais diplômés installés hors du territoire. Les jeunes restés sur l'île, que les recruteurs croisent sans toujours les embaucher, méritaient la même attention. L'association espérait entre 1 000 et 1 500 participants cette année. Avec 1 050 préinscrits à l'ouverture, elle était déjà dans la fourchette. Le nombre des contrats signés grâce au salon, devrait être connu avant la troisième édition, et rien n'empêche de le publier dès janvier 2027.

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