Deux annonces sur l'avion sont tombées la même semaine, et elles ne parlent pas tout à fait du même Mayotte. Le 16 octobre, un amendement au projet de loi de finances pour 2027 a proposé d'ajouter 5 millions d'euros pour préparer l'amélioration de la desserte aérienne de l'île. Le 19 octobre, Corsair a fait savoir qu'un groupe de cinq à neuf personnes pouvait faire l'aller-retour entre Dzaoudzi et La Réunion à partir de 271 euros par tête, bagage en soute compris. Les 5 millions engagent l'État sur des années, quand les 271 euros intéressent une famille qui prépare un mariage à Saint-Denis ou une association sportive qui doit envoyer son équipe disputer un tournoi.
L'amendement n° II-CF844 a été déposé en commission des finances par Marcellin Nadeau, député du groupe Gauche démocrate et républicaine et rapporteur pour avis de la commission du développement durable, avec les autres membres de son groupe. Son exposé tient en quelques lignes. Il commence ainsi : « La situation géographique de Mayotte et l'importance croissante de ses besoins de mobilité rendent indispensable l'amélioration de sa desserte aérienne. » Le texte augmente de 5 millions d'euros en autorisations d'engagement et de 2 millions en crédits de paiement la sous-action consacrée aux infrastructures aéroportuaires du programme 203, celui des infrastructures et services de transports, en prenant ces sommes sur une action du programme 217. L'objet affiché est de « permettre la poursuite des études et opérations préparatoires nécessaires à l'amélioration durable de la desserte aérienne de Mayotte ». Les auteurs y voient « un investissement de souveraineté, de sécurité et de continuité territoriale, mais également […] un préalable au développement économique et à l'intégration régionale de Mayotte ».
Cinq millions pour des études dont on ignore la liste
Ce type d'amendement prend des crédits sur un programme pour les mettre sur un autre, faute de pouvoir créer une dépense nouvelle, et ses auteurs demandent au gouvernement de « lever le gage », c'est-à-dire de financer la mesure sans amputer l'action d'origine. À la date du 20 octobre, le sort de l'amendement en commission n'est pas connu de cette rédaction. Il pourrait être adopté, rejeté ou retiré, et même adopté, il devrait encore franchir la séance publique et la navette avec le Sénat.
Sur le fond, le dépôt pose une question budgétaire simple, que l'on aimerait voir traitée sur pièces en sachant quelles études restent à mener, pour quel coût et selon quel calendrier. Depuis des années, les Mahorais entendent parler d'allongement de piste, de nouvel aéroport et de « desserte améliorée » sans disposer d'un tableau public des études financées, rendues ou encore attendues. L'amendement ne détaille pas les opérations visées. Le ministère des Transports serait bien placé pour le faire en séance, quelle que soit l'issue du vote, en publiant la liste des études déjà conduites sur la desserte de Mayotte, leurs montants et leurs conclusions.
Ce débat d'infrastructure laisse de côté un sujet que chaque foyer connaît mieux que les crédits du programme 203, celui du prix du billet. Une piste plus longue ou un nouvel aéroport ne changeront rien pendant des années à la facture d'un parent qui doit accompagner un enfant malade à La Réunion ou d'un étudiant qui rentre pour les vacances. L'offre de Corsair décrite par Le Journal de Mayotte montre qu'un tarif plus doux est possible quand la compagnie le décide, sur des séjours de trois jours à six mois. Elle est aussi limitée dans le temps, puisqu'elle court jusqu'au 30 novembre, et réservée aux groupes qui voyagent ensemble aux mêmes dates. Le voyageur seul, celui qui part pour un examen médical ou un concours, n'en profite pas.
Les crédits d'études et le prix du billet
Les deux sujets devraient, à mon sens, être discutés ensemble par les pouvoirs publics, parce qu'ils relèvent de la même promesse de continuité territoriale. Des études financées pour l'avenir ne servent que si elles aboutissent à des décisions datées et si la dépense publique consacrée aujourd'hui à l'aérien profite aussi aux habitants qui voyagent maintenant. Pour les services de l'État comme pour les élus mahorais de toutes sensibilités, un état public des études aéroportuaires financées pour Mayotte depuis dix ans serait un point de départ honnête. Un suivi trimestriel des prix moyens payés sur les lignes Dzaoudzi–La Réunion et Dzaoudzi–Paris, publié par la direction générale de l'aviation civile ou par l'observatoire des prix, permettrait de juger les offres commerciales sur la durée plutôt qu'à l'annonce. Quant aux compagnies présentes sur l'île, elles pourraient étendre les tarifs de groupe aux périodes de vacances scolaires mahoraises, quand les familles voyagent le plus.
L'amendement de Marcellin Nadeau porte sur 2 millions d'euros de crédits de paiement pour 2027 et la promotion de Corsair s'arrête le 30 novembre 2026, si bien qu'aucun des deux ne règle à lui seul la question. Le sort de la rallonge prévue pour les études sur la desserte de Mayotte se jouera dans les prochains jours, au vote de la commission des finances sur l'amendement II-CF844.
Sources
- Amendement, M. Marcellin Nadeau, 16 octobre 2026 (Projet de loi de finances pour 2027, ETAT B) — Assemblée nationale
- Corsair lance une offre spéciale Groupe entre Mayotte et La Réunion à partir de 271 euros — Le Journal de Mayotte

