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Ebola, un prélèvement fait à Mamoudzou met trente-six heures à revenir de Lyon

Après un cas importé au Kenya, l'ARS a rappelé 140 passagers arrivés à Dzaoudzi et double ses équipes à chaque vol venu de Nairobi. Le maillon lent reste le diagnostic, expédié à Lyon via La Réunion et Paris.

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Ebola, un prélèvement fait à Mamoudzou met trente-six heures à revenir de Lyon
Photo : Aéroport de Pamandzi — mwanasimba from La Réunion, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Mardi 13 octobre, des agents de l'Agence régionale de santé ont passé leur journée au téléphone. Au bout du fil, 140 voyageurs arrivés du Kenya à Dzaoudzi le dimanche précédent et le mardi même, à qui l'on demandait s'ils étaient passés par la République démocratique du Congo ou par l'Ouganda avant d'embarquer, et à qui l'on rappelait les signes d'Ebola. L'opération, racontée par Le Journal de Mayotte le 19 octobre, répondait à un décès survenu le 5 octobre à Nairobi. Un homme qui vivait en RDC depuis sept ans avait traversé l'Ouganda puis rejoint la capitale kényane en avion. L'infection par le virus Bundibugyo a été confirmée le lendemain.

Le Kenya n'est pas classé parmi les zones de circulation active du virus, et l'ARS le répète. Son directeur adjoint, le Dr Marc Noizet, résume la position de l'agence en une phrase prudente : « Le niveau d'alerte reste faible ». Il ajoute que la menace est prise « très au sérieux ». Les Mahorais savent depuis le choléra de 2024 et les mois qui ont suivi Chido que l'île dépend de l'avion pour presque tout, y compris pour savoir si un malade est contagieux.

De Dzaoudzi à Lyon, trente-six heures d'attente

Le circuit décrit par l'ARS est précis. Si un équipage signale un passager fiévreux, l'avion est dirigé vers une zone isolée du tarmac. Si le cas est repéré à l'arrivée grâce au questionnaire, la personne est conduite à l'infirmerie de l'aéroport, qui sert de première zone d'isolement, puis le Samu prend le relais. La décision de classer quelqu'un en « cas suspect » se prend au centre 15, en conférence téléphonique avec un infectiologue et à partir de la grille de Santé publique France. Le patient rejoint ensuite le Centre hospitalier de Mayotte par un circuit séparé.

La suite du circuit est beaucoup plus lente, puisque le prélèvement sanguin part de Mamoudzou vers l'aéroport, rejoint La Réunion, puis Paris, avant d'arriver au Centre national de référence de Lyon. « Il nous faut 36 heures entre le moment où le patient est prélevé et le moment où on a le résultat », reconnaît le Dr Noizet. Pendant ces trente-six heures, un lit d'isolement est occupé, des soignants travaillent en tenue de protection et les contacts du voyageur attendent de savoir s'ils doivent être suivis. Sur une île où le CHM manque déjà de lits et de bras, ce délai pèse lourd, et il pèserait davantage avec plusieurs cas suspects sur quelques jours, scénario pour lequel l'ARS dit avoir prépositionné du matériel.

Le 19 mai, après le classement de l'épidémie de l'Ituri en urgence sanitaire de portée internationale par l'OMS, le Premier ministre avait déjà annoncé des mesures de précaution centrées sur Mayotte, seul territoire français alors visé par un dispositif renforcé, selon Outremers360. Les modélisations de l'Inserm et de Santé publique France jugeaient le risque d'importation très faible. On comptait alors 131 décès en RDC. Cinq mois plus tard, selon le Journal de Mayotte, l'épidémie du variant Bundibugyo en RDC et en Ouganda a franchi le seuil des 4 000 décès. Le risque pour Mayotte reste faible, mais il s'installe dans la durée et fatigue peu à peu les équipes mobilisées.

Trois vols par semaine depuis Nairobi

Les liaisons avec le Kenya arrivent le dimanche, le mardi et le jeudi. Pour ces vols, l'ARS double désormais le personnel présent à l'arrivée, distribue un questionnaire à chaque passager et envoie des SMS d'information. Le Dr Noizet évoque déjà l'étape suivante si l'épidémie s'étendait, en citant Madagascar : « Ce serait plus ennuyeux, car on a une imbrication économique et culturelle avec Madagascar très forte à Mayotte ». Il précise aussi que le protocole pourrait s'appliquer partout sur l'île, y compris lors d'une interception en mer.

Ce dernier point mérite qu'on s'y arrête, car il touche à un sujet où la rumeur va plus vite que les faits. Une personne fiévreuse débarquée d'une embarcation doit recevoir la même prise en charge qu'un passager descendu d'un avion, avec la même discrétion. Si le dispositif sanitaire se mêle aux contrôles migratoires dans l'esprit du public, ceux qui ont de la fièvre éviteront l'hôpital, et c'est exactement ce qu'il faut empêcher face à un virus qui se transmet par les liquides biologiques. L'ARS a raison de traiter la mer comme un point d'entrée sanitaire. Elle devra le dire en shimaoré et en kibushi, dans les quartiers, avant que la rumeur ne s'en charge au premier cas suspect.

Gagner du temps sur le diagnostic

Je trouve la préparation de l'ARS solide sur le papier, et l'exercice grandeur nature mené avec le CHM et le laboratoire de Lyon à partir d'un prélèvement fictif montre que la chaîne a été éprouvée. Ma réserve porte sur ce qui dépend de l'extérieur. Trente-six heures de transport pour un résultat, c'est une durée acceptable pour un cas isolé et elle devient intenable si les suspicions se multiplient, si un vol est annulé ou si une alerte cyclonique cloue les avions au sol en pleine saison des pluies. Le médecin le reconnaît lui-même lorsqu'il explique qu'un renfort ne viendrait que de La Réunion, « mais il faut quand même quelques heures à un avion pour venir ».

L'ARS et le ministère de la Santé doivent régler en priorité la question de la biologie. Il faudrait étudier sans attendre la possibilité de réaliser au moins un test de première intention dans la zone, au CHU de La Réunion ou à Mamoudzou, quitte à ce que Lyon confirme ensuite. Cela suppose des équipements, des habilitations et des personnels formés, donc un budget, et la question doit être tranchée avant le pic de la saison des pluies. Un bilan public régulier, même bref, indiquant le nombre de vols contrôlés, de questionnaires remplis et de signalements examinés, permettrait de juger le dispositif sur pièces et de couper court aux bruits de couloir. Reste une affaire de bon sens, car les messages de prévention envoyés par SMS doivent aussi passer à la radio, dans les mosquées et par les associations de quartier, dans les langues que parlent réellement les familles.

Le précédent du médecin humanitaire contaminé en RDC, rapatrié en juin et aujourd'hui guéri, rappelle ce que gagne une détection rapide. Mayotte n'a pas le luxe de compter sur l'Hexagone dans l'heure. La préfecture et l'ARS ont jusqu'à la fin novembre, quand les pluies s'installent et que les vols deviennent plus incertains, pour annoncer comment elles comptent ramener ce délai de trente-six heures à moins d'une journée.

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