Mardi matin, l'intersyndicale du Département-Région réunissait les agents en assemblée générale à Mamoudzou. Leurs doléances sur les locaux vétustes, le manque de moyens et la santé mentale en souffrance ne sont pas nouvelles. Elles disent pourtant quelque chose d'essentiel. On ne refondera pas Mayotte avec des services publics qui travaillent dans des bureaux abîmés depuis Chido.

Il est 9 heures, mardi 6 octobre, au siège du Département-Région, à Mamoudzou. Les cinq organisations de l'intersyndicale, CFDT, FO, CGTMA, SNUTER et FSU, ont convoqué une assemblée générale. Le Journal de Mayotte l'avait annoncée la veille ; Mayotte la 1ère s'y est rendue. Les agents qui prennent la parole parlent de bâtiments dégradés, d'outils de travail manquants, d'un sentiment de ne pas être considérés.
Le contexte immédiat, c'est un « mouvement d'humeur » des agents de la PMI de M'tsamboro, ces centres de protection maternelle et infantile où se suivent grossesses, nourrissons et vaccinations. Mais l'intersyndicale élargit le propos. Ahmed Zafera, délégué Force ouvrière, cité par Mayotte la 1ère, affirme que « depuis Chido il n'y a eu aucune rénovation » et que, sur les 126 sites du Département, beaucoup recensent des problèmes. Il rappelle qu'une cité administrative est promise « depuis 2016 ». Il avance aussi que la fréquentation du pôle de santé mentale aurait triplé depuis le cyclone, ce qu'il relie aux conditions de travail. Ces chiffres sont ceux d'un représentant syndical ; ils n'ont pas été confirmés ni contestés publiquement par la collectivité, qui n'a pas souhaité s'exprimer auprès de nos confrères. Une nouvelle rencontre entre agents est prévue mardi prochain.
Un malaise qui déborde le Département
Ce n'est pas un cas isolé. Fin août, la CFDT et la CGT ont déposé un préavis de grève illimitée à l'Agence régionale de santé de Mayotte, dénonçant gel des postes, surcharge de travail et dialogue social dégradé, selon Le Journal de Mayotte. Au même moment, les lycées de l'île se soulèvent contre l'état de leurs sanitaires et de leurs salles. Et ce mardi encore, le Centre de gestion de la fonction publique territoriale annonçait la reprise de ses activités de médecine du travail pour les collectivités et leurs agents, ce qui laisse deviner qu'elles avaient été interrompues.
Le fil commun est simple. Près de deux ans après Chido, ceux qui font tourner le service public à Mayotte travaillent souvent dans des lieux que le cyclone a abîmés et que personne n'a encore réparés. La stratégie quinquennale de refondation 2026-2031, validée en comité interministériel en juillet 2025, compte treize chantiers, de l'eau aux grandes infrastructures en passant par la « convergence sociale ». Les conditions de travail des agents publics locaux ne figurent pas parmi ces intitulés. Elles sont pourtant la condition de tout le reste.
Pourquoi cela nous concerne tous
On pourrait lire ce conflit comme une affaire interne entre une collectivité et ses salariés. Ce serait une erreur. Le Département-Région, ce sont notamment les PMI, l'aide sociale à l'enfance, les routes départementales, les transports interurbains, l'agriculture, l'environnement. Quand une PMI fonctionne mal, ce sont des mères et des bébés qui attendent plus longtemps. Quand un agent de l'aide sociale travaille dans un bureau sans climatisation, sans connexion fiable et sans confidentialité, c'est la famille reçue en face qui en pâtit.
Il y a aussi un enjeu d'attractivité. Mayotte peine à recruter et à garder des professionnels qualifiés, dans la santé comme dans l'administration. Des conditions de travail dégradées font partir ceux qui pourraient rester, et découragent ceux qui pourraient venir. Chaque départ coûte en recrutement, en formation, en continuité de service.
Pour un plan de remise en état publié et daté
Les agents ne réclament pas l'impossible. Ils demandent des bureaux dignes, des outils pour travailler et d'être écoutés. La réponse ne peut pas être le silence. Voici ce que nous attendons de l'exécutif départemental.
D'abord, un inventaire public des 126 sites : état du bâti, dégâts de Chido non réparés, conformité électrique et sanitaire, accessibilité. Cet état des lieux existe sans doute en partie dans les services techniques. Le publier, c'est se donner une base commune de discussion avec les syndicats et un outil de contrôle pour les élus.
Ensuite, un programme de travaux priorisé, avec un calendrier et des financements identifiés, en commençant par les lieux qui reçoivent du public vulnérable, c'est-à-dire les PMI et les services sociaux départementaux. Une partie des crédits de la refondation pourrait y être fléchée ; c'est exactement le type d'investissement qui améliore immédiatement la vie des habitants.
Il faut aussi s'occuper de la santé au travail. Si la fréquentation du pôle de santé mentale a réellement augmenté dans les proportions évoquées, cela mérite une enquête indépendante sur les risques psychosociaux, menée avec les représentants du personnel, et des mesures de prévention concrètes.
Enfin, il est temps de dire où en est la cité administrative promise depuis dix ans, qu'il s'agisse du foncier, du coût, du calendrier ou d'un abandon assumé. Une promesse non tenue pendant une décennie pèse plus lourd sur la confiance qu'un refus franc.
La refondation de Mayotte se mesure en kilomètres de route, en mètres cubes d'eau et en nombre de logements. Elle se mesure aussi à la façon dont une collectivité traite celles et ceux qui la font fonctionner. Ouvrir le dialogue avec l'intersyndicale avant la prochaine assemblée générale serait un premier signe.
Sources
- Mayotte la 1ère, « L'intersyndicale du Département - Région est toujours en attente de meilleures conditions de travail », 6 octobre 2026 : la1ere.franceinfo.fr
- Le Journal de Mayotte, « L'intersyndicale du Département-Région appelle à une Assemblée générale ce mardi », 5 octobre 2026 : lejournaldemayotte.yt
- Le Journal de Mayotte, « Préavis de grève illimitée à l'ARS Mayotte : l'intersyndicale dénonce des conditions de travail dégradées », 27 août 2026 : lejournaldemayotte.yt
- Le Journal de Mayotte, « Le Centre de Gestion de Mayotte reprend ses activités de médecine du travail », 6 octobre 2026 : lejournaldemayotte.yt
- Le Journal de Mayotte, « (Re)construction : la méthode rouvre une blessure à vif chez les élus mahorais », 28 septembre 2026 : lejournaldemayotte.yt