Circulation

Six mois après son lancement, le réseau Msafara doit à ses abonnés des horaires tenus et des alertes

Des usagers des bus interurbains du Département-Région dénoncent des retards et un silence total en cas de perturbation. En mai, la collectivité visait 3 millions de voyageurs par an, mais aucun bilan de fréquentation ni de ponctualité n'a été publié depuis.

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Six mois après son lancement, le réseau Msafara doit à ses abonnés des horaires tenus et des alertes
Photo : Rond point barge Mamoudzou — Vincent Clavier, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

« Le respect des horaires n'est pas un luxe. » La phrase vient d'usagers du réseau Msafara, les bus interurbains du Département-Région, et France-Mayotte Matin l'a reprise dans son édition du 30 octobre. Dans un texte bref, ils reprochent au service des horaires qui ne seraient pas tenus et un silence complet quand un car prend du retard ou ne vient pas, alors qu'ils paient chaque mois leur abonnement. Ils concluent en lançant à la collectivité : « Nous demandons simplement le respect de vos engagements ! »

Le 18 mai, le Département-Région présentait son premier réseau de transport interurbain, avec des départs à partir du 22 mai sur deux lignes, depuis Chirongui et depuis Dzoumogné vers Mamoudzou, selon Outremers360. Dix lignes étaient annoncées pour le mois d'août, cinq en Grande-Terre et cinq en Petite-Terre. Dix mille titres gratuits devaient lancer l'habitude, avant un abonnement à 50 euros donnant accès sans limite aux bus et à la barge. Ali Omar, troisième vice-président chargé des transports, déclarait alors : « On table sur 3 millions de voyageurs par an », soit 3 000 à 4 000 passagers par jour.

Mayotte a attendu longtemps un réseau public entre ses villages, et j'ai trouvé l'offre séduisante, avec un abonnement qui couvre aussi la traversée vers Petite-Terre pour des familles qui dépensent beaucoup en carburant et en taxis. Le gazole a d'ailleurs pris 14 centimes par litre en septembre, rappelait Flash Infos le même jour en commentant les chiffres de l'Insee. Chaque automobiliste qui laisse sa voiture pour le car soulage aussi des routes saturées matin et soir.

Des retards signalés dès juin

Les reproches ne datent pas de cette semaine. Dès le 10 juin, Mayotte Hebdo relevait sur les réseaux sociaux des témoignages de bus arrivés en retard et d'attentes plus longues que prévu. Le journal se gardait de conclure à un dysfonctionnement général, et il avait raison de rester prudent quelques semaines après un lancement. Cinq mois plus tard, faute de chiffres publiés, on ne peut toujours pas mesurer l'ampleur du problème, mais l'argument de la période de rodage s'use à mesure que les plaintes reviennent.

Un car interurbain reste coincé dans les embouteillages de la RN1 et de la RN2 comme n'importe quelle voiture, et les usagers savent que le Département ne commande pas la circulation. Ils lui demandent d'afficher des horaires tenables et de prévenir quand le car ne passera pas, deux choses qui dépendent de lui seul. À Dzoumogné, une salariée qui voit passer 7 h 30 sous l'abri sans la moindre information finit par comprendre toute seule qu'il n'y aura pas de bus, et elle s'en souviendra le mois suivant au moment de renouveler son abonnement.

Le paiement mensuel aggrave les choses. L'usager qui paie d'avance sans savoir s'il sera transporté finit par revenir à sa voiture ou au taxi, et le réseau perd les clients qu'il devait gagner.

Trois millions de voyages, combien de bus à l'heure ?

À ce jour, je n'ai trouvé aucun bilan public de Msafara. On ignore combien des dix lignes promises pour août circulent réellement, combien d'abonnés paient chaque mois et quelle part des départs se fait à l'heure. Le Département a donné en mai un objectif de fréquentation, il lui revient de dire où il en est.

Je commencerais par les SMS. Avant d'ouvrir de nouvelles lignes, le Département devrait prévenir ses voyageurs par message ou par notification dans l'application dès qu'un car est supprimé ou retardé de plus de quinze minutes, et l'application qui affiche aujourd'hui les horaires théoriques pourrait signaler ces perturbations sans attendre un système de suivi en temps réel.

Les fiches horaires sont à reprendre. L'exploitant dispose depuis mai de relevés de parcours suffisants pour recaler ses grilles avant la rentrée de janvier, avec des temps de trajet honnêtes aux heures de pointe, même longs.

Pour les abonnés, un geste commercial lisible, par exemple quelques jours offerts quand le taux de départs supprimés dépasse un seuil dans le mois, montrerait que la collectivité prend leur argent au sérieux. Il suppose de mesurer ce taux, donc de le publier.

Les débuts d'un service sont toujours difficiles, concède France-Mayotte Matin, qui ajoute qu'il doit se stabiliser pour pouvoir être étendu. Je partage ce diagnostic, à une condition de calendrier. Le réseau aura six mois le 22 novembre, et cette date se prête à la publication d'un premier bilan de Msafara, ligne par ligne, avec la fréquentation et la ponctualité mesurées depuis le premier départ.

Sources

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