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À 79 jours de la fin du contrat de la SMAE, Mayotte ne sait toujours pas qui distribuera son eau

Le contrat de la Mahoraise des eaux expire le 31 décembre. La consultation du syndicat Les Eaux de Mayotte pour lui trouver un successeur a été prolongée deux fois faute de candidat, et son résultat n'avait pas été rendu public à la mi-octobre.

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À 79 jours de la fin du contrat de la SMAE, Mayotte ne sait toujours pas qui distribuera son eau
Photo : Retenue collinaire de Dzoumogné — Plg56, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Mardi 13 octobre au matin, une casse sur une ventouse du réseau a privé d'eau une partie de Tsoundzou II et tout le village de Kwalé. La Mahoraise des eaux (SMAE) annonçait un retour à la normale vers midi et demandait aux habitants de faire bouillir l'eau destinée à l'alimentation, selon Mayotte la 1ère. Ces casses sont fréquentes. Le contrat de l'entreprise chargée des réparations expire, lui, dans soixante-dix-neuf jours.

Un contrat qui expire le 31 décembre

Le syndicat Les Eaux de Mayotte (LEMA), qui détient la compétence eau potable, a confié la production et la distribution à la SMAE, filiale du groupe Vinci, par une délégation de service public qui prend fin le 31 décembre 2026. Depuis 1977 se sont succédé la SOCEA, la SOBEA, la SOGEA puis la SMAE, rappelait Mayotte la 1ère le 25 septembre.

Le successeur devait être choisi depuis longtemps. Le 18 avril 2025, LEMA a publié au Journal officiel de l'Union européenne un avis de concession couvrant l'eau potable et l'assainissement collectif, pour douze ans, avec une prise d'effet au 1er janvier 2027. Cet avis remplaçait déjà une procédure lancée en mars 2025 puis annulée. Les offres étaient attendues pour le 20 juin 2025.

Le 13 avril 2026, d'après Mayotte la 1ère, le syndicat déclarait infructueux l'appel d'offres pour la distribution, auquel seule la SMAE avait répondu, et lançait un marché de service à prix fixe. LEMA s'est ensuite désolidarisé de cet article par un droit de réponse. Le 18 septembre, la même rédaction indiquait qu'aucune entreprise ne s'était portée candidate à la date limite du 10 juillet. Le délai a été prolongé deux fois, jusqu'au lundi 21 septembre. Suez, un temps envisagé en groupement avec Vinci, s'est retiré. Toujours selon Mayotte la 1ère, la SMAE ne souhaite pas rester délégataire, et le président du syndicat évoque ses hésitations, liées notamment aux impayés.

À la date du 13 octobre, je n'ai trouvé aucune communication publique de LEMA sur le résultat de la consultation close le 21 septembre.

Les chiffres

  • 79 jours séparent le 13 octobre de la fin du contrat de la SMAE, le 31 décembre 2026 (calcul de la rédaction d'après Mayotte la 1ère)
  • 12 ans, durée de la concession mise en concurrence, du 1er janvier 2027 au 31 décembre 2038 (avis de concession publié le 18 avril 2025)
  • Plus de 37 millions d'euros de factures impayées cumulées, selon Le Monde du 5 avril 2026 (cité par Mayotte la 1ère)
  • 2 prolongations du délai de candidature, jusqu'au 21 septembre 2026 (Mayotte la 1ère)
  • 2030, échéance du contrat d'assainissement confié à la SMAA, autre filiale de Vinci (Mayotte la 1ère)

Pourquoi personne ne se presse au guichet

Ibrahima Saïd Maanrifa, président de LEMA, a lui-même évoqué en septembre un « taux d'endettement important » et les impayés des particuliers, des entreprises et des collectivités pour expliquer les réticences de la SMAE. Des canalisations posées en 1977, voire avant, sont encore en service, et des pertes de 40 à 50 % ont été avancées sur Mayotte la 1ère sans qu'aucun chiffre officiel récent ne vienne les confirmer ou les démentir. Pour un opérateur payé sur les factures, ces pertes et ces impayés pèsent directement sur les recettes.

Interrogé par Mayotte la 1ère en septembre, le journaliste Ali Chamsudine citait aussi, parmi les freins, les divisions entre élus. En avril, la même rédaction rapportait l'échec d'un projet de fusion des contrats d'eau et d'assainissement. Pendant que les procédures s'enlisent, la SMAE a publié un nouveau planning de tours d'eau pour la période du 21 septembre au 11 octobre 2026, relayé par Le Journal de Mayotte.

Les options pour le 1er janvier

Pour le 1er janvier, les options possibles sont peu nombreuses. LEMA peut avoir reçu une offre fin septembre et la négocier à marche forcée. Le syndicat peut reprendre lui-même la distribution et la facturation en régie, piste citée par Mayotte la 1ère dès avril avec la difficile reprise des salariés de la SMAE. Il peut aussi prolonger le contrat actuel par avenant, et Mayotte la 1ère évoquait en avril une prolongation de l'exploitation par Vinci jusqu'en avril 2027. À ma connaissance, aucune de ces voies n'a été confirmée par une délibération publiée.

Une régie montée en dix semaines exigerait un budget, des équipes, un logiciel de facturation et la reprise des contrats d'abonnés. Un avenant demanderait l'accord de la SMAE, dont le président de LEMA dit qu'elle hésite à poursuivre. Si une offre a été reçue, LEMA aurait peu de temps pour la négocier.

Ce que répondent les autres

Le président de LEMA, Ibrahima Saïd Maanrifa, a déclaré en septembre à Mayotte la 1ère : « Suez a renoncé, mais c'est peut-être Vinci qui va reprendre ». En avril, le syndicat a fait savoir par un droit de réponse qu'il « désapprouve et se désengage » d'un article de Mayotte la 1ère fondé sur une source interne, en rappelant que seul son président peut parler en son nom. La SMAE n'avait pas répondu en avril aux questions de cette rédaction. Pour le collectif des Assoiffés, sa vice-présidente Safina Soula estime que « l'Etat doit trouver des solutions ». Aucune réaction publique de la préfecture sur la succession de la SMAE n'a été trouvée à la date de publication.

Mon jugement

LEMA connaissait l'échéance et a lancé sa mise en concurrence vingt mois à l'avance. Depuis, les procédures ont échoué l'une après l'autre sans que le syndicat ait, à ma connaissance, présenté publiquement de solution de secours. Les abonnés, qui paient leur eau et vivent au rythme des tours d'eau, ne savent pas qui leur enverra la facture de janvier.

Je demande au président de LEMA de rendre public, avant le 31 octobre, le résultat de la consultation close le 21 septembre et le scénario retenu pour le 1er janvier 2027, avec son coût. Ce scénario devrait être voté par le comité syndical en séance publique au plus tard en novembre. Le préfet de Mayotte, dont les services contrôlent la légalité des actes du syndicat et qui coordonne l'action de l'État sur l'eau, devrait de son côté préciser publiquement d'ici la même date quel appui technique et financier l'État apportera à la transition.

Sources

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