Entre le rond-point de Dzoumogné et le carrefour de Soulou, la route départementale 2 voit passer chaque jour les camions qui descendent du port de Longoni vers le centre et le sud. C'est sous ce tronçon que la Direction générale de l'aviation civile veut creuser, dès 2027, le premier ouvrage du futur aéroport de Bouyouni-M'Tsangamouji, un passage réservé aux engins de chantier. Christophe Masson, délégué de la DGAC pour la piste longue, l'a expliqué à France-Mayotte Matin, dans un entretien repris par Outremers360, en promettant de « maintenir en permanence la circulation » sur cet axe.
France-Mayotte Matin du 6 novembre (n° 3679) rapporte que les premiers marchés sont attribués et que les acquisitions foncières ont commencé à Acoua, à Bandraboua et à M'Tsangamouji. Le groupement conduit par Systra France a obtenu l'assistance technique à maîtrise d'ouvrage. Il réunit, selon le communiqué de Systra, Aéroport de Nice, Mzé Conseil, BRL Ingénierie, Neo-Eco et Ekium, et travaillera pour le ministère des Transports de 2026 à 2030.
Neuf ans de chantier pour une piste de 2 730 mètres
L'enquête publique sur l'utilité publique s'est tenue du 8 juin au 24 juillet 2026 et s'est conclue, selon France-Mayotte Matin, par un avis favorable assorti de recommandations. Le quotidien rappelle qu'en août Sébastien Lecornu s'est engagé à signer la déclaration d'utilité publique avant la fin de l'année, ce qui ouvrira la voie aux expropriations. Les aménagements préparatoires viendraient en 2027, les grands terrassements à partir de 2029. L'achèvement est programmé pour fin 2035 et les premiers avions pour début 2036, sur une piste de 2 730 mètres.
Systra indique que l'aéroport représente à lui seul environ 40 % des fonds prévus par la loi de programmation pour la refondation de Mayotte, adoptée à l'été 2025, au titre des investissements prioritaires. L'entreprise rappelle aussi pourquoi Pamandzi ne suffit plus. Sa piste est trop courte pour que les gros porteurs décollent à pleine charge, d'où les escales techniques au Kenya, et Petite-Terre s'est enfoncée de 19 centimètres depuis l'apparition du volcan sous-marin en 2018, d'après le BRGM. Christophe Masson évoque des submersions régulières de la piste. Une piste convergente sur pilotis aurait coûté, selon lui, 7 milliards d'euros et imposé au moins un an et demi de fermeture de l'aéroport actuel.
L'État a tranché le débat sur le choix du site, et les habitants du Nord attendent maintenant de savoir quelles terres agricoles seront prises, à quelle échéance et avec quelles compensations.
Les champs de Bandraboua avant les avions
La mission confiée au groupement comprend un volet agricole complet. Dialogue avec les exploitants, états des lieux, appui à leur relocalisation, définition des indemnisations et des compensations collectives figurent dans le cahier des charges décrit par Systra. La DGAC vise la maîtrise de tout le foncier fin 2028, rapporte France-Mayotte Matin, et invite propriétaires et occupants à se faire connaître pour examiner leurs droits. Christophe Masson assure que des équipes recensent les ayants droit sur le terrain tous les week-ends, y compris les occupants installés depuis longtemps qui peuvent revendiquer la propriété.
Cette attention aux occupants sans titre est bienvenue, car à Mayotte le foncier a souvent retardé les chantiers publics davantage que la technique, mais les intéressés doivent pouvoir vérifier sur pièces ce qui leur est promis. Les agriculteurs de Bandraboua et de M'Tsangamouji n'ont aujourd'hui aucun document public qui leur dise combien d'hectares seront pris, où se trouveront les terres de relocalisation et selon quel barème ils seront indemnisés.
La rédaction demande donc à la DGAC et à la préfecture de publier, avant la signature de la déclaration d'utilité publique, le périmètre parcelle par parcelle, le nombre d'exploitations concernées et les principes d'indemnisation, y compris pour les occupants sans titre. Un comité de suivi agricole est prévu dans la mission de Systra. Ses comptes rendus devraient être accessibles aux exploitants et aux trois mairies concernées.
Dix ans de plus pour Pamandzi
Le groupement doit aussi diagnostiquer l'aéroport de Pamandzi afin de déterminer les adaptations nécessaires pour assurer le service jusqu'au transfert. Ce volet, presque passé inaperçu, compte autant que le reste pour les voyageurs, car c'est encore à Pamandzi qu'ils embarqueront pendant au moins dix ans, sur une piste qui s'enfonce et que la mer recouvre par moments. Le diagnostic doit donc être rendu public, avec la liste des travaux retenus et leur financement, pour que la piste longue de 2036 ne serve pas de prétexte à laisser vieillir celle d'aujourd'hui.
La seconde enquête publique, qui portera sur la définition technique et l'environnement, n'a pas encore eu lieu. Le 31 juillet 2026, le tribunal administratif a suspendu l'autorisation environnementale de l'usine de dessalement d'Ironi Bé et laissé six mois pour corriger trois irrégularités, comme l'a rappelé Mayotte Hebdo. Un dossier environnemental solide pour Bouyouni, avec ses rivières, ses zones agricoles et l'approvisionnement en carburant que Systra mentionne parmi les sujets à étudier, protégera mieux le calendrier qu'une procédure accélérée.
La déclaration d'utilité publique doit être signée avant le 31 décembre 2026, et la DGAC a jusque-là pour mettre sur la table la carte des parcelles et le barème des indemnisations.
Sources
- Le futur aéroport commence à prendre forme (France-Mayotte Matin n° 3679, p. 3) — France-Mayotte Matin
- Mayotte prepares its future airport with support from SYSTRA — Systra
- Piste longue à Mayotte, calendrier, foncier, travaux, le délégué de la DGAC Christophe Masson détaille les étapes du futur aéroport — Outremers360
- Le sénateur veut des réponses avant la poursuite du projet d'aéroport de Bouyouni — Mayotte Hebdo

