Samedi 10 octobre, deux heures après le début du ramassage, la benne prêtée par le Sidevam était presque pleine devant l'école de Caroboina. Canettes, bouteilles, sachets plastiques, cartons. Les bénévoles de l'association Le Baobab Intègre avaient passé la matinée dans les ruelles des hauts du quartier, gilet jaune sur le dos et pince à la main, raconte Mayotte Hebdo. Ils recommencent chaque samedi depuis mai. L'association a été fondée par six amis du quartier. Elle revendique aujourd'hui plus de 150 bénévoles, et son président, âgé de 24 ans, pense que l'on approche des 200. Ceux que l'hebdomadaire a rencontrés ont entre 20 et 32 ans, et le plus âgé, l'un des fondateurs, a grandi dans ces ruelles.
Les camions de collecte ne montent pas dans les hauts de Caroboina, et il n'y a pas de benne sur place. Une partie des habitants jette donc ses sacs au sol ou dans les ravines. Une bénévole citée par l'hebdomadaire constate que les déchets réapparaissent sur des terrains déjà nettoyés. Or les ravines descendent vers le lagon. Un des fondateurs, qui a grandi dans le quartier, s'inquiète pour la pêche et pour les tortues. Et en mars dernier, les inondations ont emporté des habitations du quartier et submergé son terrain de football.
Gants, sacs et packs d'eau
Les demandes de l'association à la Ville de Koungou sont modestes. Des gants, des casquettes, des masques, des sacs-poubelle, des râteaux, des pinces, des bottes, de l'eau, et un coup de main pour les déplacements. Le Baobab Intègre voudrait aussi étendre ses sorties à Trévani et à Majicavo. Le Sidevam a bien prêté une benne pour la matinée du 10 octobre, ce qui montre qu'un minimum de coordination existe déjà. Ce matériel pèse peu à côté de ce que la commune engage ailleurs. Elle vient de lancer, le 29 septembre, un marché public dont un lot de 500 000 euros hors taxes porte précisément sur le ramassage des déchets diffus, et un autre, du même montant, sur l'entretien des ravines avec des pièges à déchets.
Le rapprochement saute aux yeux. La mairie paiera bientôt une entreprise pour ramasser ce que des jeunes ramassent déjà gratuitement chaque samedi. Le marché sera utile, car aucune association ne peut curer une ravine encombrée après une crue. Mais il gagnerait à s'appuyer sur ceux qui connaissent chaque sentier du quartier. La commune pourrait leur fournir le matériel demandé dès ce mois-ci, faire déposer une benne fixe en bas des hauts de Caroboina avec le Sidevam, et demander au futur titulaire du lot de collecte de passer à heure fixe après chaque ramassage du samedi. Sans point d'apport proche, les bons conseils des bénévoles aux familles, qui poussent les enfants à descendre les sacs en allant à l'école, ne tiendront pas longtemps.
Le ramassage et le dossier en préfecture
Le week-end, l'association ouvre aussi une salle d'aide aux devoirs, où des enfants révisent l'alphabet, les mathématiques et la lecture. Elle aide aussi ses membres dans leurs démarches administratives et leur recherche de formation. La plupart sont étrangers et sans papiers, selon Mayotte Hebdo, et l'association estime que la participation au ramassage peut aider à prouver une présence sur le territoire. L'un des bénévoles, âgé de 20 ans, attend toujours depuis la fin du lycée que sa demande de titre de séjour soit traitée.
Ce dossier en attente n'est pas un cas isolé. Le 29 septembre, à l'audience de rentrée, le président du tribunal administratif de Mayotte a indiqué que le contentieux des étrangers représentait plus de 80 % des affaires, et il a appelé à réduire les « contentieux évitables », en particulier ceux liés à la prise de rendez-vous en préfecture, selon Mayotte Hebdo. Si des jeunes en viennent à espérer qu'un sac de déchets rempli un samedi pèse dans leur dossier, c'est qu'ils n'ont guère d'autres repères. Ce billet n'a pas à dire qui doit obtenir un titre. Mais l'administration doit répondre aux demandes dans des délais qui ne poussent pas les gens vers ce genre de calcul.
Ce que font ces bénévoles profite à tous les riverains de Caroboina, quel que soit leur statut, et au lagon en contrebas. La commune aurait tort de les laisser s'épuiser faute de gants. Si le rythme est tenu, le prochain ramassage aura lieu samedi 17 octobre, et la Ville de Koungou dispose d'ici là de la liste du matériel demandé.
Sources
- À Koungou, les bénévoles du Baobab Intègre ramassent les déchets et veulent changer les mentalités — Mayotte Hebdo
- Avis n° 26-93619, réfection, curage et entretien des caniveaux, ravines et réseaux EP-EU (Ville de Koungou) — Marchés Online
- Recours en hausse de plus de 90 % : le tribunal administratif de Mayotte appelle les administrations à agir — Mayotte Hebdo

