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À Chiconi, la mort d'une femme pendant un contrôle du GAO appelle une enquête rendue publique

Tombée sur des fers à béton vendredi à Ourini alors qu'elle fuyait l'arrivée des policiers, une femme de 49 ans est morte sur place. La section de recherches de la gendarmerie enquête, et une association a porté plainte.

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À Chiconi, la mort d'une femme pendant un contrôle du GAO appelle une enquête rendue publique
Photo : Chiconi — Frédéric Ducarme, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Deux mètres de chute, et en bas des fers à béton qui dépassaient d'un chantier. C'est ainsi que l'association Alliance malgache Mayotte décrit la mort d'une femme de 49 ans, vendredi 30 octobre, dans le quartier d'Ourini à Chiconi, alors que des policiers du groupe d'appui opérationnel (GAO), l'unité spécialisée de la police aux frontières, y menaient des contrôles d'identité. Selon Mayotte la 1ère, trois barres de fer lui auraient transpercé le ventre. Malgré l'intervention des secours, elle est morte sur place.

Le déroulé des faits varie selon les sources. Le Journal de Mayotte et L'info Kwezi rapportent, d'après les premiers éléments, que deux femmes ont pris la fuite à l'arrivée des policiers et que l'une d'elles a basculé en franchissant un muret. Les policiers lui auraient porté assistance et prévenu le Samu. Mayotte la 1ère a recueilli samedi d'autres témoignages, qui divergent sur un point précis. Pour certains, une voisine aurait ouvert le portail à un homme poursuivi par le GAO, et les policiers seraient entrés à sa suite. Pour Erica Manjaria Aoussan, présidente de l'association, le portail était déjà ouvert, et les policiers auraient vu depuis la rue une femme qui paniquait avant d'entrer dans la cour. Effrayée, elle se serait alors enfuie hors de la maison. Elle s'y trouvait, toujours selon la chaîne, avec cette voisine et sa fille adoptive, dont les récits compteront parmi les plus directs.

Sa situation administrative n'est pas davantage tranchée. L'association la dit en situation irrégulière. Vendredi, Le Journal de Mayotte indiquait que ni son identité ni sa situation n'avaient été communiquées, et L'info Kwezi notait avec raison qu'avoir fui un contrôle ne permet pas, à lui seul, d'établir qu'une personne n'avait pas de titre de séjour. Le même journal parle d'une opération « de routine ». Le mot dit bien la fréquence de ces contrôles dans les quartiers de Mayotte, et c'est justement parce qu'ils sont fréquents que leurs conditions d'exécution concernent tous les habitants, Français comme étrangers.

Une enquête confiée aux gendarmes

L'enquête a été confiée à la section de recherches de la gendarmerie. Quand une intervention de police se termine par un décès, confier les investigations à une autre force que celle qui était sur le terrain est la première condition pour que les conclusions soient acceptées par la famille et par le voisinage. L'association a de son côté déposé plainte, selon Mayotte la 1ère, sans que l'on sache à ce stade contre qui ni pour quels faits. Les proches disposent ainsi d'une voie pour faire entendre leur version des faits devant la justice.

Les témoignages laissent aux enquêteurs plusieurs questions à trancher. Les policiers sont-ils entrés dans une cour privée, et dans quel cadre ? La poursuite de l'homme qui tentait d'échapper au contrôle a-t-elle joué un rôle dans la panique de la victime ? Si le récit d'un homme poursuivi jusque dans la cour se confirme, la victime n'aurait pas été la cible initiale des policiers, ce qui rend l'enchaînement plus important encore à établir. Il revient à l'enquête d'y répondre. Une mort survenue pendant une opération de l'État doit recevoir une réponse publique.

Nous demandons donc au parquet de Mamoudzou de dire publiquement, avant la fin du mois de novembre et même de façon partielle, ce que l'enquête aura établi sur l'enchaînement des faits. La préfecture, qui pilote la lutte contre l'immigration clandestine, gagnerait aussi à expliquer comment ses unités conduisent ces contrôles dans des quartiers densément bâtis, où une fuite à pied traverse en quelques secondes des cours, des ruelles et des terrains en travaux.

Des fers à béton à nu au pied d'un muret

Le chantier en contrebas pose un problème distinct. Des fers en attente laissés sans protection au bas d'un mur, dans un quartier habité, sont dangereux pour quiconque glisse ou tombe. Des embouts en plastique ou une simple planche suffisent à les couvrir, pour un coût dérisoire. La commune de Chiconi pourrait rappeler cette précaution aux constructeurs du quartier, et plus largement à tous ceux qui bâtissent par étapes, au fil de leurs économies, des maisons dont les aciers restent dressés pendant des mois.

Samedi, des membres de la communauté malgache de Mayotte se sont rendus auprès de la famille, à Chiconi. Une cagnotte a été ouverte pour l'aider et pour rapatrier le corps à Madagascar, d'après Mayotte la 1ère.

Sources

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