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À Dembéni, le forum de l'économie de la mer promet des métiers sur un lagon toujours privé de pontons

Du 26 au 28 octobre, Mlezi Maore veut tourner les jeunes peu diplômés vers la mer, des saunières de Bandrélé aux pêcheuses de djarifa. L'idée tient si elle s'appuie sur des règles de pêche partagées et sur les quais que les marins attendent encore.

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À Dembéni, le forum de l'économie de la mer promet des métiers sur un lagon toujours privé de pontons
Photo : Pêcheurs au Nord du lagon - Mayotte — Camille ABDOURAZAK-AUGUSTIN, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Un forum consacré aux métiers de la mer s'ouvre ce lundi à Dembéni, et il a raison de s'adresser d'abord aux jeunes les moins diplômés. Encore faut-il que le lagon qu'on leur promet comme employeur soit géré pour durer, et que ceux qui en vivent déjà disposent d'un quai pour accoster. Sur ces deux points, Mayotte a du retard, et le Forum social et solidaire de l'économie de la mer, le FOSSEMM, gagnera à le dire franchement pendant ses trois jours.

Le programme, détaillé par Mayotte la 1ère, est copieux. Lundi 26 octobre, les tables rondes de la Technopole portent sur la souveraineté maritime de l'île, l'économie bleue et la valorisation des ressources du lagon. Mardi, France Travail organise un job dating de 13 heures à 16 heures, sur inscription. Mercredi, lycéens, étudiants et jeunes en insertion apprendront à reconnaître des espèces marines, à faire des nœuds, à lire une carte de navigation, puis le village des métiers ouvrira à tous de 13 h 30 à 17 heures. L'association Mlezi Maore porte l'événement, avec le soutien d'Ingenium, et la nageuse Coralie Balmy en est la marraine.

Le sel des Mama Shingo et le djarifa

Le directeur général de Mlezi Maore, Hugues Makengo, a posé le constat devant Mayotte Hebdo avec une formule que beaucoup de Mahorais reprendraient à leur compte : « Nous sommes sur une île entourée de mer. Et nous tournons le dos à la mer. » Son intention est de montrer qu'il existe des débouchés « même pour les bénéficiaires souvent les moins diplômés, les plus éloignés de l'emploi ». Il cite en premier lieu la pêche traditionnelle, les Mama Shingo qui produisent du sel à Bandrélé et les pêcheuses qui pratiquent le djarifa, cette pêche au tissu que les femmes pratiquent à marée basse. Il évoque pour elles des formations, une certification, du matériel adapté et des coopératives.

Cette piste est la plus intéressante du forum, parce qu'elle part de savoir-faire anciens, déjà ancrés dans les villages. Le sel de Bandrélé est un produit du littoral que l'on peut vendre aux habitants comme aux visiteurs, à condition d'en garantir l'origine. Le djarifa nourrit des familles depuis des générations. Les rendre plus rentables sans les faire grossir au point d'épuiser les platiers demande des règles, et ces règles n'existeront que si les femmes concernées les écrivent avec les services de l'État et le parc naturel marin.

Or le même hebdomadaire publiait cette semaine un texte sévère sur l'absence de Mayotte à la conférence régionale de la Convention de Nairobi, tenue du 6 au 9 octobre en Tanzanie. L'auteur y décrit le parc marin comme le centre d'« éternelles polémiques » entre les Affaires maritimes et les pêcheurs. Il rapporte aussi l'exemple de Zanzibar, qui ferme temporairement certaines zones marines avant de les rouvrir au bout de trois à cinq mois, pour laisser les ressources se reconstituer. Ce type de fermeture tournante, décidée avec les pêcheurs et contrôlée par eux, mériterait d'être étudié sur quelques platiers mahorais, à commencer par ceux où travaillent les pêcheuses de djarifa.

Des pontons toujours absents à Mamoudzou et Dzaoudzi

Reste la question matérielle, que les tables rondes auraient tort d'ignorer. Selon L'info Kwezi, faute d'avancées sur les pontons de Mamoudzou et Dzaoudzi, les professionnels de la mer se remobilisent, et Mayotte la 1ère annonce une nouvelle mobilisation le 2 novembre. Inviter des jeunes vers le tourisme en mer ou la réparation navale pendant que les marins actuels n'ont plus d'endroit correct pour débarquer revient à leur vendre un métier sans outil de travail.

Le forum ne construira pas de pontons, mais il peut sortir de Dembéni avec des engagements chiffrés et datés. Mlezi Maore et France Travail sont en mesure de dire combien de jeunes entrent effectivement en formation maritime d'ici à juin 2027, et dans quelles filières. Aux institutions présentes d'inscrire une coopérative de saunières à Bandrélé et une expérimentation de fermeture tournante parmi les projets suivis, avec un calendrier. Et la question des pontons, qui relève des collectivités et de l'État, doit être posée publiquement aux décideurs venus à Dembéni.

Le concours Innov'Action 976, que l'Agence de développement et d'innovation de Mayotte lance dans la foulée à partir du 28 octobre, a choisi cette année la biodiversité comme thème. Son directeur, Mamadou Konaté, défend une innovation « incrémentale », qui améliore modestement un produit ou une pratique existante dès lors qu'elle répond à un besoin local. La conservation au froid sur les plages de débarquement ou la traçabilité du sel de Bandrélé y entreraient sans peine. Les projets retenus seront connus à la clôture du concours, le 30 octobre.

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