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À Dembéni, les vendeuses de bord de route chassées au nom de la lutte contre les bagarres de jeunes

Depuis le 1er novembre, un arrêté municipal interdit la vente à la sauvette dans six villages de Dembéni, sans date de fin ni solution annoncée pour celles qui en vivent. La mairie relie la mesure aux violences entre jeunes sans dire comment.

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À Dembéni, les vendeuses de bord de route chassées au nom de la lutte contre les bagarres de jeunes
Photo : Une nature préservée, le lagon à Dembéni (Mayotte) (34019739853) — Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Depuis dimanche 1er novembre, les vendeuses installées au bord des routes de Dembéni n'ont plus le droit d'y être. Le maire a signé un arrêté qui interdit la vente à la sauvette dans six secteurs de la commune (d'Ongojou à Ironi-Bé en passant par Tsararano, Dembéni, Iloni et Hajangoua), selon Mayotte la 1ère, qui précise que les abords des routes nationales seraient particulièrement visés, tout comme ceux des marchés couverts et des arrêts de bus, et qu'aucune date de fin n'a été fixée.

On s'attendait à une histoire de trottoirs encombrés ou de sécurité routière. La mairie avance autre chose. L'élu chargé de la sécurité et de la prévention, Abdallah Chouanyibou, rattache la mesure aux violences récurrentes entre jeunes dans les villages de la commune, d'après la chaîne publique, et il reproche à certains parents de regarder les bagarres sans intervenir alors que leurs propres enfants peuvent y être impliqués. La municipalité dit vouloir un climat plus apaisé et des familles qui parlent davantage à leurs enfants. Les policiers municipaux et intercommunaux, avec la gendarmerie, sont chargés de faire respecter l'interdiction.

Six villages, aucune explication sur le lien avec les bagarres

J'ai beau relire ce qui a été rendu public, je ne trouve pas le chemin qui mène d'une table de fruits posée à Tsararano à une rixe entre bandes d'Iloni, et la mairie ne l'a pas tracé non plus. A-t-elle constaté que les affrontements de ces derniers mois partaient des points de vente, ou que des objets volés y étaient écoulés ? Si c'est le cas, qu'elle le montre avec des dates et des lieux précis. Sans cette démonstration, l'arrêté ressemble à une mesure prise là où la commune a prise, sur l'occupation de la voie publique, faute de pouvoir agir directement sur les bandes de jeunes.

Le droit existait déjà. L'article 446-1 du code pénal punit la vente à la sauvette de six mois d'emprisonnement et de 3 750 euros d'amende, et un maire peut réglementer l'occupation de la voirie pour des raisons de sécurité routière. Qui n'a pas vu un étal posé à quelques mètres de la route nationale, juste là où le bus s'arrête et où les voitures doublent ? Cet argument-là aurait tenu bien mieux que celui de la délinquance juvénile, et il aurait mené à déplacer les vendeuses plutôt qu'à les chasser.

Car derrière les étals il y a des revenus, et souvent des revenus de femmes. Mayotte la 1ère le note sobrement, certains vendeurs tirent l'essentiel de leurs ressources de cette activité, et la commune n'a pas dit si des solutions de remplacement leur seraient proposées. Retirer ces quelques euros quotidiens à des foyers modestes risque d'aller contre le but affiché, puisque l'argent qui manque à la maison manque aussi pour le transport scolaire ou la licence au club de foot du fils aîné.

Un texte à publier, un marché à ouvrir

Le texte de l'arrêté, lui, reste introuvable, et avec lui la carte des secteurs. Un habitant d'Hajangoua doit pouvoir savoir si l'interdiction s'arrête au carrefour ou si elle court jusqu'à la sortie du village, faute de quoi chacun découvrira la règle au moment du contrôle.

Les marchés couverts figurent parmi les lieux visés alors qu'ils pourraient servir de solution, avec quelques places à prix symbolique pour les vendeuses qui acceptent de se déclarer. Un marché de producteurs le samedi à Tsararano ne coûterait presque rien à la commune. Une déclaration simplifiée en mairie, gratuite, permettrait aussi de distinguer la cultivatrice qui écoule sa récolte de celui qui revend une marchandise douteuse, distinction que l'interdiction générale ignore.

Si la commune croit vraiment que les points de vente nourrissent l'insécurité, il lui suffit de compter avec la gendarmerie les faits signalés dans les six secteurs avant et après le 1er novembre, puis de publier ces chiffres. Trois mois de recul diront si l'arrêté a changé quelque chose aux affrontements ou s'il a seulement vidé les bords de route.

Le précédent des arrêtés sans bilan

L'île connaît bien ces textes que l'on reconduit sans jamais les évaluer. L'interdiction préfectorale du port de machettes court depuis mars 2024 et vient d'être prolongée sans qu'aucun bilan soit publié. Une commune de la taille de Dembéni a, en comparaison, la tâche facile pour mesurer l'effet de sa décision sur quelques kilomètres de route.

Prenons l'élu au mot sur les parents. Si la mairie veut que les familles parlent avec leurs enfants, elle peut réunir, village par village, parents et associations de quartier en invitant les vendeuses à la même table, puisque ce sont elles qui voient passer les groupes en fin d'après-midi depuis leur tabouret au bord de la route. On les renvoie chez elles au moment même où l'on se plaint qu'il manque des adultes dans la rue.

La municipalité appelle les habitants à signaler les situations suspectes aux forces de l'ordre. Elle pourrait commencer par mettre en ligne son arrêté du 1er novembre, carte des six secteurs comprise.

Sources

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