Circulation

À Doujani, une scootériste sous un camion de chantier et toujours aucun bilan routier pour 2026

Après l'accident de vendredi sur la RN2 et le choc frontal de Mgnambani la veille, les deux-roues paient encore le prix fort face aux poids lourds de la reconstruction. Les seuls chiffres publics datent de 2025, avec six tués. La préfecture peut publier ceux de 2026 avant novembre.

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À Doujani, une scootériste sous un camion de chantier et toujours aucun bilan routier pour 2026
Photo : N2, Passamainty, Mayotte - panoramio — franek2, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Vendredi 9 octobre, un peu avant midi, sur la RN2 entre Passamaïnty et Doujani. Une femme à scooter entreprend de doubler un véhicule, le rétroviseur la touche, elle vacille et un camion de chantier la percute. D'après Mayotte la 1ère, elle a été projetée à plusieurs mètres et son tibia gauche a été écrasé. Le chauffeur du camion, en état de choc, a lui aussi été conduit à l'hôpital. Pour laisser travailler les pompiers et le SMUR, les policiers ont basculé la circulation sur la voie réservée au Caribus, rapporte L'info Kwezi, et tout le secteur a roulé au pas pendant de longues minutes.

La veille, jeudi 8 octobre vers 14 h 30, deux voitures s'étaient heurtées de face à Mgnambani, dans la commune de Bandrélé. Cinq personnes étaient impliquées. Deux ont été grièvement blessées, dont une restée coincée dans l'habitacle, et l'un des véhicules commençait à prendre feu quand les neuf engins de secours sont arrivés, selon Mayotte la 1ère. La chaîne indique aussi que deux personnes ont été emmenées par les gendarmes, menottes aux poignets. Les circonstances n'étaient pas établies au moment de la publication, et rien ne permet encore de dire qui est en cause.

Des pieds écrasés et des motards tués depuis l'été

Ces accidents s'ajoutent à d'autres depuis l'été, et n'importe quel usager de la route de Mamoudzou y reconnaîtra une série. Le 7 juillet, près du centre commercial Baobab à Mtsapéré, un conducteur de deux-roues de 41 ans a eu le pied droit écrasé par un camion de travaux d'environ 19 tonnes, au redémarrage d'un feu rouge, selon les premiers éléments recueillis par Mayotte la 1ère. Le 3 août, un homme de 23 ans est mort sur la route à Ironi Bé. Le 22 août, sur la rocade de M'tsapéré, un motard de 39 ans a été tué dans un choc frontal avec une voiture, et Mayotte Hebdo rappelait alors que cette rocade est « déjà marquée par plusieurs accidents graves ».

Le scénario de Doujani revient avec une régularité pénible. Un deux-roues se faufile, un poids lourd occupe toute la voie, et la jambe ou le pied du plus fragile passe sous les roues. Or la reconstruction après Chido a rempli les routes de l'agglomération de camions de chantier, de bennes et de toupies, ce que chacun mesure aux heures de pointe. Les scooters, eux, se multiplient parce qu'ils sont le seul moyen de passer à travers les bouchons de la RN1 et de la RN2 sans perdre une heure. Les deux flux se croisent sur des chaussées étroites, sans bande cyclable ni accotement digne de ce nom.

On pourrait se rassurer avec le dernier bilan connu. En 2025, Mayotte a compté six tués sur la route et 105 accidents, contre 192 l'année précédente, selon les données de l'Observatoire national interministériel de la sécurité routière relayées par Mayotte la 1ère. C'est de loin le chiffre le plus bas des départements d'outre-mer, La Réunion en ayant compté 42. Le président de l'association des usagers de la route de Mayotte (Adur), Mikidadi Assani, y voyait l'effet d'une prise de conscience après une année noire, tout en prévenant que « c'est surtout dans les grandes agglomérations qu'il faudra améliorer l'état de la route et le comportement des uns et des autres ».

Un bilan 2026 que personne n'a encore publié

Pour 2026, je n'ai trouvé aucun bilan public, ni de la préfecture ni de l'observatoire départemental, alors que la presse locale a rapporté deux morts sur la route pour le seul mois d'août. Personne à Doujani ou à Bandrélé ne peut savoir si l'année en cours efface les progrès de 2025 ou si elle les confirme, et ce silence pèse sur les décisions locales. Sans données, un conseil municipal aura du mal à obtenir un ralentisseur ou un feu, et un chef d'entreprise de BTP ne revoit pas les horaires de ses camions si personne ne lui montre où ils blessent.

Avant de réclamer des moyens, je voudrais que l'État se serve de ce qu'il a déjà. Il dispose des procès-verbaux d'accidents et des comptes rendus d'intervention du SDIS, et le CHM sait combien de blessés de la route passent par ses urgences. Il peut publier chaque trimestre une carte des accidents corporels de l'agglomération de Mamoudzou, avec la nature des véhicules en cause. Ce document ne coûterait presque rien et permettrait de cibler les trois ou quatre tronçons où se concentrent les drames, la rocade de M'tsapéré et la RN2 vers Doujani en tête si les articles de presse disent vrai.

Côté chantiers, les marchés publics de la reconstruction, qu'ils soient passés par l'État ou par les collectivités, peuvent imposer aux entreprises des itinéraires et des créneaux pour les poids lourds, en dehors des heures où les deux-roues sont les plus nombreux. La voie Caribus, qui a servi vendredi de déviation pendant l'intervention des secours, montre l'utilité d'un couloir dégagé quand il faut faire passer une ambulance dans l'agglomération.

Les accidents de Doujani et du Baobab doivent aussi quelque chose à la conduite des deux-roues. Le premier est parti d'un dépassement dans un espace trop étroit, le second s'est produit au redémarrage d'un feu rouge, à côté d'un poids lourd. Des sessions gratuites de conduite défensive pourraient être organisées avec les auto-écoles et l'Adur dans les MJC, où l'on trouve beaucoup de jeunes conducteurs.

Je demande aux services de l'État, qui détiennent les chiffres des neuf premiers mois de 2026, de les publier commune par commune avant le 1er novembre, afin que les maires de Mamoudzou et de Bandrélé arrêtent leurs aménagements avant la saison des pluies.

Sources

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