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À Dzaoudzi, le centre de soins des tortues attend toujours l'argent que Chido a emporté

Oulanga na Nyamba estime qu'au moins 60 tortues blessées par an auraient besoin de soins. Son centre, la Kaz'a Nyamba, est à l'arrêt depuis le cyclone et son plan de financement est à refaire.

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À Dzaoudzi, le centre de soins des tortues attend toujours l'argent que Chido a emporté
Photo : Tortue N'Gouja — Frédéric Ducarme, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Quand une tortue blessée par un hameçon ou heurtée par un bateau est ramenée à terre à Mayotte, l'association Oulanga na Nyamba sait la récupérer et la montrer à un vétérinaire, puis elle doit la remettre à l'eau presque aussitôt, faute de bassin où la garder en observation. François-Elie Paute, responsable du pôle connaissance de l'association, l'a raconté le 13 octobre à Flash Infos, en expliquant qu'« on relâche directement l'animal dans la nature sans vraiment avoir l'assurance que il est toujours en bonne santé ».

J'ai écrit la semaine dernière sur le braconnage des tortues, et l'entretien m'apprend que le centre de soins que l'association construit en Petite-Terre est à l'arrêt depuis le cyclone, et il lui manque désormais beaucoup plus d'argent qu'avant.

Les besoins sont chiffrés par l'association elle-même. Selon François-Elie Paute, l'île compte plus de 300 plages, dont environ 180 accueillent des pontes, et le réseau de suivi créé en 2010 estime qu'entre 100 et 300 tortues sont braconnées chaque année, un minimum puisque bien des cas échappent aux observateurs. S'y ajoutent les prises accidentelles dans les filets et les hameçons. L'association estime qu'au moins 60 tortues par an auraient besoin de soins après ce type d'accident, et elle observe de plus en plus de carapaces marquées par des chocs avec des bateaux, conséquence d'un trafic maritime qui augmente dans le lagon. Depuis 2025, c'est aussi Oulanga na Nyamba qui anime le réseau d'échouages des mammifères et tortues marins, auparavant coordonné par le Parc naturel marin.

À Dzaoudzi, un chantier qui avait presque atteint la ligne d'arrivée

Le centre s'appelle la Kaz'a Nyamba et se construit à Dzaoudzi. En novembre 2024, Mayotte Hebdo racontait un chantier lancé cinq ans après les premiers croquis de 2018, avec six bassins prévus pour le rétablissement des animaux, quelques retards et un manque de près de 400 000 euros que l'association espérait combler par des dons. Trois semaines plus tard, Chido frappait l'île. D'après François-Elie Paute, les financements fléchés vers le centre ont ensuite été redistribués, le plan de financement est à refaire, et la somme manquante a grossi. Interrogé sur le montant, il a répondu : « C'est autour de 1 million d'euros. On a déjà la moitié. » Des discussions seraient en cours, notamment sur des fonds européens.

Je trouve absurde qu'on en reste là pour un équipement conçu depuis 2018, dont la première pierre est posée, porté par une association née en 1998, sur une île dont le lagon fait vivre une bonne partie du tourisme. Le centre doit en outre abriter un espace muséographique pour accueillir les scolaires et le grand public, ce qui en fait aussi un outil de sensibilisation contre le braconnage. Pendant ce temps, l'association a commandé aux États-Unis des balises pour suivre les tortues après les soins, et son responsable se demande déjà s'il est raisonnable d'en équiper des animaux relâchés trop tôt.

Un demi-million d'euros, peut-être, pour finir six bassins

Le montant à trouver, s'il se situe bien autour d'un demi-million d'euros, reste à la portée des financeurs publics présents à Mayotte. Il représente une petite fraction des crédits de reconstruction, et la préfecture a elle-même créé le Pacte Tortues, dans le cadre duquel Oulanga na Nyamba et d'autres associations surveillent déjà les plages. Ces patrouilles protègent les tortues sur le sable, mais une tortue blessée en mer n'a toujours aucun bassin où être gardée.

Le Département-Région pourrait inscrire la Kaz'a Nyamba parmi ses projets soutenus au titre des fonds européens, en lien avec l'Office français de la biodiversité et le Parc naturel marin. Les financeurs qui avaient redirigé leurs crédits après Chido pourraient aussi les rendre au projet, maintenant que l'urgence de 2025 est passée. Je demande aussi à l'association de publier son plan de financement actualisé, ligne par ligne, afin que les entreprises mahoraises et les particuliers sachent exactement ce que leurs dons permettraient de terminer.

Ce sont les pêcheurs qui remontent les tortues prises dans les filets, et un numéro d'alerte connu de tous, relié à un centre capable de garder l'animal plusieurs semaines, changerait leur geste. Les balises commandées par l'association doivent arriver d'ici quelques mois, selon François-Elie Paute. J'attends des financeurs qu'ils disent d'ici là si les bassins de Dzaoudzi seront prêts à accueillir les premières tortues soignées et suivies.

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