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À Majicavo, 610 détenus pour 278 places, et la future prison de Tsingoni n'en prévoit que 250

Venu repérer le terrain de la deuxième prison, le directeur immobilier de l'administration pénitentiaire a entendu mardi la détresse des agents de Majicavo. Travaux annoncés pour 2028, capacité revue à la baisse, foncier pas encore acquis.

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À Majicavo, 610 détenus pour 278 places, et la future prison de Tsingoni n'en prévoit que 250
Photo : Arrière-mangrove de Majicavo janvier 2017 — Frédéric Ducarme, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Neuf détenus dans une cellule de neuf mètres carrés. Le chiffre a été lancé mardi 3 novembre par les syndicalistes de la prison de Majicavo, devant un visiteur venu de Paris pour une tout autre raison. Guillaume Rauffet, directeur immobilier de la direction de l'administration pénitentiaire, était à Mayotte pour regarder des terrains. Il est reparti avec la colère d'agents qui, selon Mayotte la 1ère, lui ont répété qu'ils avaient « assez » des promesses.

Les chiffres officiels donnent raison à leur lassitude. Au 1er août, le centre pénitentiaire comptait 610 détenus pour 278 places, soit un taux d'occupation de 219 %. En juin, Mayotte Hebdo relevait 664 détenus au 1er mai et un quartier de centre de détention, prévu pour 114 condamnés à de longues peines, qui en accueillait 351 en avril, soit 307 % d'occupation selon le journal, là où l'on reste des années. La courbe varie de quelques dizaines de détenus d'un mois à l'autre sans jamais redescendre vers la capacité.

Lina Attoumani, représentante de la CGT pénitentiaire, a résumé la situation d'une phrase que la presse locale a reprise en titre : « Qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse, nous ne sommes pas des magiciens ». Un agent a décrit l'ordinaire de l'établissement depuis le cyclone : « Depuis Chido, pour nourrir les détenus, on donne du poulet tous les jours, matin, midi et soir. » Dans des cellules aussi pleines, un tel menu n'aide pas les surveillants à tenir le calme.

250 places à Tsingoni, et un écart qui se creuse

Le directeur immobilier n'a pas fait de promesse qu'il ne pouvait pas tenir, et il faut lui reconnaître cette prudence. « Je ne viens pas en vous disant, qu'on va régler tous les problèmes d'un seul coup », a-t-il dit aux personnels. Il a décrit un programme immobilier, des études financées et un foncier « qu'on va pouvoir financer et je l'espère, acquérir, mais il n'y a pas que moi qui décide ». Le terrain pressenti se trouve à Tsingoni, les travaux doivent commencer en 2028 et le projet actuel prévoit 250 places, toujours selon Mayotte la 1ère.

Le calcul est vite fait. Avec 278 places à Majicavo et 250 à Tsingoni, Mayotte disposerait de 528 places, pour une population détenue qui dépasse déjà 600 personnes. La nouvelle prison serait pleine le jour de son ouverture, et Majicavo resterait surpeuplée. Mayotte Hebdo citait en juin une projection selon laquelle, même dans le scénario le plus favorable, l'occupation de Majicavo resterait entre 130 % et 148 %.

Le nombre de places, lui, a glissé avec le temps. Mayotte Hebdo situe l'annonce d'un établissement de 400 places en 2022, puis rapporte qu'en 2026 le garde des Sceaux évoquait plutôt un établissement modulaire de 250 à 300 places. Mayotte la 1ère écrit de son côté que Gérald Darmanin avait annoncé 400 places lors de son déplacement de février 2026. Quelle que soit la date de l'annonce, le chiffre affiché a baissé pendant que la population carcérale montait.

Cette baisse est le point le plus contestable du dossier. Le budget ou le foncier, qui manque partout à Mayotte, expliquent sans doute cet ajustement, mais un équipement appelé à servir plusieurs décennies se retrouve dimensionné sur un besoin déjà dépassé. Chaque année de retard se paie en conditions de détention et en risques pour les agents, et les sorties de prison se préparent mal dans une cellule à neuf.

Ce que l'administration pourrait dire dès cette année

Plusieurs décisions peuvent être prises avant 2028. Le foncier passe avant tout, puisque M. Rauffet lui-même le présente comme la condition du reste. L'État devrait publier le calendrier d'acquisition du terrain de Tsingoni, le montant prévu et la date à laquelle la commune et les riverains seront consultés. Les riverains de Tsingoni devraient être entendus avant l'arrivée des engins.

Sur la capacité, le ministère de la Justice publie chaque mois les effectifs par établissement. Il dispose donc des séries qui permettent de justifier 250 places, ou d'en prévoir davantage, ou de phaser une extension dès la conception. Les personnels comme les élus mahorais ont droit à cette justification chiffrée.

Le quotidien des détenus et des agents peut changer plus vite. Un régime alimentaire réduit au poulet depuis près de deux ans renvoie au marché de restauration de l'établissement, que l'administration peut revoir sans attendre un seul mètre carré neuf. Un effectif de surveillants calé sur 610 détenus plutôt que sur 278 places relève d'une décision de gestion.

Reste la question que personne n'a posée mardi, celle des peines exécutées hors les murs. Le code pénal prévoit des aménagements de peine, la détention à domicile sous surveillance électronique, le travail d'intérêt général. Leur usage à Mayotte dépend de moyens d'insertion et de suivi qui manquent eux aussi. Un bilan public de ces mesures, juridiction par juridiction, permettrait de savoir si la surpopulation de Majicavo tient seulement au manque de places ou aussi au manque de solutions pour les courtes peines.

Les agents de Majicavo veulent savoir quand la prison sera construite et combien de détenus elle recevra. Le directeur immobilier a promis de revenir avec un foncier acquis, sans dire quand l'acte d'achat du terrain de Tsingoni serait signé.

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