LainnyaDécryptage

À Tsararano, 2 500 élèves, des personnels en droit de retrait et un seul contrat aidé promis sans date

Les personnels du lycée de Tsararano demandaient cinq assistants d'éducation de plus, pour une douzaine en poste. Le rectorat a promis vendredi un contrat aidé et une fouille, sans date, à trois jours de la réouverture prévue lundi 9 novembre.

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À Tsararano, 2 500 élèves, des personnels en droit de retrait et un seul contrat aidé promis sans date
Photo : Le Lagon à Dembéni (Mayotte) (33925917474) — Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Lundi 9 novembre, le lycée de Tsararano doit rouvrir ses portes à quelque 2 500 élèves. Les personnels, reçus au rectorat vendredi 6 novembre, ont maintenu leur droit de retrait, si bien que l'accueil des élèves n'est pas assuré. Ils avaient demandé cinq assistants d'éducation supplémentaires, et le rectorat leur a promis un contrat aidé, sans date. Cet écart en dit long sur la réponse apportée à l'un des plus gros lycées de l'île.

Dix jours de violences et une fermeture

Depuis la rentrée du 26 octobre, les incidents se multiplient dans l'établissement et à ses abords, rapporte Mayotte la 1ère, qui fait état d'affrontements entre bandes rivales, de jets de pierres et de tentatives d'intrusion. Le mardi 3 novembre au matin, une rixe éclate entre des jeunes de Tsoundzou et de Dembéni, selon L'info Kwezi. Deux personnes soupçonnées d'avoir lancé des pierres sont placées en garde à vue. Par ailleurs, une fouille des sanitaires fait apparaître plusieurs couteaux et des ciseaux, selon le même média.

Mayotte la 1ère mentionne trois couteaux saisis en début de semaine et au moins un élève qui aurait été agressé à l'arme blanche dans l'enceinte depuis la rentrée, avec des blessures qui seraient superficielles. Le procureur de la République a déclaré à Mayotte la 1ère : « Nous avons une enquête en cours avec un auteur identifié qui nie les faits. » La personne mise en cause est présumée innocente.

Les personnels exercent leur droit de retrait dès le 3 novembre selon L'info Kwezi, le 4 selon Mayotte la 1ère. Le plan de reprise annoncé le 4 novembre, relayé par L'info Kwezi, prévoyait un retour en classe le vendredi, une formation des équipes au repérage des « signaux faibles » et des réunions le lundi suivant avec les maires de Dembéni et de Mamoudzou. Le jeudi 5 novembre, le rectorat ferme finalement le lycée jusqu'au lundi 9.

Vendredi vers 11 heures, une délégation des personnels est reçue au rectorat. Elle demande, d'après Mayotte la 1ère, cinq assistants d'éducation supplémentaires affectés au seul lycée, ou à défaut une présence renforcée d'une société de sécurité privée, ainsi qu'une fouille contre les armes blanches. À plus long terme, elle réclame des serrures fiables, des caméras réparées, un mur pour empêcher le passage d'objets à travers les grillages et des fouilles régulières à la descente des bus. Le rectorat s'engage sur un poste supplémentaire en contrat aidé PEC, sans calendrier, et sur une fouille, elle aussi sans date. La demande de cinq assistants d'éducation reste sans réponse.

Les chiffres

  • Environ 2 500 élèves inscrits au lycée de Tsararano (Mayotte la 1ère)
  • Une douzaine d'assistants d'éducation (Mayotte la 1ère), soit environ un pour 200 élèves (calcul de la rédaction)
  • 5 assistants d'éducation supplémentaires demandés, 1 contrat PEC promis sans calendrier (Mayotte la 1ère)
  • Un fonds social qui aurait été divisé par dix (Mayotte la 1ère)

Un lycée en manque d'encadrants

Les personnels ont posé un diagnostic précis. Soidiki Assibatu, représentant FSU, a résumé à Mayotte la 1ère : « le problème majeur, c'est le manque de personnel encadrant ». Les violences éclatent surtout pendant les récréations, quand une douzaine d'assistants d'éducation doit surveiller une population de lycéens équivalente à celle d'un gros bourg mahorais. Les cinq postes demandés porteraient le taux à environ un assistant d'éducation pour 150 élèves, ce qui reste modeste pour un établissement de cette taille.

La réponse du rectorat porte sur un seul contrat aidé, sans date d'arrivée. Un PEC est un emploi à durée limitée, conçu pour l'insertion professionnelle, et ce type de contrat n'a pas les missions d'un assistant d'éducation affecté à la vie scolaire. La fouille annoncée relève de l'opération ponctuelle et ne change rien au nombre d'adultes présents dans la cour pendant la récréation.

Le dossier croise aussi une décision municipale. Depuis l'arrêté de Dembéni interdisant la vente à la sauvette, les vendeuses de nourriture n'ont plus le droit d'exercer aux abords du lycée. Selon le représentant FSU cité par Mayotte la 1ère, des élèves n'ont plus accès à la nourriture sur place et doivent sortir et s'éloigner pour se restaurer. Certaines familles ne peuvent pas payer la collation, et l'enveloppe du fonds social du lycée aurait été divisée par dix. Une mesure présentée comme relevant de la politique de sécurité de la commune a donc pour effet, selon ce représentant, de contraindre des élèves à quitter l'enceinte pour manger, et aucune solution de restauration n'a été annoncée publiquement par la commune ou par l'académie.

À l'Assemblée nationale, en séance publique le 4 novembre, le député Carlos Martens Bilongo (La France insoumise - Nouveau Front populaire) a déclaré, lors des explications de vote sur le projet de loi de finances pour 2027 : « Depuis le 31 août dernier, les lycées à Mayotte et en Guyane sont mobilisés ; ils se révoltent pour demander plus de moyens et ont été rejoints par les lycées de l'Hexagone. » La demande des personnels de Tsararano porte précisément sur des moyens humains chiffrés, poste par poste.

Ce que répondent les autres

Le rectorat s'est engagé, selon Mayotte la 1ère, à recruter un poste supplémentaire en contrat PEC et à organiser une fouille de l'établissement, sans date communiquée pour l'un ni pour l'autre. Le plan de reprise annoncé le 4 novembre, rapporte L'info Kwezi, prévoyait une formation des personnels à la gestion des violences et une rencontre réunissant les élèves mis en cause, leurs parents, les maires, le rectorat et le procureur, pour rappeler la loi et les sanctions. Le maire de Dembéni devait y présenter sa politique de sécurité et l'interdiction faite aux vendeuses devant le lycée. Aucune déclaration publique du rectorat sur la demande de cinq assistants d'éducation n'a été trouvée à la date de publication.

Un calendrier à publier avant la reprise

Je juge la réponse du rectorat hors de proportion avec le problème décrit par ceux qui travaillent dans ce lycée. Pour un établissement de 2 500 élèves fermé pour violences, un contrat aidé sans date ne répond pas à la demande, et les familles de Tsararano n'ont reçu aucun calendrier.

Je demande au recteur de Mayotte de publier dès lundi 9 novembre la date d'arrivée du poste promis et celle de la fouille, puis d'affecter au lycée les cinq assistants d'éducation demandés avant le 30 novembre 2026, ou d'expliquer publiquement pourquoi il ne le peut pas. Le montant du fonds social du lycée pour 2025 et pour 2026 doit aussi être rendu public, afin que chacun vérifie s'il a bien été divisé par dix.

Au maire de Dembéni, je demande d'arrêter avec la direction du lycée, d'ici le 16 novembre, une solution de restauration accessible aux élèves sans sortir de l'établissement.

Les réunions avec les maires de Dembéni et de Mamoudzou avaient été annoncées le 4 novembre pour le lundi suivant, le 9, jour de la réouverture fixée par le rectorat, sans que leur maintien ait été confirmé depuis la fermeture.

Sources

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