Travaux

À Vahibé, l'école attend un arrêté de l'État et la PMI de 2,32 millions reste sans calendrier

Rue Haronophe, deux chantiers publics se font face sans avancer. La mairie de Mamoudzou dit attendre la notification d'une subvention pour reconstruire Vahibé 1, chiffrée à 12,5 millions d'euros sur 27 mois, tandis que le Département répond « c'est en cours » pour la PMI. Des habitants parlent de manifester.

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À Vahibé, l'école attend un arrêté de l'État et la PMI de 2,32 millions reste sans calendrier
Photo : Padzas de Vahibé — Frédéric Ducarme, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Rue Haronophe, au centre de Vahibé, les chantiers publics se font face et n'avancent pas. La Ville de Mamoudzou a posé en décembre 2025 la première pierre de l'école élémentaire Vahibé 1, détruite par Chido. Juste en face, le futur centre de protection maternelle et infantile du Département-Région n'est qu'un bâtiment partiellement construit, à l'arrêt depuis plusieurs années, qui se dégrade. Les habitants assurent, selon Mayotte Hebdo, que son sous-sol sert de squat malgré la présence d'un gardien.

Le 14 octobre, ce site notait qu'onze mois après la cérémonie, l'école n'avait toujours pas vu d'ouvrier. L'enquête publiée vendredi par Mayotte Hebdo élargit le dossier à la PMI voisine, dont on parlait peu, et rapporte enfin l'explication de la mairie pour l'école.

2,32 millions d'euros de PMI en suspens

Le projet de PMI devait améliorer l'accueil des familles et l'accès aux soins, avec des services de télésanté et de télémédecine. Son coût prévisionnel est de 2,32 millions d'euros, cofinancés par le Département-Région et l'Union européenne. En décembre 2025, le Département a relancé plusieurs lots du marché de travaux, dont la charpente, l'électricité, la plomberie et l'étanchéité, avec une remise des offres fixée au 23 janvier 2026. Depuis, Mayotte Hebdo n'a trouvé aucune information publique confirmant la reprise du chantier ni aucun calendrier de livraison. Interrogé par l'hebdomadaire, le Département s'est contenté de répondre que « c'est en cours ».

Cette réponse ne suffit pas pour un équipement de santé destiné aux mères et aux nourrissons d'un village de Mamoudzou privé de son école. Un marché relancé en décembre avec une remise des offres en janvier a forcément connu une suite. Soit les lots ont été attribués, et l'on doit pouvoir dire à quelles entreprises et pour quand. Soit ils ont été déclarés infructueux, et il faut alors le dire, avec la nouvelle procédure prévue. Les avis d'attribution sont des documents publics. Il ne coûterait rien au Département de les afficher sur la palissade.

Il y a aussi l'argent européen. Les fonds de l'Union sont programmés sur des périodes fixes, et un chantier qui dort trop longtemps peut perdre sa subvention, et la collectivité se retrouve alors à payer seule ou à abandonner. Les habitants ignorent si ce risque existe pour leur PMI, et les trois mots lâchés par le Département à Mayotte Hebdo ne les ont pas renseignés.

L'école attend un arrêté de l'État

Pour Vahibé 1, la Ville de Mamoudzou dit attendre la notification de l'arrêté de subvention de l'État, qui doit financer une grande partie des travaux. Une fois ce document reçu, le dossier pourrait être débloqué, selon la mairie citée par Mayotte Hebdo. En décembre 2025, le maire, Ambdilwahedou Soumaïla, estimait la durée du chantier à 27 mois, pour un coût total de 12,5 millions d'euros.

Si l'on comprend bien la mairie, la première pierre a donc été posée avant que le financement principal soit formellement acquis. Les familles y ont gagné une cérémonie et, près d'un an plus tard, un terrain vide. Pendant ce temps, tous les élèves de Vahibé 1 sont accueillis à l'école Vahibé 2, en contrebas du village. L'établissement est surchargé, la commune y a installé des classes modulaires et les enfants subissent de fortes rotations, que les parents dénoncent depuis des mois.

Ibrahim Traoré, un habitant engagé dans la vie du village, a résumé l'état d'esprit à Mayotte Hebdo : « Que ce soit pour l'école élémentaire ou la PMI, c'est silence radio ». Il rapporte qu'une livraison de l'école a été promise pour mars 2028 et constate qu'il ne voit « aucune machine, aucune activité ». Avec d'autres habitants, il envisage de manifester devant les bâtiments municipaux et de rassembler des documents en vue d'une action en justice. Il relie aussi l'absence d'école à la réputation du secteur, souvent cité pour les violences sur la nationale entre Vahibé et Tsoundzou. « Tout ce qu'on souhaite, c'est que nos petites sœurs et nos petits frères puissent disposer des mêmes chances d'apprendre que les autres élèves de France », dit-il.

Si le chantier de 27 mois annoncé démarrait aujourd'hui, l'école ne serait pas livrée avant le début de 2029. La date de mars 2028 est hors d'atteinte, sans que personne l'ait annoncé officiellement aux parents.

Pour l'école, la mairie renvoie à l'État. Rien n'empêche pourtant la préfecture d'indiquer à quelle date l'arrêté de subvention pour Vahibé 1 sera signé et, s'il bloque, pour quelle raison. La commune, de son côté, pourrait réunir les parents de Vahibé 2 autour d'un calendrier révisé, sans attendre qu'ils découvrent le retard dans la presse. Quant à la PMI, l'état du marché et le sort des fonds européens relèvent du seul Département-Région, à qui il revient de les rendre publics. Un panneau de chantier mis à jour chaque mois, devant chaque terrain de la rue Haronophe, ferait déjà retomber une partie de la colère.

Les habitants ont annoncé, selon Mayotte Hebdo, vouloir se faire entendre dans les prochains jours, avant même la fin des vacances. Aucune des institutions concernées n'a, pour l'instant, pris la parole devant eux.

Sources

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