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550 puis 80 millions pour l’eau des outre-mer, deux amendements retirés sans part chiffrée pour Mayotte

Déposés en commission des finances, ils citaient les 31,7 % de Mahorais sans eau courante chez eux et le forage comme besoin. Leur retrait le 26 octobre laisse ouverte la question d’une ligne propre à Mayotte.

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550 puis 80 millions pour l’eau des outre-mer, deux amendements retirés sans part chiffrée pour Mayotte
Photo : Retenue collinaire de Dzoumogné — Plg56, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

À Mayotte, 31,7 % de la population n’a pas accès à l’eau courante dans son logement. Le chiffre figure noir sur blanc dans deux amendements au projet de loi de finances pour 2027 déposés en commission des finances de l’Assemblée nationale par le député Christian Baptiste (Socialistes et apparentés), et retirés tous les deux le 26 octobre 2026, selon le site de l’Assemblée. Le premier, l’amendement n° II-CF2984, daté du 25 octobre, proposait d’ouvrir 550 millions d’euros. Le second, l’amendement n° II-CF2987, daté du 26 octobre et présenté comme un « amendement de repli », ramenait la somme à 80 millions.

Le retrait d’un amendement en commission est une procédure courante. Un auteur peut le retirer pour le redéposer en séance, après un engagement du gouvernement, ou faute de majorité. Les données publiques consultées ne précisent pas la raison de ce retrait. Leur texte dit pourtant beaucoup de la place de Mayotte dans les arbitrages budgétaires sur l’eau.

Un plan de rattrapage chiffré pour tous les outre-mer

Les deux amendements visaient le même objet. Selon l’exposé sommaire, il s’agissait de « financer la première annuité d’un plan exceptionnel de rattrapage des infrastructures d’eau potable et d’assainissement dans l’ensemble des outre-mer, et de rendre effectif le droit d’accès à l’eau ». Le député y rappelle que « les travaux de la Cour des comptes et du Sénat évaluent à environ 2,36 milliards d’euros les besoins d’investissement recensés dans les outre-mer ». Il relève aussi qu’en matière de crédits, « les autorisations d’engagement du programme 123 “Conditions de vie outre-mer” reculent de 371 millions d’euros par rapport à la loi de finances pour 2026 ».

Mayotte y apparaît à deux endroits. L’exposé met en regard les 31,7 % de Mahorais privés d’eau courante à domicile et les 99,94 % d’habitants de l’Hexagone disposant d’un réseau d’alimentation dans leur logement, et la liste des destinations des crédits prévoit plus loin « la recherche et la mobilisation de nouvelles ressources à Mayotte, où la sécurisation durable de l’approvisionnement suppose des travaux de prospection, de forage et de production, en complément des opérations déjà engagées au titre du plan Eau ».

La première destination des fonds concernait la Guadeloupe, avec l’opération d’intérêt national demandée par le Congrès des élus guadeloupéens le 24 juin 2026 et le traitement de la dette de son syndicat de l’eau. La part qui serait revenue à Mayotte n’était pas chiffrée.

Le forage et la prospection, des besoins sans ligne budgétaire propre

Mayotte vit depuis des années au rythme des tours d’eau, et l’île attend de nouvelles ressources que les retenues collinaires et le dessalement ne fournissent pas encore en quantité suffisante. L’exposé sommaire reconnaît que l’approvisionnement durable passe par la prospection et le forage. Pourtant, dans ces deux amendements, ils se trouvaient mêlés aux besoins des autres territoires ultramarins, sans montant réservé.

Cette mutualisation a sa logique. Une enveloppe commune aux outre-mer rassemble davantage de signataires et pèse plus lourd dans la discussion, mais elle dessert Mayotte quand l’argent manque, car il va alors au territoire dont le dossier est le plus avancé ou le plus visible, et la Guadeloupe arrivait ici en tête, avec une résolution de ses élus et un programme d’investissement de 320 millions d’euros pour 2024-2027 porté par son syndicat.

Je doute que Mayotte puisse attendre qu’un plan pour tous les outre-mer lui attribue un jour sa part. Il faut y trouver de l’eau qui n’existe pas encore dans les tuyaux, en plus de réparer les réseaux qui fuient. Un tel effort se programme sur plusieurs années, avec des crédits identifiés et un suivi public.

Le débat en séance, prochaine étape

Le projet de loi de finances poursuit son examen. Les crédits de la mission Outre-mer reviendront en séance publique, où des amendements pourront de nouveau être déposés par tout député, quel que soit son groupe.

Le gouvernement devrait préciser, avant le passage en séance, le montant des autorisations d’engagement consacrées à l’eau à Mayotte dans le programme 123 pour 2027, et la part de la baisse de 371 millions qui touchera l’île. Il pourrait dire aussi quels forages et quelles campagnes de prospection sont financés au titre du plan Eau, avec un calendrier. Les députés disposeraient alors d’une base pour proposer, s’ils le jugent utile, une ligne propre à la ressource en eau mahoraise.

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