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89,6 millions d'euros européens pour Chido, et un rapport de dépenses que Mayotte devra réclamer

Bruxelles a validé jeudi l'aide définitive du Fonds de solidarité de l'Union européenne pour Mayotte. Il reste 65,6 millions d'euros à verser à l'État, qui aura ensuite dix-huit mois pour les dépenser et rendre compte à la Commission.

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89,6 millions d'euros européens pour Chido, et un rapport de dépenses que Mayotte devra réclamer
Photo : Le quartier Tsararano 01 — Adansonia rayanne2, CC0, via Wikimedia Commons

Le 5 novembre 2026, près de vingt-trois mois après le passage du cyclone Chido, la Commission européenne a validé l'enveloppe définitive du Fonds de solidarité de l'Union européenne (FSUE) pour Mayotte. Elle s'élève à 89,6 millions d'euros. Une avance de 24 millions avait été versée en mai 2025, il reste donc 65,6 millions à payer. Le Journal de Mayotte et The Brussels Times ont relayé l'annonce le jour même. Le même paquet attribue 21,2 millions à La Réunion pour le cyclone Garance de février 2025 et 2,1 millions à la Slovaquie, frappée par des inondations en septembre 2024.

Le montant mahorais était connu depuis plus d'un an. La Commission l'avait proposé le 3 octobre 2025, au sein d'une enveloppe de 110,8 millions partagée avec La Réunion. Il fallait ensuite l'accord du Parlement européen et du Conseil, puis les décisions d'exécution. Treize mois de procédure pour un fonds pensé pour les catastrophes, voilà de quoi faire sourire amèrement à Mamoudzou, mais ce délai tient aux règles du FSUE et l'on ne peut guère reprocher à Bruxelles de les avoir suivies. Dans sa présentation, la Commission rappelle que Chido a détruit des habitations, coupé les réseaux d'eau et d'électricité, abîmé les infrastructures de transport et fait au moins 39 victimes.

Un versement à l'État, des chantiers dans les communes

L'argent va à la France, État membre, et non au Département-Région ni aux mairies. Ainsi le veut le règlement, et la page de la Commission consacrée au FSUE précise qu'il ne finance que des opérations publiques d'urgence et de remise en état. Il paie la réparation des équipements, l'hébergement temporaire des sinistrés et le nettoyage des zones touchées, tandis que les investissements de prévention en sont exclus. Ces dépenses peuvent être prises en charge rétroactivement, dès le premier jour de la catastrophe.

Une bonne partie des 89,6 millions pourrait servir à rembourser des dépenses que l'État a déjà engagées depuis décembre 2024, le déblaiement, les secours ou l'hébergement d'urgence par exemple. L'État a avancé ces sommes et il est normal qu'il se rembourse. Seulement, l'habitant de Kawéni ou de Dzoumogné qui lit « 89,6 millions pour Mayotte » pense à des écoles réparées et à des toits refaits l'an prochain, et rien dans l'annonce ne le lui promet.

Le calendrier européen, lui, est précis. L'aide doit être utilisée dans les dix-huit mois qui suivent le versement du montant total, et l'État bénéficiaire remet ensuite un rapport d'exécution à la Commission dans un délai de six mois. Si le solde arrive dans les prochaines semaines, ce rapport sera dû vers la fin de 2028. Ce sera le seul document à dire, opération par opération, ce que Bruxelles a payé à Mayotte, et sauf erreur de notre part aucune règle n'oblige la préfecture à le publier sur l'île.

Le même jeudi, Mayotte plaidait sa cause en Guadeloupe

Ce 5 novembre justement, la vice-présidente du Département-Région chargée des finances et des affaires européennes, Zamimou Ahamadi, représentait la collectivité à la 30e conférence des présidents des régions ultrapériphériques, en Guadeloupe, selon Mayotte la 1ère. Le Département y défendait, d'après son communiqué, « un accès renforcé aux dispositifs européens ». On ne lui donnera pas tort, à condition de commencer par l'argent déjà attribué. Celui du FSUE passe par l'État, et la collectivité n'en voit que ce qu'on veut bien lui montrer.

Avant que le solde soit versé, et non après, la préfecture devrait publier la liste des opérations présentées à la Commission pour justifier les 89,6 millions, avec leur montant et la commune concernée. Il faut y distinguer ce qui rembourse des dépenses passées de ce qui financera des travaux encore à faire, parce que les Mahorais ont besoin de savoir si un chantier promis dépend de ce fonds. Les élus du Département-Région et les maires, qui connaissent la liste des bâtiments publics encore sinistrés, pourraient demander que la part non engagée aille d'abord aux écoles et aux hébergements temporaires, deux postes que le règlement du fonds autorise. Et le rapport d'exécution, pourquoi ne pas le rendre public à Mayotte le jour même où il part à Bruxelles ?

Depuis 2002, rappelle le Journal de Mayotte, le FSUE a mobilisé plus de 11 milliards d'euros pour 150 catastrophes. Pour Mayotte, le compteur des dix-huit mois partira du versement du solde, et la Commission n'en a pas encore donné la date.

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