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Accès direct aux infirmiers en pratique avancée, Mayotte est retenue sans dire combien elle en compte

Un décret et un arrêté parus le 24 octobre font de Mayotte l'un des six départements où les patients pourront consulter un infirmier en pratique avancée sans ordonnance médicale dès le 1er décembre. Le dispositif exige une CPTS et des IPA que l'ARS n'a pas encore recensés publiquement.

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Accès direct aux infirmiers en pratique avancée, Mayotte est retenue sans dire combien elle en compte
Photo : L'hôpital historique (Dzaoudzi, Mayotte) (34787688536) — Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Mayotte figure depuis ce samedi au Journal officiel parmi les six départements où un patient pourra consulter un infirmier en pratique avancée sans passer d'abord par un médecin. Pour que la nouvelle change quelque chose dans une île qui compte un médecin pour 2 000 habitants, il faut des infirmiers formés et une organisation pour les accueillir. Les documents publics n'en disent presque rien.

Deux textes parus le 24 octobre

Le décret n° 2026-985 du 23 octobre 2026 et un arrêté du même jour, signé par la ministre de la santé, ont été publiés au Journal officiel du 24 octobre. L'arrêté désigne l'Hérault, le Loiret, la Martinique, Mayotte, le Val-d'Oise et l'Yonne, « sélectionnés à l'issue d'un appel à projet ». Il s'appuie sur l'article 1er de la loi du 19 mai 2023 portant amélioration de l'accès aux soins, dite loi Rist, et sur un avis du Haut Conseil des professions paramédicales du 14 avril 2026.

Selon L'Officiel des métiers, l'expérimentation démarre le 1er décembre 2026 pour cinq ans. Elle concerne les infirmiers en pratique avancée (IPA) membres d'une communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS). Les volontaires se déclarent auprès de l'agence régionale de santé par un téléservice et prouvent leur appartenance à la CPTS. L'ARS publie ensuite la liste des IPA habilités. Le décret prévoit que le patient est réorienté vers son médecin traitant « en cas de besoin », et charge les agences régionales de santé de centraliser chaque année les informations sur la qualité de la prise en charge, dont le nombre d'IPA participants. Selon L'Officiel des métiers, ce bilan doit aussi compter les patients reçus, les motifs de consultation, le taux de réorientation et les événements indésirables.

Sur place, la pénurie médicale est documentée. Mayotte la 1ère rapportait en juin 2026 que les urgences du centre hospitalier de Mayotte (CHM) fonctionnaient avec 15 médecins quand il en faudrait 40. L'ARS de Mayotte a lancé fin avril 2025 un appel à projets pour accompagner des infirmiers vers la pratique avancée, selon Outremers360, puis un appel 2026 clos le 13 août, d'après la plateforme des démarches de l'État. Sur les 61 postes ouverts à Mayotte en 2025 aux praticiens diplômés hors Union européenne, 45 concernaient le CHM et les services de PMI, selon Opinion Internationale.

Les chiffres

  • 6 départements retenus pour l'expérimentation, dont 2 en outre-mer (arrêté du 23 octobre 2026)
  • 5 ans d'expérimentation à compter du 1er décembre 2026 (décret n° 2026-985, selon L'Officiel des métiers)
  • 1 médecin pour 2 000 habitants à Mayotte (Mayotte la 1ère, juin 2026)
  • 15 médecins aux urgences du CHM pour 40 nécessaires (même source)
  • 61 postes ouverts à Mayotte aux praticiens diplômés hors Union européenne en 2025 (arrêté publié au JO du 30 août 2025, selon Opinion Internationale)

Une expérimentation qui suppose ce que Mayotte n'a peut-être pas

Le dispositif repose d'abord sur la CPTS. Sans communauté professionnelle constituée, aucun IPA ne peut entrer dans le cadre fixé par le décret. En mai 2024, lors de la visite du ministre délégué à la santé Frédéric Valletoux à Bandrélé, la lettre d'engagement du contrat local de santé de la communauté de communes du Sud prévoyait, selon Outremers360, « la création de la première communauté professionnelle territoriale de santé ». La formule laissait entendre qu'aucune n'existait alors, au moins dans le sud de l'île. Mayotte ayant été retenue sur appel à projets, un porteur s'est vraisemblablement manifesté depuis. Aucun document public que j'ai pu consulter ne dit lequel, sur quel territoire, ni avec combien de professionnels.

Reste la question des IPA eux-mêmes. L'ARS finance des formations, mais aucun des documents publics que j'ai consultés ne donne le nombre d'infirmiers en pratique avancée qui exercent aujourd'hui en ville sur l'île. Si le vivier se limite à quelques personnes, très peu de patients pourront profiter de l'accès direct.

La comparaison avec la Martinique, l'autre territoire ultramarin retenu, aidera à juger. Les deux îles partent du même texte et des mêmes obligations de bilan. Le premier bilan annuel dira combien de patients les IPA de l'île auront réellement reçus.

Le manque de données publiques sur les soignants dépasse ce dossier. Le 19 octobre, en commission des finances, Anchya Bamana (Rassemblement national) a déposé sur le projet de loi de finances pour 2027 l'amendement n° II-CF2408. Il propose un indicateur dont le numérateur « prend en compte le nombre de poste de soignants non pourvu à Mayotte par catégorie », avec une fréquence « mensuelle » et une source, l'« ARS Mayotte ». Je n'ai pas trouvé trace de la suite donnée à cet amendement. Qu'il ait fallu le proposer par amendement montre que ce chiffre, élémentaire pour piloter une politique de santé, ne figure pas parmi les indicateurs budgétaires, et je ne l'ai trouvé publié nulle part ailleurs.

Ce que répondent les autres

Aucune réaction publique de l'ARS de Mayotte à la parution de l'arrêté n'a été trouvée à la date de publication. Ses appels à candidatures de 2025 et de 2026 affichaient l'objectif d'accompagner des infirmiers vers la pratique avancée. L'Officiel des métiers présente le dispositif comme destiné à « désengorger les cabinets médicaux », sans qu'une déclaration du ministère de la santé propre à Mayotte ait été trouvée.

Une liste à publier avant le 1er décembre

Cette expérimentation est une bonne décision pour Mayotte, à condition que l'ARS en fasse un outil transparent. Sans liste des IPA ni CPTS identifiée, personne ne pourra mesurer quoi que ce soit dans cinq ans.

Je demande au directeur général de l'ARS de Mayotte de publier avant le 1er décembre 2026 le nom de la ou des CPTS engagées, le nombre d'IPA exerçant en ville sur l'île et le nombre de celles et ceux qui se seront déclarés pour l'accès direct. Je lui demande aussi de rendre public, chaque trimestre, le nombre de postes de soignants vacants au CHM et en ville.

Le décret charge l'ARS de centraliser ces informations chaque année, à compter d'un démarrage fixé au 1er décembre 2026 selon L'Officiel des métiers.

Sources

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