AltroPoint de vue

Après le passage de huit orques, le Parc marin de Mayotte doit montrer qu'il fait respecter ses 100 mètres

Le 14 octobre, une famille d'orques s'est attardée au sud-est de l'île. Treize jours plus tard, l'association Ceta'Maore dénonce des approches irrespectueuses. La règle des 100 mètres et l'amende prévue existent, mais aucun bilan public des contrôles en mer n'a pu être trouvé.

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Après le passage de huit orques, le Parc marin de Mayotte doit montrer qu'il fait respecter ses 100 mètres
Photo : 20231004 - Baleine à bosse - David Lorieux - Ceta'Maore — DavidLorieux, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Les orques passent dans les eaux mahoraises une fois tous les un ou deux ans, selon un capitaine qui les guette depuis dix ans, puis repartent. En octobre, leur passage a rappelé que le Parc naturel marin de Mayotte protège sur le papier des animaux que l'île entière veut voir de près, sans qu'aucun chiffre publié permette de savoir si cette protection est contrôlée en mer.

Une famille au sud-est, puis une alerte sur les réseaux

Le mercredi 14 octobre 2026, une famille de huit orques, femelles, mâles et juvéniles, a été observée au large de la côte sud-est de Mayotte, selon Mayotte la 1ère. Un capitaine d'un opérateur d'observation, qui transportait une dizaine de passagers, a raconté à la chaîne que trois grandes femelles étaient venues d'elles-mêmes vers son bateau et avaient tourné autour. D'autres embarcations de son réseau l'ont rejoint une vingtaine de minutes plus tard, puis d'autres au bout d'une heure, d'après le même récit. Rien n'indique que ces bateaux soient ceux visés par l'alerte venue ensuite.

Le 27 octobre, l'association Ceta'Maore, qui se consacre à la protection des mammifères marins de l'île, a publié un communiqué repris par Mayotte la 1ère et par Le Journal de Mayotte. Son titre tient en une phrase, « Une observation rare, qui fait rêver… mais avec des approches non-respectueuses ». Plusieurs publications sur les réseaux sociaux avaient alerté l'association. Le communiqué ne nomme aucun opérateur ni aucun plaisancier.

Ceta'Maore y rappelle que les eaux de Mayotte forment une aire marine protégée où plusieurs interdictions s'appliquent. Il est interdit d'approcher un mammifère marin à moins de 100 mètres. La mise à l'eau avec les animaux est interdite dans la zone d'observation, où deux bateaux au plus peuvent se trouver en même temps. Poursuivre les animaux, les encercler ou couper leur trajectoire est interdit.

En juillet 2023, le Parc naturel marin, cité par Mayotte Hebdo, détaillait déjà ces règles avant la saison des baleines à bosse. Il y ajoutait une vitesse limitée à cinq nœuds dans la zone des 300 mètres et l'interdiction d'aborder un cétacé par l'avant ou par l'arrière, et rappelait qu'une loi nationale applicable depuis 2021 aux aires marines protégées interdit la perturbation intentionnelle de ces animaux. L'amende pouvait atteindre 750 euros pour une personne physique et 3 500 euros pour une personne morale.

Les chiffres

  • 8 orques observées le 14 octobre 2026 au large du sud-est de Mayotte (Mayotte la 1ère)
  • 100 mètres, distance minimale d'approche d'un mammifère marin (Ceta'Maore, Parc naturel marin de Mayotte)
  • 2 bateaux au plus en même temps dans la zone d'observation (Ceta'Maore)
  • Jusqu'à 750 euros pour un particulier et 3 500 euros pour une société, amende pour perturbation intentionnelle (Parc naturel marin cité par Mayotte Hebdo, 2023)
  • 69 000 km² couverts par le Parc naturel marin, lagon et zone économique exclusive compris (Office français de la biodiversité)

Aucun bilan des contrôles en mer

Je ne crois pas que les Mahorais ignorent la règle des 100 mètres. Le Parc, les associations et la presse locale la rappellent chaque hiver austral, au retour des baleines à bosse. Les opérateurs d'observation la connaissent mieux que quiconque, puisque leur métier en dépend. Mais quand une espèce rare surgit, l'excitation fait converger les bateaux, et la règle ne pèse que si chacun sait qu'elle peut être vérifiée sur place.

Je n'ai trouvé, dans les publications accessibles du Parc naturel marin ou de l'Office français de la biodiversité qui le gère, aucun nombre de patrouilles consacrées à l'observation des cétacés, ni le décompte des infractions relevées et des amendes prononcées pour dérangement. Une amende n'a d'effet dissuasif que si l'on sait qu'elle tombe. Faute de ces données, rien ne dit aux plaisanciers que la règle est appliquée.

Le Parc couvre 69 000 km², une surface qu'aucun moyen nautique ne peut surveiller en permanence, et personne ne demande un agent derrière chaque bateau. L'épisode d'octobre montre en revanche que ces approches peuvent laisser des traces publiques, puisque ce sont des publications sur les réseaux sociaux qui ont alerté Ceta'Maore. Une aire marine protégée peut s'en saisir, au minimum pour convoquer les auteurs et dire publiquement ce qu'elle a fait.

Le lagon de Mayotte vit aussi de cette image. Les sorties en mer pour voir dauphins et baleines font partie de ce que l'île peut offrir à ses visiteurs, et ce tourisme suppose des animaux qui ne fuient pas les bateaux. Des cétacés trop souvent dérangés risquent de s'éloigner. Les opérateurs qui respectent les distances sont les premiers lésés quand d'autres s'approchent trop.

Ce que répondent les autres

Le 16 octobre, avant le communiqué de Ceta'Maore, qui ne vise aucun opérateur, le capitaine interrogé par Mayotte la 1ère racontait que les orques s'étaient approchées d'elles-mêmes de son bateau, sans qu'aucun passager soit blessé. Aucune réaction publique du Parc naturel marin de Mayotte ni de l'Office français de la biodiversité aux comportements signalés par l'association n'a été trouvée à la date de publication.

Ce que j'attends du Parc et de la préfecture

Je demande au directeur délégué du Parc naturel marin de Mayotte de publier, avant le 31 décembre 2026, le nombre de contrôles menés en mer sur l'observation des mammifères marins en 2025 et 2026, le nombre d'infractions constatées et les suites données. Ces chiffres ne mettent personne en cause et disent seulement si la règle vit.

Je demande aussi au préfet de Mayotte et au Parc d'annoncer avant juillet 2027, date du retour habituel des baleines à bosse, un moyen simple pour les usagers de signaler une approche interdite, et une présence en mer annoncée publiquement pendant les pics d'observation.

Sources

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