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Avant de poser ses repères de crue, la Cadema demande aux habitants de M'tsapéré jusqu'où montait la Majimbini

Réunion publique samedi 31 octobre à 10 heures près du dispensaire. L'agglomération collecte photos et souvenirs de Kamisy à Chido, alors que son programme de prévention des inondations sur la rivière, lancé en 2020, est toujours affiché « en cours de labellisation ».

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Avant de poser ses repères de crue, la Cadema demande aux habitants de M'tsapéré jusqu'où montait la Majimbini
Photo : Mtsapere - panoramio — franek2, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Samedi 31 octobre, à 10 heures, sur la place centrale de M'tsapéré, près du dispensaire, la Cadema va demander aux habitants de se souvenir. Elle voudra savoir jusqu'où l'eau est montée pendant Kamisy en 1984, puis pendant Gafilo, Hellen et Chido, et quel mur ou quel manguier a servi de jauge ce jour-là. L'agglomération Dembéni-Mamoudzou lance un recensement des crues historiques de la Majimbini, la rivière qui descend sur près de 11 kilomètres des hauteurs de M'tsapéré jusqu'au lagon, et elle fait appel aux photos, aux vidéos et à la mémoire des riverains, rapporte Mayotte Hebdo. Le but est d'installer des repères de crue le long du cours d'eau.

Un repère de crue, c'est une plaque fixée sur un bâtiment ou un pont, à la hauteur exacte atteinte par l'eau lors d'une inondation passée, et quiconque a vu ces repères dans une ville de l'Hexagone sait l'effet qu'ils produisent sur le passant qui lève la tête et comprend que l'eau est déjà arrivée là, au-dessus de son épaule. Dans une île où la population est jeune, où beaucoup d'habitants n'étaient pas nés ou pas arrivés lors des grands épisodes, cette mémoire visible vaut plus qu'une brochure. Le code de l'environnement en fait d'ailleurs une obligation. Dans les zones exposées, le maire, avec l'appui de l'État, doit inventorier les repères existants et matérialiser ceux des plus hautes eaux connues. La démarche de la Cadema répond à cette obligation, et le choix de passer par les habitants est heureux.

Encore faut-il que ce travail débouche sur autre chose que des plaques. La Majimbini occupe l'intercommunalité depuis des années. Sur sa propre page consacrée à la prévention des inondations, consultée le 29 octobre, la Cadema indique porter depuis 2020 un programme d'actions de prévention des inondations, un PAPI, pour la Majimbini à M'tsapéré, et précise que le « PAPI d'intention est en cours de labellisation ». Six ans pour franchir la première marche d'une procédure nationale qui en compte plusieurs, c'est long, surtout quand Chido est passé entre-temps. Peut-être la page n'est-elle simplement pas à jour. Dans ce cas, la réunion de samedi serait l'occasion idéale de dire où en est réellement ce programme, quelles études ont été rendues et quels travaux sont prévus.

La même page rappelle que les habitants financent cette compétence. La taxe dite Gemapi, pour la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations, y est annoncée à 12 euros par an et par habitant sur le territoire de Dembéni et de Mamoudzou. La somme est modeste à l'échelle d'un foyer. Elle donne pourtant le droit de savoir ce qu'elle a payé, rivière par rivière. La Cadema mentionne aussi des travaux de confortement de berges engagés depuis 2022 pour protéger des habitations en péril, et un diagnostic de l'état des berges des cours d'eau et ravines. Un bilan public de ces opérations, avec les linéaires traités et les montants, compléterait utilement l'appel aux souvenirs.

La mémoire des crues a pourtant ses limites, car les pentes ont changé. Les bassins versants de Mamoudzou ne ressemblent plus à ceux de 1984. Les cases en tôle ont gagné les hauteurs et Chido a couché une partie de la végétation qui retenait l'eau. Une même pluie peut aujourd'hui faire monter la rivière plus vite et plus haut qu'autrefois. Les repères diront ce qui s'est passé, ils ne diront pas ce qui peut arriver. Ce calcul relève d'un PAPI, et le recensement de samedi devra alimenter ce programme.

L'initiative coûte peu, et elle peut aller plus loin. Les témoignages recueillis à M'tsapéré devraient être versés sur la plateforme nationale des repères de crues, gérée par le ministère de la Transition écologique, pour que chacun puisse les consulter et que les données survivent aux changements d'équipe. Les premières plaques pourraient être posées avant le cœur de la saison des pluies, de janvier à mars, sur les lieux les plus fréquentés, l'école, le dispensaire, les ponts. Les élèves des écoles et du collège voisins pourraient participer à la collecte auprès de leurs grands-parents. La méthode pourrait aussi servir pour les autres rivières de Mamoudzou et de Dembéni, une fois la Majimbini traitée.

Quant aux habitants qui gardent une photo de la rivière en crue au fond d'un téléphone ou d'un album, ils savent désormais où l'apporter. Rendez-vous samedi 31 octobre, à 10 heures, place centrale de M'tsapéré.

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