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Barrages de M'tsamoudou, désigner les enfants placés sans preuve ne rendra pas la route plus sûre

Deux barrages en trois jours, un couvre-feu des mineurs de 20 heures à 5 heures et la promesse de demander au préfet le départ des jeunes placés par l'ASE. La gendarmerie dit pourtant n'avoir aucune information sur leur implication.

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Barrages de M'tsamoudou, désigner les enfants placés sans preuve ne rendra pas la route plus sûre
Photo : Plage de Mtsamoudou — Frédéric Ducarme, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Mercredi 28 octobre au matin, des habitants de M'tsamoudou ont fermé la route qui traverse leur village avec des poubelles et des palettes. Ils l'ont rouverte vers 10 heures, après une discussion avec le maire de Bandrélé, Daniel Rama, et plusieurs élus, selon Flash Infos du 29 octobre. Vendredi 30 octobre, le barrage était de retour, rapporte Mayotte la 1ère, parce que les manifestants accusent la mairie de ne pas avoir tenu ses engagements.

Parmi les revendications, une revient dans les deux comptes rendus. Les manifestants demandent le départ des jeunes placés en famille d'accueil dans le village par l'aide sociale à l'enfance, qu'ils tiennent pour responsables des troubles. Le maire a indiqué qu'il porterait cette demande auprès du préfet, selon Mayotte la 1ère.

Une dizaine de jours de violences et deux arrêtés municipaux

Le dimanche 25 octobre, une quarantaine de jeunes avaient barré avec un arbre la route entre Dapani et M'tsamoudou, comme nous l'avions relevé le 27 octobre. Flash Infos date du mardi 27 l'incendie volontaire d'un transformateur d'Électricité de Mayotte, qui a laissé une centaine d'habitants sans courant toute la nuit, et Mayotte la 1ère situe cet incendie dans des affrontements entre bandes rivales. Le journal du 29 octobre fait aussi état de caillassages, d'agressions à l'arme blanche et de destructions de biens publics dans les jours précédents.

Face à la colère, Daniel Rama a fait valoir deux décisions. La première vise la vente à la sauvette. « J'ai signé un arrêté contre la vente à la sauvette », a-t-il déclaré à Mayotte la 1ère. La seconde instaure un couvre-feu pour les mineurs de 20 heures à 5 heures. Ni la durée de ce couvre-feu ni son périmètre exact ne figuraient dans les articles parus jusqu'au 31 octobre.

Interrogée par Flash Infos, la gendarmerie a affirmé « n'avoir aucune information sur la possible implication de ces jeunes dans les violences de ces derniers jours ». Elle dit travailler avec les habitants pour identifier les auteurs, et une enquête est en cours.

Les chiffres

  • 2 barrages d'habitants à l'entrée de M'tsamoudou, les 28 et 30 octobre 2026 (Flash Infos, Mayotte la 1ère)
  • Une centaine d'habitants privés d'électricité après l'incendie du transformateur (Flash Infos)
  • De 20 heures à 5 heures, plage du couvre-feu des mineurs annoncé par la commune (Mayotte la 1ère)
  • 1 mois, durée du couvre-feu préfectoral de 20 heures à 5 heures en Guadeloupe, dont le juge des référés du Conseil d'État a refusé la suspension le 10 mai 2024 (cabinet Landot)

Le maire ne décide pas où vit un enfant confié à l'ASE

Un mineur placé en famille d'accueil l'est en général parce qu'un juge des enfants l'a confié au service départemental de l'aide sociale à l'enfance, comme le prévoit l'article 375-3 du Code civil, « si la protection de l'enfant l'exige ». Le service qui l'accueille relève du Département de Mayotte. Le préfet n'a pas la main sur ce placement, et le maire encore moins. Porter la demande au préfet ne garantit donc rien aux manifestants, puisque la décision appartient au juge et au Département.

Cette demande expose aussi des enfants pris en charge parce qu'ils étaient en danger. Les voilà désignés publiquement, au milieu d'une route barrée, comme la cause des violences de leur village d'accueil, alors que la gendarmerie, qui enquête, dit n'avoir aucune information sur leur implication. Si l'un d'eux a commis un délit, la justice des mineurs existe pour le dire. D'ici là, les familles d'accueil, qui exercent une mission publique, et les enfants qu'elles hébergent subissent une accusation collective. Aucun des comptes rendus publiés ne rapporte que le maire ait rappelé la position des gendarmes en promettant de relayer la demande, et ce silence donne à l'accusation un poids qu'elle n'a pas.

Ce que le Conseil d'État exige d'un couvre-feu

Le couvre-feu des mineurs est une arme connue des maires, dont le juge administratif contrôle les conditions depuis une ordonnance du Conseil d'État de juillet 2001. Dans sa décision du 6 juin 2018 sur Béziers, la haute juridiction a annulé un arrêté faute d'« éléments précis et circonstanciés » établissant des risques particuliers de troubles impliquant des mineurs, et elle exige une mesure « adaptée [...] et proportionnée ». Depuis 2024, les juges des référés acceptent des statistiques à l'échelle de la commune, comme en Guadeloupe.

Bandrélé a probablement de quoi justifier une mesure ciblée, au vu des faits relatés depuis le 25 octobre. La commune doit encore publier l'arrêté motivé et préciser qui le fera respecter la nuit. Sans patrouilles après 20 heures, l'arrêté restera sans effet sur les auteurs de l'incendie du transformateur. La jurisprudence rappelle d'ailleurs qu'une telle mesure ne se substitue pas aux politiques éducatives et sociales, que Bandrélé ne porte pas seule.

La mairie est en première ligne devant les barrages, mais la sécurité de l'axe entre Dapani et M'tsamoudou relève d'abord de l'État. Six mois après le lancement de l'opération Kingia, dont le bilan de mai faisait état de 467 interpellations, je n'ai trouvé aucun chiffre public sur les effectifs engagés la nuit dans ce secteur.

Ce que répondent les autres

Le maire de Bandrélé, Daniel Rama, a dit aux manifestants comprendre leur colère et a assuré qu'un travail de fond était mené avec la gendarmerie, selon Flash Infos. Il a déclaré à Mayotte la 1ère avoir signé un arrêté contre la vente à la sauvette. La gendarmerie affirme n'avoir aucune information sur l'implication des jeunes placés et dit chercher les auteurs avec les habitants. Aucune réaction publique de la préfecture de Mayotte ni du Conseil départemental sur la situation de M'tsamoudou n'a été trouvée à la date de publication.

Trois demandes avant la fin novembre

La colère de villageois qui bloquent leur route après de telles nuits se comprend, mais je refuse qu'on y réponde en promettant de porter au préfet le départ d'enfants placés, désignés comme coupables sur la foi d'une accusation que les enquêteurs disent n'avoir aucun élément pour étayer.

Je demande au maire de Bandrélé de publier d'ici le 15 novembre l'arrêté de couvre-feu, avec les données qui le fondent, sa durée et son périmètre, et de rappeler publiquement qu'il ne décide pas du lieu de vie d'un enfant confié à l'ASE. Le président du Conseil départemental, responsable de l'aide sociale à l'enfance, devrait indiquer avant la même date comment il soutient les familles d'accueil de M'tsamoudou exposées à cette mise en cause. Quant au préfet de Mayotte, il lui revient d'annoncer avant le 30 novembre les effectifs de gendarmerie engagés la nuit entre Dapani et M'tsamoudou, ainsi que le nombre d'interpellations liées aux violences commises dans le secteur depuis le 25 octobre.

Sources

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