Travaux

Bouéni signe pour 5,8 millions d'euros de travaux sans liste publique des chantiers

Voirie, équipements sportifs et protection des cimetières de Bouéni et Hagnoundrou face à la mer, les conventions signées le 21 octobre avec le Département ne disent ni où ni quand. La commune a déjà vu plus de cinq millions de subventions devenir caduques.

Version audio
Partager
Bouéni signe pour 5,8 millions d'euros de travaux sans liste publique des chantiers
Photo : Baie-Bouéni — Christophe Laborderie, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Le montant figure au centime près dans la publication du président de l'Assemblée de Mayotte, Ben Issa Ousseni, après sa venue à Bouéni le mercredi 21 octobre. 5 819 141,70 euros, répartis en trois conventions de financement signées avec la commune. Selon Mayotte Hebdo, 3,5 millions iront à la voirie, 1,5 million à la rénovation des équipements sportifs et 819 141,70 euros à la protection et à l'aménagement du front de mer de Bouéni et de Hagnoundrou. Ce dernier volet doit notamment protéger les cimetières des deux villages, exposés à la mer.

Pour le reste, les habitants savent peu de choses. Les rues concernées par les travaux de voirie, les équipements sportifs retenus, le type de protection prévu sur le littoral et le calendrier n'ont pas été rendus publics. Le maire, Mirhane Ousséni, sollicité par l'hebdomadaire, n'avait pas répondu au moment de la parution. La commune pourrait commencer par mettre les trois conventions en ligne sur son site, avec pour chacune la liste des opérations, le maître d'œuvre et la date limite de commencement des travaux.

Ce silence pèse davantage à Bouéni qu'ailleurs, à cause de l'histoire récente de la commune. En juin, dans un entretien à Mayotte Hebdo, le maire élu en mars 2026 décrivait plus de cinq millions d'euros de subventions devenues caduques et cinq millions d'euros de marchés engagés sans financement prévu. Une subvention devient caduque quand la collectivité n'a pas lancé ou justifié les travaux dans les délais fixés par la convention. L'argent repart alors chez le financeur. Selon le maire, Bouéni a donc déjà perdu une somme presque équivalente à celle qu'elle vient de recevoir.

Le plateau couvert, inauguré en 2021 et inutilisable en 2026

Le plateau sportif municipal raconte la même difficulté à l'échelle d'un seul équipement. Mayotte Hebdo y consacrait un reportage le 8 octobre. La première phase de rénovation, inaugurée en mai 2021, avait coûté 1,3 million d'euros, surtout financés par le conseil départemental et le Centre national pour le développement du sport. Une deuxième phase, chiffrée à 1,5 million, devait couvrir le terrain, avec l'ambition d'accueillir des épreuves des Jeux des îles de l'océan Indien. Chido a arraché les toiles tout juste posées, l'eau s'est infiltrée, le sol s'est dégradé faute d'entretien. Cinq ans après l'inauguration, le plateau est inutilisable, et les clubs de la commune vont jouer chez les voisins. Le maire évoquait en juin un rapport de la chambre régionale des comptes selon lequel l'ouvrage aurait déjà coûté le double de sa valeur initiale.

L'enveloppe sportive signée le 21 octobre s'élève, elle aussi, à 1,5 million d'euros. L'hebdomadaire note que le maire attendait par ailleurs une aide de l'État pour remettre le plateau en état, et que l'articulation entre les deux financements n'est pas connue. Les 1,5 million signés le 21 octobre iront-ils au plateau, à côté de l'aide de l'État, ou à d'autres équipements ? La réponse tient dans la convention elle-même.

Le tribunal administratif de Mayotte a annulé le 24 juin l'élection municipale de mars, et le maire a fait appel devant le Conseil d'État, dont la décision est attendue. Les conventions engagent la commune quelle que soit l'issue, mais une équipe qui pourrait changer dans quelques mois a d'autant plus intérêt à publier ses engagements, pour que les travaux ne s'arrêtent pas avec elle. Le Département, signataire, peut de son côté rendre public un point d'avancement à six mois, en avril 2027.

Protéger un cimetière côtier engage pour des décennies, et le choix entre un enrochement, un mur, une recharge en sable ou la replantation de végétation littorale change le coût d'entretien et l'effet sur les plages voisines. Avec 819 141,70 euros, on ne protège pas toute la baie. Une réunion publique à Hagnoundrou avant la fin de l'année permettrait de montrer le projet aux habitants dont les familles reposent dans ce cimetière, et de choisir la technique avec eux avant le premier coup de pelle.

Cet argent est bienvenu dans une commune du Sud qui en manque, et la répartition annoncée correspond à des besoins visibles. En juin, le maire chiffrait à plus de cinq millions d'euros les subventions de Bouéni devenues caduques. Les conventions du 21 octobre fixent à leur tour une date limite, que les habitants ne connaissent pas encore.

Sources

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le :

Partager

La semaine de Chef Bé

Chaque samedi matin, les articles les plus lus de la semaine sur Mayotte, dans votre boîte e-mail. Gratuit, sans publicité, désinscription en un clic.

Tidak ada komentar yang ditemukan
Annoncez sur Chef Bé dès 5 €, votre marque devant tout MayotteAnnonce Chef Bé