Politics

Budget 2027, un amendement cite les petits agriculteurs de Mayotte exclus du plan d'urgence agricole

Déposé le 31 octobre, l'amendement II-2331 veut rendre 25 millions d'euros aux filières ultramarines, dont 8 pour les éleveurs privés de l'aide au fret des aliments. Son exposé décrit des critères qui écartent de fait les petits exploitants mahorais.

Version audio
Partager
Budget 2027, un amendement cite les petits agriculteurs de Mayotte exclus du plan d'urgence agricole
Photo : Zébu-Mayotte — Christophe Laborderie, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Il est rare qu'un amendement budgétaire agricole cite Mayotte en toutes lettres. Celui que M. Vincent Trébuchet, député du groupe Union des droites pour la République (UDDPLR), a déposé le 31 octobre 2026 à l'Assemblée nationale le fait, et M. Renault le signe avec lui, M. Trébuchet agissant en qualité de rapporteur spécial au nom de la commission des finances. Son exposé chiffre à huit millions d'euros le surcoût que les éleveurs des outre-mer devraient absorber l'an prochain sur leurs importations de céréales pour nourrir leurs bêtes, si le budget de l'État pour 2027 est voté en l'état.

L'amendement n° II-2331 porte sur l'état B du projet de loi de finances pour 2027, c'est-à-dire la répartition des crédits entre missions. Il propose d'ajouter 25 millions d'euros au programme 149, consacré à la compétitivité de l'agriculture, en les prenant sur les moyens de fonctionnement du ministère (programme 215), avec la demande que le gouvernement lève ce gage en cas d'adoption. Dix-sept millions iraient à la filière canne-sucre, dont l'enveloppe passerait de 147 à 130 millions d'euros. Huit millions iraient aux crédits d'intervention en faveur des filières ultramarines, dits CIOM, pour compenser les éleveurs. À la date où ces lignes sont écrites, le sort de l'amendement n'est pas connu. Je crois pourtant que l'avenir agricole de Mayotte se joue en ce moment dans ces lignes budgétaires que presque personne ne commente.

Le fret de l'alimentation animale, une ligne qui disparaît

Selon l'exposé de l'amendement, « L’abondement national de 5 M€, qui prenait en charge une partie du coût du fret de l’alimentation animale au titre du régime spécifique d’approvisionnement, n’est pas reconduit. » Le même texte précise que cette alimentation représente « jusqu’aux deux tiers de leurs coûts de production ». Pour les éleveurs mahorais qui dépendent d'aliments importés, la fin de cette prise en charge risque de se retrouver en bout de chaîne dans le prix de l'œuf et du poulet produits sur l'île.

Autre angle mort, le plan d'urgence « Climat, adaptation, sécheresse, incendies », doté selon l'amendement de 1,3 milliard d'euros. Les exploitants ultramarins y auraient droit sur le papier. L'auteur écrit : « Éligibles en droit, ils en sont exclus de fait par des critères conçus pour l’agriculture hexagonale : seuils de surface agricole utile, taux de chargement, codes d’activité NAF ou conditions de rattachement à la politique agricole commune. » Puis il ajoute : « Une part importante des petits exploitants s’en trouve écartée, notamment à Mayotte et en Guadeloupe. »

Sur le terrain, on le voit depuis Chido. Les parcelles mahoraises sont petites, souvent tenues sans titre foncier régularisé, par des cultivateurs qui ne sont pas toujours déclarés à la chambre d'agriculture ni rattachés à la politique agricole commune. Quand une aide exige un numéro d'exploitation, une surface minimale et un code d'activité, elle laisse dehors la majorité de ceux qui ont replanté bananiers et manioc après le cyclone. Une partie de ce travail a été financée par des dons privés. La Fondation de France explique dans Flash Infos du 2 novembre, article repris par Mayotte Hebdo, avoir payé, en lien avec la Capam et des coopératives, le nettoyage des espaces agricoles, du petit matériel, puis des semences et des plants.

Une réponse qui n'attend pas le vote

Le ministère de l'Agriculture et la préfecture de Mayotte n'ont pas besoin d'attendre le vote pour répondre à une question simple. Combien d'agriculteurs mahorais ont déposé un dossier au plan d'urgence de 2026, et combien l'ont obtenu ? Si le chiffre est proche de zéro, comme le laisse entendre l'exposé, les critères doivent être adaptés par simple instruction, avec un seuil de surface abaissé et une attestation de la chambre d'agriculture ou de la mairie admise à la place des justificatifs habituels.

Le gouvernement peut rejeter l'amendement pour des raisons d'équilibre des comptes. Il devra alors dire, lors de l'examen des crédits de la mission agriculture, comment les petits cultivateurs mahorais accéderont en 2027 aux aides auxquelles ils ont droit en principe, avec un nombre de bénéficiaires visé pour Mayotte.

Si l'amendement passe, la répartition des huit millions demandés pour les éleveurs devra être connue à l'avance. Les CIOM financent plusieurs territoires ; rien dans le texte ne dit quelle part irait à Mayotte. Une clé de répartition rendue publique, fondée sur les tonnages réellement importés par chaque territoire, éviterait qu'une hausse votée à Paris s'évapore avant d'atteindre Longoni.

Sources

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le :

Partager

La semaine de Chef Bé

Chaque samedi matin, les articles les plus lus de la semaine sur Mayotte, dans votre boîte e-mail. Gratuit, sans publicité, désinscription en un clic.

No comments found
Annoncez sur Chef Bé dès 5 €, votre marque devant tout MayotteAnnonce Chef Bé