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Cinquante-sept signalements font de Dembéni le lycée mahorais prioritaire, les dix autres attendent leur diagnostic

Retenu parmi les 200 établissements prioritaires sur la foi de la consultation Agora, le lycée polyvalent de Dembéni devance tous les lycées ultramarins, alors qu'Acoua accueille 2 300 élèves pour 1 500 places et ne figure pas sur la liste.

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Cinquante-sept signalements font de Dembéni le lycée mahorais prioritaire, les dix autres attendent leur diagnostic
Photo : Dembeni — Pauly, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Le lycée polyvalent de Dembéni figure sur la liste nationale des 200 établissements jugés prioritaires pour des travaux, et cette nouvelle devrait réjouir ses élèves. Elle laisse pourtant un goût étrange quand on sait comment la liste a été dressée. Le gouvernement l'a construite à partir du nombre de signalements déposés sur Agora, la plateforme ouverte du 6 au 23 octobre pour recueillir la parole des lycéens en colère. Dembéni en a reçu 57, le score le plus élevé des cinq lycées ultramarins retenus, devant Victor-Schoelcher à Fort-de-France (54), Georges-Brassens à Saint-Denis (49), Melkior et Garré à Cayenne (48) et Moulin Joli à La Possession (47), selon le décompte publié par Outre-mer la 1ère.

Le nombre de clics ne dit rien de l'état d'une toiture ou d'une canalisation. Un lycée dont les élèves se sont beaucoup exprimés en ligne entre dans la liste, un autre, plus abîmé mais moins connecté, en reste dehors. L'association Régions de France a parlé d'« un exercice de communication démagogique » en relevant que le lycée Victor-Schoelcher, cité parmi les prioritaires, a été reconstruit et inauguré en 2022. Le ministère de l'Éducation nationale répond que ces remontées n'ont « pas vocation à se substituer à l'analyse bâtimentaire que réalisent les Régions pour effectuer leurs travaux/rénovation, mais à l'alimenter ». Cette précision signifie que la liste ne finance rien par elle-même et qu'elle renvoie la décision vers la collectivité qui gère les lycées, à Mayotte le Département-Région.

Onze lycées publics, un seul retenu

L'île compte onze lycées publics. Le 9 octobre, la députée Anchya Bamana (Rassemblement national) en avait dressé l'inventaire dans un courrier au ministre Édouard Geffray, repris par Mayotte Hebdo. On y lit qu'environ 2 300 élèves fréquentent le lycée polyvalent du Nord, à Acoua, pour une capacité estimée à 1 500 places, que les classes du lycée Younoussa-Bamana de Mamoudzou peuvent atteindre 38 élèves, que la climatisation tombe en panne à Sada et que des projectiles ont été lancés aux abords du lycée Tani Malandi de Chirongui le 30 septembre. Pour Dembéni, le courrier évoque des postes d'enseignants non pourvus, des cours annulés et des intrusions qui ont conduit en juin à des confinements et à une évacuation. Aucun de ces autres établissements ne figure sur la liste nationale.

La rue a dit la même chose jeudi 5 novembre. Lycéens, enseignants et syndicalistes ont marché du lycée Bamana jusqu'au rectorat, raconte Le Journal de Mayotte, pour dénoncer des sanitaires que les élèves refusent d'utiliser, l'absence d'eau potable et des salles où il faut emprunter des chaises à la classe voisine. « On n'a aucune réponse, aucune échéance », a résumé une élève. Le rectorat a reconnu les difficultés et parlé de recherche de foncier et de structures modulaires, sujets qu'il doit discuter avec le Département-Région.

Le ministre s'est félicité sur France Inter que, « pour la première fois, les lycéens ont un effet sur leur vie ». À Dembéni, cet effet se limite pour l'instant à l'inscription du lycée sur la liste. Le ministère dit avoir transmis une synthèse des contributions au chef d'établissement et une synthèse par région au président de la collectivité. Ces documents n'ont pas été rendus publics.

Ce que la collectivité peut publier dès décembre

La synthèse des 57 signalements de Dembéni devrait être présentée au prochain conseil d'administration du lycée, devant les élus lycéens qui les ont rédigés. L'État a invité ces élèves à s'exprimer, il leur doit au minimum de savoir ce qui a été retenu. Le Département-Région, qui a la charge des bâtiments, peut de son côté publier l'état de ses onze lycées, avec pour chacun la capacité théorique, l'effectif réel et les travaux programmés, afin que la priorité donnée à Dembéni ne se fasse pas au détriment d'Acoua ou de Mamoudzou, dont les besoins sont au moins aussi documentés. La collectivité programme déjà ses chantiers, elle peut donc partir de ses propres relevés.

La liste élude aussi la question de l'argent. Régions de France accuse l'État d'avoir prélevé 2,7 milliards d'euros aux régions en trois ans, soit selon elle ce qu'elles consacrent chaque année à l'investissement dans les lycées. À Mayotte, où un lycée comme celui d'Acoua accueille 800 élèves de plus que sa capacité, la réponse ne peut pas venir des seules ressources du Département-Région. L'examen des crédits de l'enseignement scolaire au budget 2027 offre l'occasion de demander combien l'État mettra derrière ces 200 noms et quelle part reviendra au seul lycée mahorais qui y figure.

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