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Couteaux à Dzoumogné, lycée fermé à Tsararano, et aucun bilan public des violences dans les cars scolaires

Trois élèves auraient été blessés mercredi dans un car à Dzoumogné, et le rectorat a fermé le lycée de Tsararano jusqu'au 9 novembre. Le dernier bilan détaillé du réseau halO', 803 incidents en 2022-2023, a plus de trois ans. Le Département-Région et l'État doivent rouvrir leurs comptes.

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Couteaux à Dzoumogné, lycée fermé à Tsararano, et aucun bilan public des violences dans les cars scolaires
Photo : Mtsangaboua — Frédéric Ducarme, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Des élèves de sixième prennent ces cars. Ils ont dix ou onze ans, rappelle L'info Kwezi en rapportant ce qui s'est passé mercredi au pôle d'échanges de Dzoumogné. Deux jours plus tard, plus au sud, à Dembéni, le lycée de Tsararano reste portes closes sur décision du rectorat. Rien ne relie ces deux affaires, sinon le calendrier, et pourtant elles posent la même question à l'État et au Département-Région, qui partagent la charge de la sécurité des élèves entre la maison et la classe. Le dernier bilan complet de ce qui se passe dans les cars scolaires que j'aie trouvé date de 2023.

Dzoumogné et Tsararano en une semaine

Mercredi 4 novembre, vers midi, une dizaine de jeunes seraient montés dans un car scolaire au pôle d'échanges de Dzoumogné, dans la commune de Bandraboua, et s'en seraient pris aux élèves, selon des témoins cités par L'info Kwezi. Au moins trois élèves auraient été blessés, légèrement selon ces témoins. Une élève aurait reçu deux coups de couteau dans le dos, une autre un coup de ciseaux à l'avant-bras, un troisième aurait été touché au mollet lors d'un caillassage du car. Toujours selon ces témoins, deux mineurs auraient été interpellés et placés en garde à vue par les gendarmes. Aucune communication officielle sur cette affaire n'a été trouvée.

À Tsararano, les incidents se succèdent depuis la reprise du 26 octobre, rapporte Mayotte la 1ère. Trois couteaux ont été saisis en début de semaine. Le procureur de la République a confirmé l'ouverture d'une enquête après l'agression d'un élève à l'arme blanche dans l'enceinte du lycée ; la personne identifiée conteste les faits. Les équipes ont exercé leur droit de retrait, puis le rectorat a fermé l'établissement jusqu'au lundi 9 novembre. Soidiki Assibatu, représentant FSU du personnel, compte une douzaine d'assistants d'éducation pour environ 2 500 élèves et juge cet effectif « très insuffisant ».

Les chiffres

  • 803 incidents recensés sur le réseau scolaire halO' en 2022-2023, en hausse de 42 %, dont 396 caillassages (bilan de Transdev Mayotte, Mayotte Hebdo, 6 juillet 2023)
  • 241 caillassages de cars scolaires entre septembre 2025 et janvier 2026, selon les opérateurs cités par la députée Estelle Youssouffa (Assemblée nationale, 27 janvier 2026)
  • 25 attaques contre les véhicules de Transdev dans les deux semaines suivant la rentrée d'août 2026 (Mayotte la 1ère, 4 septembre 2026)
  • 112 médiateurs et 15 contrôleurs pour près de 30 000 élèves transportés vers 42 établissements (Transdev Mayotte, Mayotte la 1ère, 21 août 2026)
  • Une douzaine d'assistants d'éducation pour environ 2 500 lycéens à Tsararano (FSU, Mayotte la 1ère, 5 novembre 2026)

Plus de bilan public depuis 2023

En juin 2023, le comité « fraude-sûreté » du réseau halO' s'était réuni et Transdev avait diffusé un bilan détaillé de l'année scolaire. On y lisait le nombre d'incidents, de caillassages, de barrages, d'opérations conjointes avec la police et la gendarmerie, d'élèves sanctionnés. On pouvait le contester. On pouvait surtout le comparer d'une année sur l'autre.

Depuis, je n'ai trouvé aucun bilan public de cette précision. Les chiffres arrivent par morceaux, au gré d'une question au gouvernement ou d'une déclaration du transporteur après un caillassage. Le chiffre de 241 caillassages a été cité à l'Assemblée par une députée, qui l'attribuait aux opérateurs. Celui de 25 attaques en deux semaines a été communiqué par Transdev à la presse. Aucun citoyen ne peut aujourd'hui vérifier, chiffres publics à l'appui, si la situation de 2026 est meilleure ou pire que celle de 2023.

Faute de ces données, on ignore si les 112 médiateurs annoncés à la rentrée sont placés là où les attaques se concentrent. Le directeur de Transdev Mayotte expliquait en septembre à Mayotte la 1ère que les ralentissements liés aux travaux du Caribus, à Kawéni, rendaient les cars plus vulnérables. Cette information devrait figurer dans un document public, avec la carte des points sensibles et la réponse prévue pour chacun.

Une responsabilité partagée, donc diluée

Le transport scolaire est de la compétence du Département-Région, qui en a confié la gestion à Transdev. Sur la route et aux arrêts, la sécurité publique revient à l'État, par la préfecture et la gendarmerie, tandis que le rectorat répond de ce qui se passe à l'intérieur des établissements. Un élève blessé dans un car à l'arrêt d'un pôle d'échanges se trouve exactement à la jonction de ces compétences.

À Tsararano, la question se pose aussi aux abords du lycée. Selon le représentant FSU cité par Mayotte la 1ère, l'interdiction de la vente à la sauvette décidée par la mairie de Dembéni oblige désormais des élèves à sortir pour manger. Cette mesure n'explique pas forcément les violences. Elle s'ajoute en tout cas, devant le même portail, à l'encadrement assuré par le rectorat et à la sécurité publique qui relève de l'État, sans qu'aucun plan commun ait été rendu public à ce jour.

Ce que répondent les autres

Le 27 janvier 2026, interrogé à l'Assemblée nationale sur les violences à Mayotte, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a indiqué que cinq escadrons de gendarmerie mobile étaient « déployés en permanence », dont deux « destinés précisément à lutter contre les bandes », et que « le nombre d'atteintes volontaires à l'intégrité physique des personnes a diminué ». Frédéric Delouye, directeur de Transdev Mayotte, a déclaré en septembre à Mayotte la 1ère : « Ces ralentissements rendent les bus plus vulnérables. » Pour Tsararano, le rectorat a décidé la fermeture et devait recevoir une délégation du personnel ce vendredi. Aucune réaction publique du Département-Région de Mayotte ni de la préfecture sur l'attaque de Dzoumogné n'a été trouvée à la date de publication.

Ce que je demande

Je ne réclame pas une opération spectaculaire de plus. Je réclame des comptes, au sens propre. Sans mesure régulière, il est impossible de vérifier si les moyens déployés produisent un effet, et les familles mahoraises qui mettent un enfant de onze ans dans un car chaque matin en sont réduites à des chiffres glanés en séance de questions au gouvernement.

Le président du Département-Région, autorité organisatrice du réseau halO', doit réunir le comité fraude-sûreté et publier avant les vacances de décembre le bilan de l'année 2025-2026 et du premier trimestre de l'année en cours, établissement par établissement et pôle par pôle. J'attends du recteur qu'il indique, avant la réouverture du lycée, combien d'assistants d'éducation supplémentaires y seront affectés et à partir de quelle date. Le préfet, lui, devra dire quelle présence des forces de l'ordre est prévue aux heures de départ au pôle d'échanges de Dzoumogné et aux abords de Tsararano, et ce dès la reprise des cours, lundi 9 novembre.

Sources

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