Le 15 octobre 2024, Mayotte installait le conseil d'administration de son Office de l'eau. Deux ans jour pour jour plus tard, cet établissement referme ses premières Rencontres citoyennes de l'eau, ouvertes le 14 octobre à l'hôtel Hamaha Beach de Majicavo Lamir, selon Mayotte la 1ère. À mes yeux, cet anniversaire pose d'abord une question de moyens, à laquelle la loi apporte une réponse depuis 2005.
Un office voulu par la loi en 2005
L'ordonnance n° 2005-869 du 28 juillet 2005 a inscrit dans le code de l'environnement un article L. 652-3, dont la base AIDA de l'Ineris reproduit le texte. Il dispose : « Il est créé à Mayotte un office de l'eau régi par les dispositions des articles L. 213-13 à L. 213-20. » Il a fallu attendre une délibération départementale du 16 octobre 2023, puis l'installation du conseil d'administration le 15 octobre 2024, pour que la structure existe, rapportait Outremers360. Ce conseil réunit des représentants des collectivités, de l'État, des usagers et des experts, sous la présidence du président du Conseil départemental.
La Réunion a suivi un autre rythme. Son office a été créé en 2003 et a commencé à percevoir des redevances en 2005, a expliqué son directeur général, Faycal Badat, à Mayotte Hebdo en octobre 2024. Il en percevait en 2024 une dizaine, fondées sur le principe pollueur-payeur, et 98 % des sommes collectées financent l'eau potable et l'assainissement, selon lui.
Une rencontre ouverte au public pendant une seule journée
Le programme annoncé par Mayotte Hebdo le 23 septembre réservait la journée du 14 octobre au public, sur inscription, et celle du 15 octobre à un travail entre partenaires et institutions, sur invitation. Les thèmes retenus couvraient l'accès à l'eau, sa qualité, l'assainissement et la préservation de la ressource.
Sur le terrain, la ressource reste insuffisante. Avant la saison des pluies, les retenues collinaires de Combani et de Dzoumogné étaient remplies à 50 % et 40 %, indique Mayotte la 1ère. Les forages, les captages et l'usine de dessalement de Petite-Terre produisent au maximum 42 500 mètres cubes par jour, quand les besoins atteignent environ 48 000.
Les chiffres
- Environ 5 500 mètres cubes par jour d'écart entre une production maximale de 42 500 et des besoins d'environ 48 000 (Mayotte la 1ère, 14 octobre 2026)
- Jusqu'à 35 % de l'eau perdue en fuites sur le réseau (Mayotte la 1ère, 14 octobre 2026)
- 730 millions d'euros prévus pour l'eau de 2025 à 2031 par la loi de refondation du 11 août 2025 (Mayotte la 1ère)
- 98 % des redevances de l'Office de l'eau de La Réunion consacrés à l'eau potable et à l'assainissement (Mayotte Hebdo, 29 octobre 2024)
Un office rattaché aux services du Département
Le budget de l'Office reste introuvable pour qui le cherche de l'extérieur. Une fiche de poste publiée par le Conseil départemental et mise à jour en octobre 2025 le rattache à la direction générale adjointe Résilience territoriale de la collectivité. Le comptable recruté doit participer « à l'élaboration et au suivi du budget de l'Office » et travailler avec le COPIL et le conseil d'administration. Je n'ai trouvé, dans les sources publiques consultées, ni montant de ce budget, ni délibération instituant des redevances à Mayotte, ni programme pluriannuel de travaux.
Cette absence d'information compte d'autant plus que la gestion de l'eau à Mayotte est répartie entre plusieurs acteurs. L'État finance l'essentiel du plan, avec 730 millions d'euros votés en août 2025, et en annonce le calendrier. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a promis en août 2026, selon Mayotte la 1ère, l'usine de dessalement d'Ironi Bé pour fin 2027 et la retenue d'Ourovéni pour 2030. Dans ce schéma, un office de l'eau sans ressources propres risque de rester une instance de concertation de plus, à côté de l'État, qui finance les ouvrages, et des opérateurs qui les exploitent.
À La Réunion, l'office perçoit des redevances fondées sur le principe pollueur-payeur et dispose ainsi d'un argent fléché, indépendant des arbitrages budgétaires annuels, pour aider les communes à réparer leurs réseaux et à développer l'assainissement. À Mayotte, où jusqu'à 35 % de l'eau produite se perd avant le robinet, la réparation des fuites me paraît la dépense la plus vite rentable.
Ce que répondent les autres
Les organisateurs des Rencontres défendent leur démarche. « Il était important pour nous de partager la parole, la donner à la population qui vit au quotidien ces problèmes liés à l'eau. Nous sommes là pour avoir une réflexion commune, et réfléchir à des solutions innovantes, sans gaspillage », ont-ils déclaré à Mayotte la 1ère. Aucune communication publique de l'Office sur son budget ou sur d'éventuelles redevances n'a été trouvée à la date de publication.
Ce que l'Office doit publier d'ici la fin de l'année
L'Office de l'eau a pris dix-neuf ans pour naître, et ses deux premières années ne permettent pas encore de dire à quoi il sert concrètement pour les foyers soumis aux coupures. Je demande au président du conseil d'administration de l'Office de publier, avant la fin de l'année 2026, le budget voté pour 2026, le compte rendu des Rencontres des 14 et 15 octobre et un calendrier d'adoption de redevances sur le modèle réunionnais, où les premières ont été perçues deux ans après la création de l'office, avec un premier programme d'aide aux communes pour la réduction des fuites. Ce délai de deux ans arrive à son terme à Mayotte ce 15 octobre 2026.
Sources
- Crise de l'eau : L'Office de l'Eau de Mayotte lance ses premières rencontres citoyennes — Mayotte la 1ère
- Les Rencontres Citoyennes de l'Eau organisées à Mayotte — Mayotte Hebdo
- Mayotte : la nouvelle gouvernance de l'Office de l'Eau de Mayotte installée — Outremers360
- « L'office de l'eau permet de détenir une vision du territoire pour le territoire » — Mayotte Hebdo
- Ordonnance n° 2005-869 du 28 juillet 2005 relative à l'adaptation du droit de l'environnement à Mayotte — AIDA (Ineris), Journal officiel
- Fiche de poste, comptable de l'Office de l'eau — Conseil départemental de Mayotte

