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De Moinatrindri au tribunal de Mamoudzou, la psychiatrie arrive à Mayotte par la plainte et l'audience

Des habitants de Bouéni écrivent au procureur, un prévenu de 18 ans dit entendre des voix en comparution immédiate, et les vingt lits adultes promis en Petite-Terre n'ouvriront qu'en octobre 2028.

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De Moinatrindri au tribunal de Mamoudzou, la psychiatrie arrive à Mayotte par la plainte et l'audience
Photo : L'hôpital historique (Dzaoudzi, Mayotte) (34787688536) — Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

À Moinatrindri, dans la commune de Bouéni, des parents disent ne plus dormir. Selon les témoignages recueillis par Mayotte la 1ère et publiés le 11 octobre, un jeune homme du village crie la nuit, s'en prend à des véhicules et jette des pierres sur des maisons. Une habitante, qui a voulu rester anonyme, affirme qu'il a lancé des chiens sur ses enfants et que sa fille s'est blessée au pied en tombant dans un caniveau. Les riverains ont écrit au procureur et au maire. Celui-ci aurait répondu, de vive voix, que le jeune homme n'était pas assez dangereux pour qu'on intervienne. Le titre choisi par nos confrères reprend la phrase d'un habitant : « Il faut le prendre en charge avant qu'un drame n'arrive ».

Trois jours plus tôt, le 8 octobre, le tribunal de Mamoudzou jugeait en comparution immédiate un garçon de 18 ans poursuivi pour une attaque à la machette contre un ami mineur, le 22 septembre dans un champ de Bandraboua. La victime s'est vu prescrire dix jours d'ITT. D'après le compte rendu de L'info Kwezi, le prévenu a dit à l'audience entendre des voix chaque jour. Le tribunal lui a demandé ce qu'elles lui disaient. Il a répondu : « Que je me suicide ». La juridiction lui a alors indiqué, selon le journal : « Il faut que vous voyiez un médecin ». Les magistrats ont renvoyé l'affaire pour des expertises psychiatrique et psychologique et l'ont maintenu en détention provisoire, où il se trouvait déjà depuis deux semaines.

Les deux histoires n'ont pas de lien entre elles, et personne ne peut dire à ce stade si ces deux jeunes hommes souffrent d'une maladie psychiatrique. L'expertise le dira pour le second. Mais elles décrivent le même circuit, celui où la souffrance psychique, réelle ou supposée, arrive par la porte de la gendarmerie, du parquet ou d'un courrier de voisins excédés, et presque jamais par celle du soin. Dans le dossier de Bandraboua, c'est à l'audience de comparution immédiate, deux semaines après les faits, que la question psychiatrique a été posée publiquement.

Vingt lits adultes promis pour octobre 2028

Interrogé par Mayotte la 1ère, le directeur général adjoint de l'ARS, Marc Noizet, rappelle qu'un bâtiment est en construction sur le site hospitalier de Pamandzi pour accueillir plus largement les patients souffrant de troubles mentaux. Il ajoute que la loi permet d'hospitaliser sans son consentement une personne qui présente un danger pour autrui, sur décision du préfet.

Le directeur du centre hospitalier de Mayotte, Jean-Michel Beaumarchais, avait donné le calendrier en juillet dans un entretien à Outremers360. « En octobre 2028, on aura de nouvelles unités d'hospitalisation en psychiatrie », expliquait-il, avec vingt lits adultes et six places pour adolescents en Petite-Terre. Un centre médico-psychologique pour adultes et un autre pour enfants venaient d'ouvrir dans le nord de l'île. Le même directeur reconnaissait que « la prise en charge actuelle est insuffisante » et que Chido avait révélé les difficultés des jeunes Mahorais.

Le directeur a eu le mérite de le dire publiquement. Les familles de Moinatrindri, de Bandraboua ou d'ailleurs ont pourtant encore deux ans à tenir avant l'ouverture de ces lits, et en attendant elles n'ont guère d'autre recours que de patienter ou de porter plainte, ce qui ne fait soigner personne.

Ce que le maire de Bouéni peut déjà faire

La réponse prêtée au maire de Bouéni étonne, même si elle n'a été rapportée que de façon indirecte et qu'il faut l'entendre avec prudence. Le code de la santé publique donne au maire un pouvoir précis, à l'article L. 3213-2. En cas de danger imminent pour la sûreté des personnes, attesté par un avis médical, il peut prendre des mesures provisoires à l'égard d'une personne dont le comportement révèle des troubles mentaux manifestes, à charge pour le préfet de statuer ensuite. Ce pouvoir suppose un médecin qui se déplace et une commune qui sait à qui téléphoner. C'est là que les choses risquent de se bloquer dans une commune du sud comme Bouéni, loin des services de Mamoudzou.

Je plaide donc pour des mesures modestes, mais applicables avant 2028. L'ARS et le CHM pourraient rendre public un numéro unique, joignable par les maires et les gendarmes, pour obtenir l'avis d'un psychiatre ou d'une équipe mobile dans la journée lorsqu'une situation dégénère dans un village. Chaque commune devrait disposer d'une fiche simple qui explique la procédure de soins sans consentement, les pièces à réunir et les délais, car un élu qui ignore la marche à suivre a tendance à laisser la situation s'installer.

Le chantier de Pamandzi gagnerait aussi à être suivi publiquement. L'ARS pourrait publier deux fois par an l'avancement des travaux et le nombre de psychiatres recrutés, puisque le recrutement reste, de l'aveu du directeur du CHM, la principale faiblesse de l'hôpital et que les nouvelles unités ne tourneront qu'avec des soignants recrutés à temps.

Quant au tribunal de Mamoudzou, il ordonne des expertises psychiatriques qui supposent des experts disponibles. Le ministère de la Justice et l'ARS gagneraient à dire combien de temps un prévenu attend aujourd'hui la sienne, car ces semaines d'attente, il les passe en cellule à Majicavo.

Les auteurs de violences restent responsables de leurs actes. La peur des habitants de Moinatrindri se comprend, et ce qu'ils réclament, d'après les mots rapportés par nos confrères, c'est que ce jeune homme soit pris en charge. Le procureur a reçu leur courrier. La prochaine audience du jeune homme de Bandraboua sera fixée après l'expertise, et l'ouverture des lits de Pamandzi reste annoncée pour octobre 2028.

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