Quarante-deux jours. Dans son bulletin de prévision saisonnière de septembre, Météo-France rappelle qu'un trimestre aussi chaud que celui qui s'annonce compte en moyenne 42 jours où la température maximale dépasse 32 °C à Pamandzi. La normale pour octobre, novembre et décembre est de sept jours. Le même document indique une température maximale moyenne de 31,8 °C dans ce type de situation, contre 30,7 °C habituellement.
La prévision, relayée par Le Journal de Mayotte, a été lue avec soulagement sur un point. Les pluies du trimestre devraient être proches de la normale, sans déficit particulier annoncé. Sur l'autre point, il n'y a pas de quoi se réjouir. Les températures moyennes sont attendues « très au-dessus des normales de saison » pendant tout le trimestre.
Ce que l'on sait
Octobre marque le début progressif de la saison des pluies à Mayotte. Le bulletin de Météo-France décrit pour la région une configuration influencée par El Niño, en phase positive et attendu à son maximum en décembre-janvier, et par un dipôle de l'océan Indien positif lié à un excédent de chaleur dans l'ouest du bassin. Les eaux de surface resteraient donc plus chaudes que d'habitude à proximité de l'île.
Pour la pluie, les statistiques associées à la prévision donnent des cumuls trimestriels de l'ordre de 277 mm dans le nord, 454 mm dans le centre et 313 mm dans le sud. Elles mentionnent aussi des périodes sèches pouvant atteindre 18 jours dans le nord et 16 dans le sud au cours du trimestre. Une saison « normale » n'exclut donc pas de longues séquences sans pluie.
Ces chiffres tombent sur un territoire déjà fragile. En mai, le comité de suivi de la ressource en eau constatait, selon la préfecture citée par info.fr, que la saison des pluies 2025-2026 avait été déficitaire de 10 %, pour la deuxième année consécutive, et que la retenue de Dzoumogné n'était remplie qu'à 70 %. Les tours d'eau avaient été renforcés. Et l'usine de dessalement d'Ironi Bé, censée desserrer l'étau, a vu son autorisation environnementale suspendue par le tribunal administratif le 31 juillet.
La chaleur, un risque que l'on regarde trop peu
On a pris l'habitude, à Mayotte, de mesurer la météo en litres. A-t-il assez plu pour remplir les retenues ? La question reste centrale. Mais la prévision de cette année oblige à regarder aussi le thermomètre. Une chaleur durable augmente la consommation d'eau au moment même où les réserves sont au plus bas, avant que les fortes pluies de la saison ne les reconstituent. Elle accélère l'évaporation des retenues collinaires. Elle pèse sur les personnes âgées, les malades chroniques, les nourrissons et tous ceux qui vivent sous des toits de tôle, où la chaleur devient vite étouffante.
Elle pèse aussi sur l'école. Les lycéens mobilisés ces derniers jours ont cité la santé et le bien-être parmi leurs préoccupations, et l'état de nombreux bâtiments reste marqué par le cyclone. Passer une journée de cours dans une salle sans ventilation, après un départ en bus avant l'aube, n'a rien d'anodin quand il fait plus de 32 °C dehors.
Le lagon n'est pas épargné. Des eaux de surface plus chaudes que la normale sont un facteur connu de stress pour les coraux, déjà éprouvés par le passage de Chido. Le suivi scientifique des récifs pendant ce trimestre sera précieux.
Notre avis
Une prévision saisonnière reste une tendance et non une certitude. Mais elle sert précisément à se préparer, et un signal aussi net sur les températures mérite mieux qu'une brève. Nous attendons de l'État, de l'ARS, du Département et des communes qu'ils traitent la chaleur comme un risque à part entière, au même titre que la sécheresse ou les cyclones.
La saison des pluies annoncée « normale » ne doit pas non plus servir de prétexte pour relâcher l'effort sur l'eau. Deux saisons déficitaires de suite ont laissé les réserves basses. Une saison simplement normale ne suffira pas à combler ce retard, et les longues séquences sèches prévues dans le nord et le sud peuvent encore surprendre.
Des pistes concrètes
Plusieurs mesures sont à portée de main. Un plan chaleur adapté à Mayotte, piloté par l'ARS, pourrait identifier les personnes isolées et vulnérables, en s'appuyant sur les CCAS et les associations de quartier. Le rectorat et les communes pourraient recenser les salles de classe les plus exposées et décaler certaines activités physiques aux heures fraîches. La distribution de cuves de récupération d'eau de pluie, amorcée au printemps, mériterait d'être accélérée avant les premières grosses averses, pour que chaque goutte de cette saison soit utile. Côté lagon, un suivi renforcé des récifs pendant le pic de chaleur permettrait de mesurer d'éventuels épisodes de blanchissement et d'en informer le public.
Le changement climatique ne se joue pas seulement dans les grandes conférences. À Mayotte, il se mesure cette année en jours au-dessus de 32 degrés, et il faudra les traverser ensemble.
Sources
- Bulletin de prévision saisonnière pour le sud-ouest de l'océan Indien, septembre 2026 — Météo-France
- Météo, la saison des pluies annoncée comme normale, avec des températures toujours très élevées — Le Journal de Mayotte
- Mayotte, les tours d'eau vont se durcir dès les prochaines semaines — info.fr
- Le sénateur veut des réponses avant la poursuite du projet d'aéroport de Bouyouni — Mayotte Hebdo

