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Deux casses en sept mois sous le lagon, le futur contrat de l'eau doit dire qui répond des sea-lines

La fuite de 300 m³ par heure isolée le 18 octobre sur la plus grosse conduite sous-marine du lagon survient à moins de trois mois de la fin du contrat de la SMAE. Je demande au syndicat Les Eaux de Mayotte de publier l'état des deux sea-lines avant le 31 décembre.

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Deux casses en sept mois sous le lagon, le futur contrat de l'eau doit dire qui répond des sea-lines
Photo : Le lagon entre Petite-Terre et Grande-Terre (Dzaoudzi, Mayotte) (34674341192) — Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Dimanche 18 octobre, la Société mahoraise des eaux (SMAE) a annoncé avoir isolé, après vingt-quatre heures de recherches, une fuite d'environ 300 m³ par heure sur la plus grosse des deux conduites sous-marines, les « sea-lines », qui traversent le lagon. Mamoudzou, Koungou et Petite-Terre ont été placés sous ouvertures limitées, le temps de reconstituer les réserves, selon Mayotte la 1ère. Des plongées étaient prévues ce lundi 19 octobre pour préparer la réparation, dont aucune date n'avait été communiquée à la date de publication. Le fait nouveau, c'est la répétition. Il s'agit de la deuxième casse sur une conduite sous-marine du lagon depuis la fin mars, à moins de deux mois et demi de la fin du contrat qui confie la distribution de l'eau à la SMAE.

Des coupures secteur par secteur

Le communiqué de l'opérateur, relayé par Le Journal de Mayotte, détaille secteur par secteur des créneaux d'ouverture limités, de Mtsapéré à Majicavo-Koropa, de Cavani à Labattoir-La Vigie. Il recommande de faire bouillir l'eau de boisson pendant la première demi-journée qui suit chaque remise en eau.

Le précédent remonte au dimanche 29 mars 2026. Ce jour-là, d'après Mayotte Hebdo, la conduite qui achemine l'eau de Grande-Terre vers Petite-Terre s'est retrouvée hors d'usage, alors qu'une coupure électrique frappait aussi les installations de la SMAE. Des centaines de foyers de Pamandzi La Vigie et de Labattoir La Vigie étaient privés d'eau depuis le jeudi précédent, rapportait l'hebdomadaire le 30 mars. La réparation de la casse, située à la jonction des deux sea-lines en Petite-Terre, a été annoncée achevée le 31 mars par Le Journal de Mayotte. Le même article de Mayotte Hebdo recensait déjà des avis d'interruption en Petite-Terre en novembre 2025, en janvier et en février 2026.

Petite-Terre dispose pourtant d'une usine de dessalement à Pamandzi. En septembre 2024, quand la conduite qui la relie au réseau a dû être remplacée en urgence pour cause de corrosion, la SMAE avait prévenu que le secours depuis Grande-Terre « ne pourra cependant être opéré que de façon très limitée », rapportait Mayotte Hebdo. Grande-Terre secourt donc mal Petite-Terre quand l'usine de Pamandzi faiblit, et la liaison sous-marine reste le point sensible du dispositif.

Les chiffres

  • Environ 300 m³ par heure, le débit de la fuite détectée sur la plus grosse sea-line (SMAE, 18 octobre 2026)
  • Environ 38 000 m³ produits par jour pour des besoins proches de 47 000 m³ (estimation présentée aux Rencontres de l'eau du 14 octobre, Mayotte Hebdo, 15 octobre 2026)
  • Environ 8 000 m³ perdus chaque jour sur le réseau (même source)
  • Du 6 mars 2008 au 31 décembre 2026, la durée du contrat d'affermage de l'eau potable confié à la SMAE (avis de concession des Eaux de Mayotte, BOAMP n° 25-73522)
  • 12 ans, la durée prévue de la future concession multiservices, du 1er janvier 2027 au 31 décembre 2038 (même avis)

Des conduites dont on ignore presque tout

À 300 m³ par heure, une journée entière de fuite représenterait 7 200 m³, presque autant que les 8 000 m³ que le réseau perd déjà chaque jour selon l'estimation présentée le 14 octobre aux premières Rencontres de l'eau. Isoler la conduite arrête la perte et prive en même temps d'eau une partie de Mamoudzou, de Koungou et de Petite-Terre. Dans une île qui produit 38 000 m³ par jour pour des besoins proches de 47 000, il n'existe aucune marge pour absorber l'arrêt d'un tuyau de cette taille.

Côté production, l'usine de dessalement d'Ironi Bé a été suspendue par le tribunal administratif, rappelait Mayotte Hebdo à l'occasion de ces mêmes Rencontres, où un septième forage et la future retenue collinaire d'Ourovéni étaient aussi annoncés.

Je cherche en vain, dans les communiqués publiés en mars comme en octobre, des informations sur les conduites elles-mêmes. Ils décrivent les secteurs touchés, les horaires et les consignes sanitaires. On n'y trouve ni l'âge des deux sea-lines, ni la date de leur dernière inspection, ni un programme de remplacement. Un usager de Labattoir ne peut donc pas savoir si la casse de dimanche relève de l'accident ou d'une usure que personne n'a documentée publiquement.

Ce silence pèse davantage cette année, parce que le syndicat Les Eaux de Mayotte, autorité organisatrice du service, a lancé en 2025 une concession multiservices de l'eau potable et de l'assainissement pour douze ans. Son avis publié au BOAMP précise qu'une première procédure, lancée en mars 2025, a été annulée puis relancée. Le futur contrat doit prendre effet le 1er janvier 2027, et c'est ce texte qui devrait fixer, jusqu'en 2038, qui entretient les conduites posées au fond du lagon et avec quel argent.

Le 16 octobre, à l'Assemblée nationale, en commission des finances, le député Sylvain Carrière (LFI-NFP), rapporteur pour avis de la commission du développement durable, a déposé un amendement au projet de loi de finances pour 2027 qui majore de 200 millions d'euros les crédits destinés aux réseaux d'eau et d'assainissement ultramarins. Son exposé des motifs indique qu'« à Mayotte, la crise de 2023‑2024 a imposé des coupures généralisées ». Le sort de cet amendement en commission puis en séance n'est pas connu à ce jour, et rien n'indique la part qui reviendrait à Mayotte.

Ce que répondent les autres

La SMAE a indiqué le 18 octobre que des plongées « seront conduites demain en vue de préparer la réparation », sans avancer de date de fin de travaux. Lors de la casse de mars, ses communiqués promettaient de « réaliser les actions nécessaires à la reprise du fonctionnement normal du réseau dans les meilleurs délais », selon Mayotte Hebdo. Aucune réaction publique du syndicat Les Eaux de Mayotte ni de la préfecture sur l'état des sea-lines n'a été trouvée à la date de publication.

Ce que j'attends avant le 31 décembre

Les équipes de la SMAE font leur travail en cherchant une fuite au fond du lagon. Ce que je reproche au système de l'eau mahorais, c'est de traiter la traversée du lagon comme un détail technique alors que Mamoudzou, Koungou et Petite-Terre en dépendent en partie. Avec deux casses en sept mois sur ces conduites, un secours depuis Grande-Terre que l'opérateur lui-même jugeait très limité en 2024 et un projet d'usine à Ironi Bé suspendu par la justice, les sea-lines devraient être le premier dossier du syndicat et de la préfecture.

Nous, Mahorais, payons l'eau au mètre cube et nous avons le droit de savoir dans quel état se trouvent les tuyaux qui la transportent. Je demande au président du syndicat Les Eaux de Mayotte de publier, avant le 31 décembre 2026, un état des deux sea-lines indiquant leur âge, leur dernière inspection et le coût estimé de leur doublement ou de leur remplacement. Le futur contrat de concession doit, avant sa prise d'effet au 1er janvier 2027, désigner noir sur blanc le responsable de l'inspection de ces conduites, sa fréquence et le délai de publication d'un rapport après chaque casse. Quant au préfet de Mayotte, il lui revient de présenter avant la saison des pluies le plan de secours prévu pour Petite-Terre en cas d'arrêt prolongé d'une des deux conduites.

Sources

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