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Deux mois après la promesse de Matignon, le détail des dépenses de la refondation de Mayotte reste introuvable

Le Premier ministre avait promis fin août des indicateurs publics sur les crédits de la reconstruction. Une question écrite déposée le 4 août attend toujours sa réponse, et seul un chiffre global de 54 millions d'euros dépensés sur 674 a circulé.

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Deux mois après la promesse de Matignon, le détail des dépenses de la refondation de Mayotte reste introuvable
Photo : Mayottebrowning oli 20241230 — NASA Earth Observatory images by Michala Garrison, using Landsat data from the U.S. Geological Survey, Domaine public, via Wikimedia Commons

Le 4 août 2026, une députée de Mayotte a posé au Premier ministre une question simple, publiée au Journal officiel sous le numéro 17563. Combien d'argent de la reconstruction a été réellement dépensé, ministère par ministère, et combien est arrivé dans chaque commune ? Quatre-vingt-deux jours plus tard, la page de l'Assemblée nationale consacrée à cette question n'affiche toujours aucune réponse. Entre-temps, le chef du gouvernement est venu à Mayotte, a reconnu des retards et a promis de publier des indicateurs. Je les cherche encore.

Une promesse faite fin août

Quelques jours avant son déplacement des 26 et 27 août, Sébastien Lecornu a écrit aux maires de l'île. Selon Mayotte Hebdo, il y admettait que « la reconstruction et le développement du territoire sont trop lents ». Le même journal rapporte, d'après le Premier ministre, que sur les 674 millions d'euros inscrits pour la refondation en 2026, environ 54 millions avaient été effectivement dépensés, soit 11,7 % des crédits votés et délégués.

Le Premier ministre a annoncé un comité de suivi interministériel réuni chaque mois sous son autorité. Il a aussi pris un engagement public, que rapportait Outremers 360 le 24 août : « Des indicateurs précis de résultats et d'engagements des crédits seront publiés : nous n'avons rien à cacher ». Parmi les causes du retard, il citait la « faiblesse de l'ingénierie disponible », la lenteur des procédures et le désordre foncier.

Selon Outremers 360, qui reprenait France Mayotte Matin le 28 août, l'État a annoncé le doublement de ses équipes d'ingénierie sur l'île, avec des renforts venus de l'Hexagone. Le nombre d'agents, leur service d'affectation et leur date d'arrivée n'ont pas été précisés. Les dix-sept maires doivent être reçus à Matignon après un premier bilan au Congrès des maires, à la mi-novembre.

Les chiffres

  • Environ 4 milliards d'euros programmés jusqu'en 2031 par la loi du 11 août 2025 (Mayotte Hebdo)
  • 674 millions d'euros d'autorisations d'engagement et 432 millions de crédits de paiement annoncés pour 2026 le 22 janvier (question écrite n° 17563, Assemblée nationale)
  • 54 millions d'euros dépensés fin août selon le Premier ministre, soit 11,7 % des crédits votés et délégués (Mayotte Hebdo, 27 août)
  • 82 jours sans réponse publiée à la question écrite du 4 août, au 25 octobre 2026 (Assemblée nationale)
  • 1er juillet 2028, date limite du rapport public intermédiaire du comité de suivi de la loi (loi n° 2025-797, article 3)

Le Parlement découvre les retards par la presse

La députée Estelle Youssouffa siège au comité de suivi créé par l'article 3 de la loi de programmation. Dans sa question écrite, elle indique qu'aucun bilan chiffré de la consommation des crédits n'avait été transmis ni aux parlementaires ni à ce comité. Elle réclame le détail des engagements et des paiements du programme 162, et les sommes versées à chaque commune par le fonds d'amorçage en 2025 et en 2026. Le règlement de l'Assemblée laisse en principe au gouvernement deux mois pour répondre, un délai expiré début octobre.

Le chiffre de 11,7 % n'est donc connu que par les déclarations du Premier ministre et la presse, aucun document n'ayant été remis au Parlement. Or la loi charge le comité de suivi d'« en rendre compte au Parlement » et prévoit que les documents qu'il reçoit soient transmis aux commissions chargées des questions institutionnelles de l'Assemblée et du Sénat. Si le comité ne reçoit rien, cette chaîne de contrôle tourne à vide, et son rapport public intermédiaire n'est attendu qu'au plus tard le 1er juillet 2028.

La gouvernance s'est en outre compliquée. Le 9 septembre, le sénateur Saïd Omar Oili a écrit au Premier ministre pour demander comment le nouveau comité mensuel de Matignon s'articulerait avec le comité prévu par la loi, quel rôle garderait l'établissement public de reconstruction, et si la mission du général Pascal Facon, installée en janvier 2025, serait maintenue. Selon Mayotte Hebdo, il voulait « identifier clairement les responsabilités de chacun ».

L'ingénierie, promise dès 2025

Le manque d'ingénieurs, bien réel, revient comme une explication commode alors qu'il était identifié dès 2025. Le rapport annexé à la loi d'août 2025 affirmait déjà que l'établissement public de la reconstruction « viendra renforcer significativement l'ingénierie à Mayotte » et engageait l'État à mettre ses compétences à la disposition des communes, avec le Cerema et l'Agence nationale de la cohésion des territoires. Un an plus tard, le Premier ministre annonce un doublement des équipes sans en donner l'effectif.

Le 21 octobre, pendant l'examen du budget de la Sécurité sociale, le député Philippe Vigier (Les Démocrates) a résumé la difficulté devant le gouvernement : « Nous avons voté une loi pour Mayotte qui est ambitieuse : 4 milliards de crédits programmés sur dix ans. Mais il manque une chose […] : l'ingénierie. Vous pouvez mettre autant d'argent sur la table que vous voulez, sans ingénierie pour concrétiser ces investissements, on n'y arrivera pas. » Ce constat ne dispense pas le gouvernement de publier un tableau de bord.

Pour juger une reconstruction, il faut connaître le nombre de postes d'ingénieurs pourvus, de marchés notifiés et de factures payées aux entreprises mahoraises. Le gouvernement dit vouloir mesurer son action aux mises en chantier réelles, écoles et logements en tête. C'est le bon critère, à condition de publier les chiffres. Au 25 octobre, la rubrique « Reconstruction et refondation de Mayotte » du site de la préfecture présente deux sous-rubriques, l'une sur la loi d'urgence, l'autre sur « Mayotte debout », sans aucune série d'indicateurs.

Ce que répondent les autres

Le Premier ministre a expliqué fin août la lenteur de la dépense par le vote tardif du budget, les crédits n'ayant été délégués qu'à partir du 30 avril, et par le manque d'ingénierie. Il a affirmé : « Les projets sont consensuels. Les financements sont là. Maintenant, il faut sortir concrètement ces projets », et a promis de revenir à Mayotte au début de 2027. Aucune réponse publique du gouvernement à la question écrite n° 17563, ni à la lettre du sénateur Saïd Omar Oili, n'a été trouvée au 25 octobre 2026.

Des chiffres avant le Congrès des maires

Je ne reproche pas au gouvernement d'avoir trouvé une île à reconstruire avec une administration trop mince. Je lui reproche de demander aux Mahorais de le croire sur parole, alors que le Premier ministre a lui-même déclaré : « Mayotte n'a plus besoin d'une accumulation de promesses. Elle a besoin de preuves ». Nous, Mahorais, avons entendu la phrase et attendons ces preuves, qui tiennent en quelques tableaux.

Je demande au Premier ministre de publier, avant la réception des maires à Matignon prévue après le Congrès de la mi-novembre, l'état des crédits 2026 engagés et payés pour Mayotte, par ministère, ainsi que les versements du fonds d'amorçage commune par commune. Le ministre des Outre-mer doit répondre à la question écrite n° 17563 dans le même délai et transmettre ces données au comité de suivi, que la loi charge d'en rendre compte au Parlement. Le préfet de Mayotte devrait, lui, indiquer combien d'ingénieurs supplémentaires sont arrivés depuis l'annonce du doublement, et dans quels services. Selon Outremers 360, une nouvelle étape d'évaluation des chantiers est prévue en février, et ces trois séries de chiffres devront alors être mises à jour.

Sources

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