ostaloPoint de vue

Dix communes de Mayotte sur dix-sept entrent dans la saison des pluies sans plan de prévention approuvé

Mamoudzou fait partie des dix communes mahoraises dont le plan de prévention des risques naturels n'est toujours pas approuvé, un décompte inchangé depuis janvier 2025. La loi de refondation promet les dix-sept plans d'ici 2027, et en attendant leurs habitants n'ont pas accès à l'aide du fonds Barnier aux travaux de renforcement.

Version audio
Partager
Dix communes de Mayotte sur dix-sept entrent dans la saison des pluies sans plan de prévention approuvé
Photo : Padza érodé — Frédéric Ducarme, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

La saison des pluies commence officiellement le 1er novembre et durera jusqu'au 30 avril. Invitée de l'émission Zakwéli sur Mayotte la 1ère jeudi 22 octobre, la directrice du BRGM à Mayotte, Floriane Ben Hassen, a déclaré : « 90 % du territoire est soumis à des risques de natures différentes ». Elle a précisé que « 43 % est exposé à des aléas naturels forts ». Mouvements de terrain, chutes de blocs, ruissellement, inondations, recul du trait de côte et submersion marine figurent dans la liste qu'elle a dressée.

Contre ces dangers, le code de l'environnement prévoit un plan de prévention des risques naturels, ou PPRN. Il délimite les zones exposées, interdit ou encadre les constructions et vaut servitude d'utilité publique, que le plan local d'urbanisme doit respecter. À Mayotte, dix communes sur dix-sept attendent encore le leur.

Dix communes toujours au stade de la prescription

Le guide d'information publié en septembre 2026 par la direction de l'environnement, de l'aménagement, du logement et de la mer (DEAL) indique que « les 17 communes ont un PPRN prescrit, dont 7 déjà approuvé ». La page que la DEAL consacre à ces plans, mise à jour en avril, nomme les sept, à savoir Acoua, Bandraboua, Dembéni, Koungou, Labattoir (Dzaoudzi), Mtsamboro et Pamandzi. Mamoudzou, la commune la plus peuplée de l'île, n'y figure pas, ni aucune commune du Sud.

Ce décompte était déjà celui du Sénat il y a près de vingt et un mois. Dans son rapport du 29 janvier 2025 sur le projet de loi d'urgence, la rapporteure Micheline Jacques mentionnait un rapport demandé sur l'avancement des PPRN « en particulier dans les dix communes non-couvertes ». Depuis, l'île a reçu deux lois, celle d'urgence du 24 février 2025 et celle de programmation pour la refondation, promulguée le 11 août 2025, sans qu'une seule commune de plus soit couverte.

Cette seconde loi a pourtant pris un engagement écrit. Son rapport annexé, approuvé par l'article 1er, pose que « la politique de prévention des risques doit reposer en premier lieu sur la mise en œuvre des plans de prévention des risques ». La phrase suivante précise que le déploiement de dix-sept PPR naturels communaux et d'un PPR littoral à l'échelle du territoire « sera effectué d'ici 2027 ».

Le plan littoral a une histoire plus longue encore. Sur sa page dédiée, publiée en mai 2021, la DEAL rappelle qu'après un audit mené en 2015, la direction générale de la prévention des risques lui avait demandé de « se fixer un objectif impératif d'approbation du PPRL de Mayotte dès que possible ». Cette page en parle au futur, et la loi de 2025 range encore ce plan parmi ceux à déployer d'ici 2027. Elle précise que 61 villages sur 71 sont installés en bord de mer.

Les chiffres

  • 90 % du territoire exposé à des risques naturels, 43 % à des aléas forts (BRGM, Mayotte la 1ère, 22 octobre 2026)
  • 7 communes sur 17 dotées d'un PPRN approuvé (DEAL de Mayotte, septembre 2026)
  • 61 villages sur 71 installés en bord de mer (DEAL de Mayotte)
  • Jusqu'à 80 % des travaux de réduction de la vulnérabilité d'un logement pris en charge par le fonds Barnier, uniquement là où un PPRN approuvé les impose (guide de la DEAL, septembre 2026)
  • 2027, date fixée par la loi de refondation pour les 17 PPRN et le plan littoral (rapport annexé)

Le prix d'un plan qui n'aboutit pas

Un plan prescrit ne laisse pas les communes sans aucune règle. Les cartes d'aléas sont « portées à connaissance » des maires, et les services qui instruisent les permis peuvent s'appuyer sur l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme pour refuser ou encadrer un projet. Cette protection reste toutefois au cas par cas, dépendante de la vigilance de chaque instructeur, sans règlement opposable que tout le monde peut lire.

Pour les ménages, l'écart passe par le fonds de prévention des risques naturels majeurs, dit fonds Barnier, qui finance jusqu'à 80 % des travaux qu'un PPRN approuvé impose aux logements existants pour les rendre moins vulnérables. Dans les dix autres communes, la DEAL écrit que les particuliers « ne peuvent pas bénéficier des mesures de réduction de la vulnérabilité » et qu'ils « devront attendre l'approbation de leur PPR ». Une famille de Mamoudzou qui veut drainer sa parcelle ou consolider un mur de soutènement avant les pluies n'a donc aucun accès à cette aide, quand une famille de Koungou, si son logement existait avant l'approbation du plan, peut la solliciter pour les travaux que celui-ci impose.

Selon le même guide, les communes y perdent aussi. Un projet de travaux de protection peut être subventionné jusqu'à 40 % dans une commune couverte par un plan approuvé, et à 25 % seulement quand le plan est simplement prescrit. Les travaux de prévention passent de 50 % à 40 %. Pour des communes qui financent en même temps la reconstruction d'après Chido, ces points de subvention pèsent lourd dans la décision de lancer un chantier.

Les toits et les murs se refont depuis vingt-deux mois, et ce que l'on rebâtit aujourd'hui dans une zone d'aléa fort risque d'y rester des décennies. La loi de refondation rappelle elle-même que l'éruption du volcan Fani Maoré a fait s'enfoncer la Grande Terre de 13 centimètres et la Petite Terre de jusqu'à 19 centimètres, ce qui renforce selon elle l'exposition de certains quartiers aux inondations.

Aucun plan n'ayant été approuvé entre janvier 2025 et septembre 2026, l'échéance de 2027 paraît hors d'atteinte. Il reste quatorze mois avant la fin de l'année prochaine, et dix plans à mener jusqu'à l'approbation, avec chacun une enquête publique.

Ce que répondent les autres

La DEAL de Mayotte souligne que les dix communes sans plan approuvé disposent toutes de cartes d'aléas, et que cette connaissance « permet d'asseoir le recours par le service instructeur à l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme pour réglementer, notamment dans l'attente de l'approbation du PPR, l'occupation et l'usage des sols en fonction des risques ». Elle a publié en septembre 2026 un guide à l'attention des communes et des intercommunalités sur les financements disponibles. La directrice du BRGM à Mayotte invite de son côté chaque habitant à vérifier si son logement se trouve en zone de risque, près d'une ravine, d'une rivière ou du lagon. Aucune réaction publique de la préfecture de Mayotte sur le calendrier d'approbation des dix plans restants n'a été trouvée à la date de publication.

Un calendrier commune par commune avant la fin de l'année

Je ne reproche pas à l'État d'avoir mal cartographié l'île. Les cartes d'aléas existent pour toutes les communes et le BRGM l'a encore rappelé cette semaine. Il manque l'approbation qui transforme ces cartes en règles, et au terme de l'enquête publique elle relève d'un arrêté du préfet.

Je demande au préfet de Mayotte de publier avant le 31 décembre 2026 un calendrier précis pour chacune des dix communes concernées, avec la date de l'enquête publique et celle de l'arrêté d'approbation, en commençant par Mamoudzou. Le ministère chargé de la prévention des risques doit aussi dire s'il donne à la DEAL les moyens d'approuver dix plans et le plan littoral en quatorze mois. Quant au comité de suivi de la loi de refondation, il devrait inscrire l'état des PPR, commune par commune, dans chacun de ses rapports.

Sources

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le :

Partager

La semaine de Chef Bé

Chaque samedi matin, les articles les plus lus de la semaine sur Mayotte, dans votre boîte e-mail. Gratuit, sans publicité, désinscription en un clic.

Nema komentara
Annoncez sur Chef Bé dès 5 €, votre marque devant tout MayotteAnnonce Chef Bé