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Dix jours de grève au Département-Région de Mayotte, et un protocole signé sans calendrier public

Signé le 4 novembre avec la CGTMA, la CFDT-Interco et FO, le nouveau protocole prolonge celui du 7 novembre 2024, dont le non-respect avait déclenché la grève. Ni la date d'application des mesures ni celle du permis de la cité administrative n'ont été rendues publiques.

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Dix jours de grève au Département-Région de Mayotte, et un protocole signé sans calendrier public
Photo : Le conseil départemental (Mamoudzou, Mayotte) (34746660561) — Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Le 7 novembre 2024, la direction du Département de Mayotte et ses syndicats signaient un protocole d'accord. Le 4 novembre 2026, à trois jours près deux ans plus tard, ils en ont signé un autre. Entre les deux, il y a eu Chido, la perte de la plupart des bureaux de la collectivité et dix jours d'une grève lancée le 26 octobre au motif que le premier texte n'avait pas été respecté. Le second, selon Mayotte la 1ère, « s'inscrit dans la continuité » du premier. Pour les agents qui ont débrayé, cette continuité a de quoi inquiéter.

Le protocole a été signé mercredi par Abdoul Kamardine, qui représentait le président du Département-Région, et par la CGTMA, la CFDT-Interco et FO. Il porte sur les rémunérations, les conditions de travail, la santé et la sécurité au travail, le dialogue social et l'évolution des carrières. La collectivité a salué sur les réseaux sociaux sa « volonté de poursuivre un dialogue social constructif ». Elle n'a donné, d'après la chaîne publique, ni calendrier d'application ni détail des mesures retenues pour chaque revendication.

Une semaine pour passer des modulaires de Kawéni à la signature

La sortie de crise a pris plus de temps que prévu. Dans son édition du 29 octobre, France-Mayotte Matin rapportait qu'après les négociations de la veille, au troisième jour du mouvement, la CGT-Ma voyait un terrain d'entente sur presque toutes les revendications. Un seul dossier bloquait, celui de la cité administrative. L'exécutif aurait alors présenté un calendrier pour ce projet et proposé, en attendant, d'installer les agents concernés dans des bâtiments modulaires à Kawéni. Le quotidien annonçait une signature possible dès le 29 octobre.

Elle n'a pas eu lieu ce jour-là. Le Journal de Mayotte du 30 octobre décrivait des syndicats jugeant insuffisantes les ouvertures de la présidence, à savoir la prise en charge légale de la moitié des frais de transport et l'étude d'un fonds d'aide sociale. Les représentants du personnel réclamaient aussi des réponses sur la relance du chantier de Coconi et sur la gestion interne des services, et envisageaient une nouvelle journée de mobilisation le lundi suivant. Il a fallu encore près d'une semaine pour arriver au texte du 4 novembre.

Le 4 novembre, au micro de Mayotte la 1ère, le conseiller départemental chargé de l'aménagement, Saindou Attoumani, a reconnu : « Je comprends les agents aujourd'hui par rapport à leurs revendications. » Il a rappelé qu'après le cyclone la collectivité avait perdu 80 % de ses locaux et que les élus eux-mêmes n'avaient toujours pas de bureau. Un marché de rénovation est en cours d'analyse. Les lots de charpente et de couverture ont été attribués en premier, les autres doivent l'être d'ici la fin de l'année. Quant à la cité administrative, imaginée en 2018, l'élu promet que le permis de construire sera « bientôt » déposé. En attendant, la collectivité dépense jusqu'à deux millions d'euros par an pour louer des maisons de particuliers.

Un texte qui prolonge celui de 2024

On peut comprendre l'exécutif départemental. Il gère une administration éclatée dans des locaux de fortune, avec des services qui doivent continuer à verser des aides, entretenir les routes départementales et faire tourner la barge. Céder sur tout aurait coûté cher à un budget déjà sous tension. Seulement, la méthode de 2024 a échoué, et le texte de 2026 la reconduit si rien n'est publié.

Qui, hors des négociateurs, connaît les dates de ce protocole ? Les agents ont attendu deux ans l'application du précédent avant de se mettre en grève pour la réclamer. France-Mayotte Matin notait le 28 octobre qu'aucune perturbation notable n'avait été constatée, notamment sur les rotations de la barge, ce qui est à mettre au crédit des grévistes. Les usagers n'en ont pas moins un intérêt direct à savoir si la collectivité tiendra parole cette fois, car ce sont leurs dossiers qui s'empilent dans des bureaux provisoires.

Le flou concerne surtout la cité administrative, alors qu'elle était le point le plus dur de la négociation. Entre un projet lancé en 2018, un permis « bientôt » déposé en 2026 et des modulaires provisoires à Kawéni, les agents n'ont aucune échéance qu'ils pourraient vérifier eux-mêmes. Dans les écoles comme dans les administrations, l'île a vu assez de modulaires « provisoires » s'installer pour de bon.

Publier le texte, et ses dates

Commençons par le plus simple. Le Département-Région a publié les photos de la signature, il peut publier le protocole du 4 novembre en entier. Les syndicats signataires peuvent le faire de leur côté, mais il revient à l'employeur public de rendre compte de ses engagements, d'autant que ces engagements seront payés sur fonds publics.

Le texte devrait aussi être assorti d'un tableau de suivi, avec une date et un service responsable pour chaque mesure. Ce tableau serait présenté en séance plénière de l'Assemblée de Mayotte au moins deux fois par an. Le protocole de 2024 aurait gagné à avoir un tel outil. Faute de suivi public, il a fallu une grève pour découvrir qu'il n'était pas appliqué.

Pour la cité administrative, l'exécutif peut annoncer les dates qu'il maîtrise déjà, celles du dépôt du permis, de la livraison des modulaires de Kawéni et de la fin des baux de location des maisons. Tant que la cité n'existe pas, les loyers courent, jusqu'à deux millions d'euros par an. Mettre ce montant en regard du coût du chantier donnerait aux élus de quoi trancher.

La question de Coconi, soulevée par les syndicats selon le Journal de Mayotte, mérite elle aussi une réponse écrite. Quelques lignes suffiraient.

Sans calendrier public, les agents risquent de se retrouver dans deux ans là où ils étaient le 26 octobre, à réclamer l'application d'un texte signé.

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