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Dombeya boulletiana, une fleur que l'on ne connaît que sur une pente du mont Choungui

Décrite en septembre dans la revue Adansonia par trois botanistes dont le Mahorais Abassi Dimassi, l'espèce ne compte qu'une dizaine de pieds connus, épargnés par Chido. Les feux du Sud rappellent qu'il faut mettre ses graines à l'abri avant la prochaine saison sèche.

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Dombeya boulletiana, une fleur que l'on ne connaît que sur une pente du mont Choungui
Photo : Forêt du Mont Choungui, Mayotte — LOPEZ André, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Une dizaine de pieds, sur une seule pente du mont Choungui. C'est tout ce que l'on connaît aujourd'hui de Dombeya boulletiana, une plante à fleurs blanches légèrement rosées que la science vient de nommer. La description a paru le 10 septembre dans Adansonia, la revue botanique du Muséum national d'histoire naturelle, sous la signature de Timothée Le Péchon, d'Abassi Dimassi et de Marc Pignal. Selon le résumé de l'article, l'espèce n'est connue que d'une seule localité, sur le Mlima Choungui.

Mayotte la 1ère a raconté la découverte le 3 novembre. Le botaniste mahorais Abassi Dimassi, membre du Conseil scientifique du patrimoine naturel de Mayotte, a repéré les plantes dans un secteur visiblement épargné par Chido. Elles mesurent entre 70 et 150 centimètres et n'ont été vues en fleurs que de juin à août. Le nom rend hommage à Vincent Boullet, botaniste mort en 2024, qui avait documenté une grande partie de la flore mahoraise. On aime qu'un savant mahorais signe la description d'une plante mahoraise. Pendant longtemps, la flore de l'île a été décrite depuis Paris, à partir de spécimens partis en métropole.

Connue d'un seul endroit et en quelques individus, l'espèce entre dans la science déjà vulnérable. Les auteurs ont d'ailleurs évalué le statut de conservation des Dombeya de Mayotte et des Comores selon les critères de l'UICN, ce que le résumé mentionne sans en donner le détail. Un feu, un glissement de terrain ou un défrichement mal placé suffirait à effacer ce que les botanistes viennent d'inscrire au catalogue.

Un sommet qui concentre les espèces uniques

Le Choungui n'en est pas à sa première surprise. En 2022, la même revue publiait la description d'Erythroxylum choungiense, un arbuste endémique de la montagne, classé en danger critique. Ses auteurs, Ehoarn Bidault, Sébastien Traclet et Marc Pignal, y décrivaient le sommet comme le seul îlot de fourré submontagnard humide de Mayotte, avec au moins cinq espèces qui n'existent nulle part ailleurs. Marc Pignal le rappelle à propos de la nouvelle Dombeya, selon Mayotte la 1ère, en soulignant que beaucoup d'espèces ne sont connues que du sommet.

Mayotte la 1ère rappelle aussi l'ampleur de ce qui reste à inventorier. Depuis 1996, cinquante espèces nouvelles appartenant à trente-deux familles ont été découvertes sur l'île, et près de 8 000 spécimens mahorais dorment dans les herbiers du Muséum. En 2014, l'évaluation de 610 espèces indigènes pour la liste rouge nationale concluait que 43 % d'entre elles étaient menacées à Mayotte.

Ces chiffres datent d'avant Chido et d'avant la saison de feux que vit l'île depuis plusieurs jours. Toujours selon Mayotte la 1ère, la surface brûlée a été multipliée par dix depuis le cyclone et a atteint près de 300 hectares en 2025. Depuis samedi, d'après la même rédaction, les pompiers combattent des incendies dans le Sud, notamment à Bouéni, commune voisine du massif. Les brûlis agricoles y sont pointés par les autorités comme par les associations.

Des graines à mettre à l'abri avant la saison sèche

Une plante que l'on sait localiser au mètre près se protège plus facilement qu'une forêt entière, à condition que quelqu'un s'en charge. Les gestionnaires publics des forêts mahoraises ont ici une occasion rare d'agir tôt, et j'estime qu'ils devraient la saisir avant la fin de la saison des feux.

En priorité, des graines ou des boutures de Dombeya boulletiana doivent être récoltées et mises en culture hors de leur pente, dans une pépinière ou un jardin conservatoire de Mayotte, avant la prochaine saison sèche. Ce serait une assurance contre un incendie que personne ne contrôle. Les botanistes savent faire, et l'espèce fleurit de juin à août, ce qui laisse quelques mois pour préparer la récolte.

Dans la lutte contre les feux, le sommet du Choungui mérite un regard particulier. Les arrêtés d'interdiction temporaire du feu et les campagnes contre les brûlis couvrent l'île entière. Un périmètre de vigilance renforcée autour du massif, avec des patrouilles en saison sèche et un travail suivi avec les agriculteurs des communes voisines, coûterait peu au regard de ce qu'il protège. Un arrêté préfectoral de protection de biotope, outil prévu par le code de l'environnement, offrirait un cadre juridique à ce périmètre.

Le Choungui domine le Sud de l'île et sa silhouette est familière aux élèves de Kani-Kéli comme de Bouéni. Faire entrer dans les classes la fleur qui porte désormais le nom d'un botaniste de l'océan Indien et la signature d'un chercheur mahorais aiderait à faire comprendre que la biodiversité de l'île se joue aussi sur la colline derrière la maison. Le Muséum a fait dessiner la plante par une illustratrice scientifique, ces planches pourraient circuler dans les collèges du Sud.

La prochaine floraison connue de Dombeya boulletiana est attendue en juin 2027. D'ici là, les gestionnaires des espaces naturels pourraient dire publiquement combien de graines ils auront mises à l'abri.

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