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Faux stylos injectables saisis à Mayotte, l'ARS alerte sans dire combien ni lesquels

Les douanes ont intercepté plusieurs colis de stylos contrefaits vendus pour le diabète et la perte de poids. Dans une île où 12,1 % des 18-69 ans sont diabétiques, l'alerte gagnerait à montrer les produits saisis aux pharmaciens.

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Faux stylos injectables saisis à Mayotte, l'ARS alerte sans dire combien ni lesquels
Photo : Une boutique à Mamoudzou (Mayotte) (34838784776) — Jean-Pierre Dalbéra from Paris, France, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Une alerte sanitaire qui ne dit ni combien de produits ont été saisis, ni sous quel nom ils circulent, ni où ils ont été commandés laisse le lecteur avec une consigne générale et peu de prises. C'est pourtant ce que contient le communiqué publié jeudi 15 octobre par l'Agence régionale de santé de Mayotte et la direction régionale des douanes. Les douaniers ont intercepté « plusieurs envois postaux » contenant des stylos injectables contrefaits, présentés comme des médicaments pour les personnes diabétiques et également utilisés contre l'obésité. Le Journal de Mayotte le relève sans détour, les autorités ne précisent ni les marques concernées ni le nombre exact de stylos saisis.

Le message de l'ARS, repris par Mayotte la 1ère et L'info Kwezi, est clair sur le fond. « Un médicament contrefait peut ne pas contenir la substance annoncée, contenir un dosage incorrect ou renfermer des substances dont la nature et les effets sont inconnus », écrit l'agence. Elle demande de ne pas acheter de médicaments injectables sur les réseaux sociaux, sur des sites non autorisés ou auprès de vendeurs non habilités, de ne pas utiliser un stylo dont l'authenticité n'est pas garantie même si l'emballage paraît conforme, et de demander conseil à un pharmacien en cas de doute. Quiconque s'est déjà injecté un produit suspect doit consulter un médecin et lui montrer ce qu'il a utilisé. En cas de symptômes graves, il faut appeler le 15.

Rien à redire sur ces conseils, qui tombent sur un terrain où le besoin est massif. L'enquête Unono Wa Maore, menée en 2018 et 2019 par Santé publique France, a mesuré une prévalence du diabète de 12,1 % chez les 18-69 ans, dont 4,7 % de diabète non connu des personnes concernées. Près de quatre diabétiques sur dix ignoraient leur maladie. Dans une île où le diabète touche autant de foyers, une injection hebdomadaire qui coupe l'appétit fait rêver bien au-delà des cabinets médicaux. Les vendeurs en ligne l'ont compris avant tout le monde.

Une ordonnance difficile à obtenir, un vendeur à portée de téléphone

On peut répéter qu'il faut passer par la prescription et la pharmacie. Encore faut-il pouvoir consulter. À Mayotte, obtenir un rendez-vous chez un généraliste, puis chez un endocrinologue, demande souvent des semaines, parfois davantage. Le vendeur sur Facebook ou WhatsApp, lui, répond le soir même et livre par la poste. L'ARS a raison de pointer les réseaux sociaux. Elle aurait davantage de chances d'être entendue si son message s'accompagnait d'une porte d'entrée concrète vers le soin pour les personnes qui cherchent ces traitements.

Le silence sur les produits pose un autre problème. Un pharmacien de Dzaoudzi ou de Sada qui voit arriver un client avec un stylo acheté en ligne gagnerait à savoir quels conditionnements ont été repérés par les douanes, quels numéros de lot, quelles différences avec le produit authentique. Les autorités sanitaires nationales publient régulièrement ce type d'information quand des contrefaçons sont identifiées. Rien n'empêche l'ARS de Mayotte de diffuser les mêmes éléments à l'échelle de l'île, photos à l'appui, auprès des officines, des centres de santé et des infirmiers libéraux.

L'agence a alerté vite, et on peut le lui reconnaître. Elle s'arrête pourtant au rappel des bons gestes, alors qu'une saisie douanière fournit justement de quoi cibler la prévention. Le communiqué indique que l'ARS et les douanes restent mobilisées pour repérer d'éventuels nouveaux envois, ce qui est bien le moins. Le public a besoin de savoir si l'on parle de trois colis ou de trois cents, et s'ils venaient d'un seul expéditeur.

Ce que l'ARS peut publier dès la semaine prochaine

Le plus urgent serait une fiche simple, envoyée aux pharmacies et affichée dans les dispensaires, montrant les produits saisis et la façon de les reconnaître. Cette fiche devrait exister en français, en shimaoré et en kibushi, sous forme écrite et sous forme de message audio, car une bonne partie des acheteurs potentiels s'informe par messages vocaux et par la radio. Côté signalement, une personne qui a utilisé un faux stylo doit savoir à qui le signaler sans avoir à expliquer où elle l'a acheté, pour que l'ARS puisse compter les cas et repérer les effets indésirables.

Le réseau de prise en charge du diabète, centres de santé du CHM et médecins libéraux, doit lui aussi être associé à cette campagne. Les personnes qui achètent ces stylos en ligne sont précisément celles que le système de soins a perdues de vue, et la saisie offre un prétexte pour aller les chercher.

Ces colis sont passés par la poste, où les douanes disposent d'un poste d'observation que personne d'autre n'a. Je demande à l'ARS et à la direction régionale des douanes de publier, d'ici la fin novembre 2026, le nombre de colis interceptés depuis le début de l'année, le type de produits et leur provenance, afin que les Mahorais sachent si cette alerte du 15 octobre concerne quelques envois isolés ou un marché installé.

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