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Gazole déstocké, le préfet de Mayotte doit afficher dès le 1er novembre ce que la ristourne vaut au litre

L'arrêté publié le 30 octobre au Journal officiel confie au préfet le soin de fixer chaque mois, jusqu'en mars, la baisse du gazole issue des stocks stratégiques, et permet aux grossistes d'en faire valoir les effets dans leurs marges de 2028.

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Gazole déstocké, le préfet de Mayotte doit afficher dès le 1er novembre ce que la ristourne vaut au litre
Photo : Port de Longoni — Frédéric Ducarme, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Depuis le 30 octobre, le gazole des stocks stratégiques français a une adresse à Mayotte. Un arrêté publié ce jour-là au Journal officiel organise la baisse des prix maximums dans les cinq départements d'outre-mer où l'État fixe le prix à la pompe. La mécanique est écrite et le montant sera arrêté chaque mois à Mamoudzou par le préfet, à qui s'adresse cette tribune.

Une semaine de Journal officiel

Le décret n° 2026-981 du 23 octobre 2026, paru au Journal officiel le lendemain, autorise la cession d'environ 1,6 million de mètres cubes de gazole puisés dans les réserves stratégiques. Selon le site spécialisé L'EnerGeek, ces volumes sont vendus aux distributeurs au coût moyen pondéré d'acquisition, entre le 1er novembre 2026 et le 31 janvier 2027, et les estimations gouvernementales tablent sur une baisse de 12 à 18 centimes par litre. Le décret, cité par L'EnerGeek, prévoit que la baisse peut être répercutée « par anticipation à compter du 1er novembre 2026 ».

Un arrêté du 27 octobre, publié le 28, répartit ces volumes entre les opérateurs. Total Mayotte y figure pour 5 176 mètres cubes.

L'arrêté du 29 octobre 2026 (NOR ECOC2628565A), qui concerne directement les Mahorais, prévoit que, du 1er novembre 2026 au 31 mars 2027, le préfet fixe chaque mois une réduction unitaire, en euros par hectolitre, appliquée à la marge de gros maximale du gazole routier et non routier. La part revenant à chaque territoire est calculée sur sa consommation de 2025 rapportée à la consommation nationale. L'essentiel de la répercussion doit intervenir de novembre à janvier, le reliquat en février et mars. La réduction doit apparaître distinctement dans les arrêtés préfectoraux de prix et être communiquée à l'observatoire des prix.

L'article 3 du même arrêté ajoute une disposition pour plus tard. Pour la révision des marges au 1er janvier 2028, les grossistes pourront intégrer dans leurs demandes de revalorisation « les effets nets justifiés » du dispositif, et les importateurs de Mayotte pourront présenter les effets nets justifiés sur leurs coûts.

Les chiffres

  • 2,04 euros, le prix maximum du litre de gazole à Mayotte en octobre 2026, après une hausse de 4 centimes, elle-même précédée de 14 centimes en septembre (Mayotte la 1ère, 1er octobre 2026)
  • 1,80 euro, le prix du litre de gazole à La Réunion à la même date (Mayotte la 1ère, 1er octobre 2026)
  • +14,4 %, la hausse des prix de l'énergie à Mayotte sur un an en septembre (Insee, cité par Mayotte la 1ère, 29 octobre 2026)
  • 5 176 mètres cubes de gazole attribués à Total Mayotte sur 1,6 million répartis en France (arrêté du 27 octobre 2026, Journal officiel)
  • Cinq mois, de novembre 2026 à mars 2027, pendant lesquels le préfet fixe la réduction (arrêté du 29 octobre 2026, Journal officiel)

Une baisse nationale qui dépend ici d'un arrêté mensuel

Contrairement à l'Hexagone, où les prix sont libres et où la concurrence entre stations sert en théorie de courroie de transmission, le prix est à Mayotte un plafond administré. Rien ne descend à la pompe tant que l'arrêté mensuel du préfet ne l'écrit pas. Cette fois, le texte national lui confie l'exécution. Il fixe la réduction sur des prévisions de volumes puis la corrige le mois suivant, selon le calendrier rappelé plus haut.

Ce pouvoir d'arbitrage m'intéresse parce que le gazole pèse lourd ici. Il fait rouler les taxis collectifs, les camions de chantier de la reconstruction et les bus scolaires. Ses hausses pèsent sur le coût des transports et des marchandises, bien au-delà du plein des automobilistes. Septembre et octobre ont ajouté 18 centimes au litre en deux mois. L'Insee mesure une énergie en hausse de 14,4 % sur un an, alors que l'inflation générale de l'île reste à 1,6 %.

La disposition qui me préoccupe le plus est celle de 2028. Le texte prévoit expressément que les « effets nets justifiés » du dispositif pour les grossistes et les importateurs pourront être invoqués au moment de réviser leurs marges. Si ces effets sont mal justifiés ou insuffisamment contrôlés, la ristourne de cet hiver risque de revenir dans les prix de 2028, sur une marge que les Mahorais paieront à chaque plein. L'arrêté encadre ce retour par la notion d'effets « nets » et « justifiés », une vérification que je voudrais voir menée publiquement à Mayotte.

Le précédent récent invite à la vigilance. Les plafonds mahorais ont augmenté deux mois d'affilée cet automne. En octobre, la préfecture a publié ses nouveaux prix la veille au soir, sous forme de tableau, sans explication détaillée, rapporte Mayotte la 1ère. Pour une baisse étalée sur cinq mois et calculée sur des prévisions, je crains la même opacité si chaque arrêté mensuel n'en détaille pas le calcul.

Ce que répondent les autres

Selon les estimations gouvernementales rapportées par L'EnerGeek, la libération des stocks doit faire baisser le gazole de 12 à 18 centimes par litre, et les distributeurs sont tenus de répercuter intégralement l'avantage et d'en informer les clients. L'arrêté du 29 octobre impose que la réduction figure « distinctement » dans les arrêtés préfectoraux. Aucune réaction publique de la préfecture de Mayotte sur le montant de la réduction applicable à l'île n'a été trouvée à la date de publication.

Ce que je demande au préfet

Le mécanisme a le mérite d'exister et de couvrir Mayotte. Au préfet de Mayotte, je demande que l'arrêté de prix applicable au 1er novembre indique la réduction en centimes par litre, en plus des euros par hectolitre exigés par le texte, pour que chacun la reconnaisse sur l'affichage de sa station. Je lui demande aussi de publier, dans le même document, le montant total de l'avantage attribué à Mayotte et le calendrier prévu jusqu'en mars, et de préciser si le gazole marin des pêcheurs entre dans le champ du gazole non routier visé par l'arrêté.

À l'observatoire des prix, des marges et des revenus de Mayotte, je demande de rendre public, chaque mois, l'écart entre la réduction prévue et la réduction réellement appliquée, puisque chaque réduction devra lui être transmise. Quant aux grossistes et aux importateurs, je demande que toute demande de revalorisation des marges fondée sur ce dispositif soit rendue publique avant la révision du 1er janvier 2028. Le premier rendez-vous est fixé au 1er novembre, date à laquelle l'arrêté de prix devra montrer combien les Mahorais gagnent au litre.

Sources

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