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Jusqu'à 10 000 m³ perdus chaque jour après compteur, et l'État envoie le RSMA réparer les écoles une par une

À Miréréni, les jeunes du RSMA ont réparé vendredi les canalisations d'une école maternelle à la demande du préfet. Trois ans après une campagne de recherche de fuites à 2,8 millions d'euros, aucun plan public ne dit combien de bâtiments perdent leur eau ni quand ils seront réparés.

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Jusqu'à 10 000 m³ perdus chaque jour après compteur, et l'État envoie le RSMA réparer les écoles une par une
Photo : Plage de Soulou 2 — Peioman, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Vendredi 16 octobre, dans la cour de l'école maternelle Combo Moussa, à Miréréni, de jeunes volontaires du régiment du service militaire adapté (RSMA) ont creusé autour des canalisations pour reboucher des fuites. Mayotte la 1ère présente ce chantier comme la première étape d'un dispositif voulu par l'État. Le même jour, une bonne partie du nord de l'île et la Petite-Terre attendaient, sur ce même réseau, l'eau jusqu'à midi au lieu de 10 heures.

Une école réparée à Miréréni, et un dispositif sans chiffrage public

Selon Mayotte la 1ère, le préfet a demandé au RSMA d'intervenir sur les réseaux d'eau des bâtiments publics, en priorité les établissements scolaires. Le syndicat des eaux repère les fuites, puis les jeunes du régiment ouvrent les tranchées et remplacent les tuyaux, avec des agents municipaux. À Miréréni, dans la commune de Tsingoni, les travaux ont commencé le jeudi 15 octobre et devaient s'achever le lendemain. D'autres interventions sont prévues dans des bâtiments publics, puis chez des acteurs privés.

Le préfet de Mayotte, Frédéric Poisot, a expliqué au média public : « Ce chantier a été souhaité par le premier ministre lors de sa venue à Mayotte pour améliorer la lutte contre les fuites d'eau à Mayotte […] ». Il a chiffré les fuites situées après compteur à « 9000 à 10000 m3 » perdus chaque jour, soit, selon lui, « quasiment l'équivalent de ce que produira l'usine d'Ioni Bé ».

Le projet circulait déjà le 28 août, quand Outremers 360 rapportait qu'à la demande de Sébastien Lecornu une réflexion devait être engagée sur la participation des jeunes du RSMA à la réparation des fuites, avec une mise en œuvre annoncée « dans les prochains mois ». Le nombre de jeunes mobilisés et le contenu de leurs missions restaient alors à définir. Je n'ai trouvé depuis aucune publication officielle de ces deux éléments.

Côté production, la SMAE a annoncé qu'une des deux files de traitement de l'usine de Bouyouni était arrêtée après un « incident technique sur un équipement hydraulique défectueux ». Le déficit atteint environ 2 000 m³ par jour, la reprise de la file est attendue le samedi 17 au soir, et l'ouverture des vannes est repoussée à midi du 16 au 18 octobre dans environ vingt-cinq secteurs, de Koungou à Labattoir, d'après Mayotte la 1ère.

Les chiffres

  • 9 000 à 10 000 m³ d'eau perdus chaque jour après compteur (préfet de Mayotte, Mayotte la 1ère, 16 octobre 2026)
  • Près de 35 % de l'eau potable produite perdue pendant l'acheminement (Mayotte la 1ère, 16 octobre 2026)
  • 92 % des fuites détectées le sont sur les branchements, avant ou après compteur, ou sur les postes de comptage (Les Eaux de Mayotte, cité par Solidarités International, janvier 2025)
  • Environ 2 000 m³ par jour manquants après l'arrêt d'une file de l'usine de Bouyouni (SMAE, 16 octobre 2026)
  • 2,844 millions d'euros de budget pour l'opération de 2023, dont 844 000 euros pour la recherche de fuites (Mayotte Hebdo, 29 septembre 2023)

En 2023, on parlait déjà de 35 % de pertes

En septembre 2023, en pleine crise, le ministre délégué aux Outre-mer Philippe Vigier visitait à M'tsapéré une opération de détection confiée à l'entreprise Ax'eau. Mayotte Hebdo chiffrait le budget à 2,844 millions d'euros, dont 2,5 millions apportés par l'État, et les pertes à 35 000 m³ par jour, soit 35 %. Le préfet de l'époque, Thierry Suquet, promettait : « Chaque fois qu'il y a une fuite, il y a réparation ». Mayotte la 1ère avance aujourd'hui le même taux de 35 %.

Le rapport publié en janvier 2025 par Solidarités International donne des chiffres un peu différents et éclaire le mécanisme. Le rendement du réseau, autour de 75 % en temps normal, serait tombé à 70 % pendant la crise, parce que les coupures répétées ont abîmé les canalisations. Les pertes se situeraient donc entre 25 % et 30 %, « voire 40% selon les sources ». Le document reconnaît que leur origine reste difficile à établir, entre fuites physiques, sous-comptage et branchements illégaux. Il relève une donnée du syndicat qui situe le maillon faible au plus près des usagers, puisque 92 % des fuites détectées le sont sur les branchements ou les postes de comptage.

Le préfet vise, lui, les fuites après compteur. Celles-là se trouvent côté usager et relèvent du propriétaire, donc de la commune quand il s'agit d'une école maternelle. Envoyer le RSMA dans les cours d'école revient à confier à une main-d'œuvre en formation un entretien qui incombe normalement aux propriétaires publics. Miréréni y gagne. Pour les autres bâtiments publics, je n'ai trouvé aucune liste publiée par la préfecture.

Les tours d'eau usent aussi le réseau, le rapport de 2025 le note. Repousser l'ouverture à midi pour compenser l'arrêt d'une file à Bouyouni se comprend. Tant que la production restera suspendue à un équipement fragile, les remises en pression continueront d'user les tuyaux que le RSMA répare.

Autre échéance, le contrat d'affermage qui confie la distribution à la SMAE arrive à son terme le 31 décembre 2026, selon le même rapport. Aucun objectif public de rendement n'a été annoncé pour l'exploitant qui prendra la suite.

Ce que répondent les autres

Le préfet Frédéric Poisot met en avant un double bénéfice. « Ce travail est aussi essentiel pour la formation de nos jeunes », a-t-il déclaré à Mayotte la 1ère, en annonçant avec le RSMA une formation liée à la recherche de fuites, en lien avec des entreprises. Un volontaire technicien, Lhakim Ismail, a décrit le chantier en ces termes : « On a repéré des fuites, en creusant on en a découvert d'autres, on a agrandi le périmètre […] ». Aucune réaction publique du syndicat Les Eaux de Mayotte sur le nombre de bâtiments publics concernés n'a été trouvée à la date de publication.

Ce que j'attends du préfet et du syndicat

Ce qui me gêne, c'est qu'on présente comme une politique une suite de chantiers dont ni le nombre ni le coût ne sont publiés. Selon le préfet lui-même, les pertes après compteur équivalent presque à la production de la future usine d'Ioni Bé. Une perte de cette taille mérite un plan chiffré.

Nous, Mahorais, payons cette eau perdue en heures sans robinet, et en factures ou en impôts locaux quand elle fuit dans nos écoles et nos mairies. Je demande donc au préfet de Mayotte de publier avant le 31 décembre 2026 la liste des bâtiments publics diagnostiqués et le volume de fuites mesuré dans chacun. Le président du syndicat Les Eaux de Mayotte devrait, de son côté, rendre public le rendement mesuré du réseau en 2025 et inscrire un objectif chiffré de rendement dans le contrat qui doit succéder à celui de la SMAE.

Sources

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