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Jusqu'à 600 euros pour un vélo, la sixième prime de la Cadema roule toujours sans bilan public

La demande se fait désormais en ligne, réservée aux habitants de Mamoudzou et de Dembéni domiciliés fiscalement depuis deux ans. Depuis 2021, l'intercommunalité n'a publié ni le nombre de bénéficiaires ni l'usage des vélos achetés.

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Jusqu'à 600 euros pour un vélo, la sixième prime de la Cadema roule toujours sans bilan public
Photo : Mamoudzou Kaweni 150402 — Vincent Clavier, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Un vélo électrique à 900 euros, acheté par un foyer modeste de Kawéni, reviendrait à 300 euros. C'est le calcul que permet la sixième campagne de la prime à vélo de la Cadema, annoncée cette semaine et désormais accessible en ligne, indique L'info Kwezi. La prime couvre 30 % du prix d'achat d'un vélo neuf, dans la limite de 150 euros pour un modèle classique et de 300 euros pour un modèle à assistance électrique. Elle grimpe à 70 %, plafonnée à 300 ou 600 euros, pour les ménages dont le revenu fiscal de référence ne dépasse pas 14 207 euros par part.

L'aide existe depuis 2021. L'intercommunalité Dembéni-Mamoudzou y avait consacré 30 000 euros la première année, puis 50 000 euros de plus en 2022, selon sa page de présentation. Pour les éditions suivantes, aucun budget n'est affiché, et surtout aucun bilan. Le nombre de primes versées en cinq campagnes, la part des vélos électriques, l'usage qu'en font les bénéficiaires pour aller travailler, rien de tout cela n'est publié. Ces chiffres serviraient pourtant à piloter l'aide, et ils permettraient de convaincre les élus des autres intercommunalités d'imiter Mamoudzou.

Nous croyons pourtant à cette aide, et c'est justement pour cela que nous voudrions la voir évaluée avant chaque reconduction. Aux heures où la route nationale se fige à l'entrée de Mamoudzou, le vélo garde l'avantage de se faufiler. Le vélo électrique, en particulier, efface les côtes qui ont longtemps découragé les candidats. Et un ménage qui laisse sa voiture au garage deux jours par semaine échappe en partie aux hausses du gazole qui, ce mois-ci encore, pèsent sur le budget des familles mahoraises.

Des routes qui font peur

À Mamoudzou, le premier frein au vélo reste la peur. Sur les axes principaux, le cycliste partage une chaussée étroite avec les camions et les taxis, rarement protégé par une bande dédiée. Les parents hésitent à laisser un adolescent rouler jusqu'au lycée. Les salariés ne savent pas où attacher leur vélo à l'arrivée sans craindre le vol. Une prime à l'achat qui ne s'accompagne pas d'aménagements risque de financer des vélos qui finiront sous la varangue.

La Cadema le sait, et elle a commencé à agir sur ce terrain. En mai, elle a organisé la première édition locale de « Mai à vélo », avec des initiations pour les enfants à Tsoundzou, à Dembéni ou à Cavani et un test d'intermodalité sur la ligne 1 du Caribus. Des vélos étaient mis à disposition des usagers aux arrêts de Passamaïnty et de Baobab, pour finir à vélo un trajet commencé en bus, comme le rapportait alors Mayotte Hebdo. Le chargé de mobilité de l'intercommunalité, Léo Jusiak, y observait « une pratique qui se développe davantage avec l'essor des opérateurs de location de vélos et l'arrivée des vélos-cargos ».

Deux ans de domicile fiscal et un avis d'imposition

Les conditions d'accès posent aussi question. Pour obtenir la prime, il faut être majeur, présenter une pièce d'identité, un justificatif de domicile et l'avis d'imposition de l'année précédente, et justifier d'une domiciliation fiscale d'au moins deux ans à Mamoudzou ou à Dembéni. Ces règles protègent l'argent public contre les abus, ce qui est légitime. Elles écartent aussi, de fait, les jeunes qui viennent de quitter le foyer familial, les ménages qui n'ont jamais rempli de déclaration de revenus, et ceux dont le logement a été détruit par Chido et qui ont dû déménager. Ce sont souvent ceux qui auraient le plus besoin d'un moyen de transport bon marché. Le passage en ligne, présenté comme la nouveauté de cette édition, simplifie la démarche pour ceux qui ont un ordinateur et une connexion. Un accompagnement dans les maisons France Services ou les CCAS éviterait qu'il n'exclue les autres.

Sans attendre une septième campagne, la Cadema devrait publier le bilan des cinq premières éditions et interroger les bénéficiaires sur l'usage de leur vélo. Pour la sécurité, chaque chantier du Caribus devrait intégrer une bande ou une piste cyclable continue et des arceaux de stationnement aux stations, et la location de vélos testée à Passamaïnty et Baobab devrait être pérennisée. Une partie de l'enveloppe pourrait aussi financer des séances de remise en selle pour les adultes qui n'ont jamais appris à rouler.

Les dossiers se déposent sur la plateforme de la Cadema, et le bon obtenu ne s'utilise qu'une fois, chez un vélociste conventionné. Les foyers modestes ont intérêt à vérifier leur revenu fiscal de référence avant de déposer leur dossier.

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