其他Point de vue

Kahani de nouveau caillassé, la préfecture doit dire comment elle protège les lieux de soins

Le dispensaire de Kahani a été visé par des jets de pierres le 27 octobre, plus de deux ans après un premier droit de retrait de son personnel. La lettre adressée en septembre par les soignants du CHM au représentant de l'État, qui réclamait un plan de sécurisation de leurs trajets, n'a reçu aucune réponse publique.

Version audio
Partager
Kahani de nouveau caillassé, la préfecture doit dire comment elle protège les lieux de soins
Photo : Vue sur Kahani — Prosaik547, CC0, via Wikimedia Commons

Mardi 27 octobre au soir, des pierres ont de nouveau été lancées devant l'entrée du dispensaire de Kahani. Soignants et patients se sont regroupés à l'intérieur en attendant les secours. À l'arrivée des gendarmes, les auteurs étaient partis et aucun blessé n'était signalé, rapporte L'info Kwezi. Plus de deux ans après que le personnel de ce dispensaire a cessé le travail pour réclamer sa sécurité, aucun plan public ne dit comment l'État entend protéger les lieux de soins de Mayotte.

De Kahani à la navette du CHM

Le samedi 22 juin 2024, le dispensaire de Kahani, sur la commune de Ouangani, avait déjà été caillassé. Selon Mayotte Hebdo, les faits étaient survenus le soir où des gendarmes y avaient conduit un jeune pour un certificat médical de compatibilité avec la garde à vue. Le lundi suivant, environ vingt-cinq agents exerçaient leur droit de retrait et le dispensaire n'assurait plus que « les urgences vitales jusqu'à nouvel ordre ». Une réunion avait rassemblé la direction de l'hôpital, la mairie et la gendarmerie. Le droit de retrait, levé le soir, reprenait le jeudi après une nouvelle agression signalée par Mayotte la 1ère. L'hebdomadaire évoquait alors des solutions pour « sanctuariser le dispensaire », sans en décrire aucune.

Le 22 septembre 2026, c'est la navette du personnel du Centre hospitalier de Mayotte qui a été caillassée en soirée entre Tsararano et Ouangani. Selon Mayotte la 1ère, ses occupants ont dû fuir et des effets personnels ont été volés. Les agents ont exercé leur droit de retrait le 24 septembre. Quatre jours plus tard, après une rencontre avec la directrice de cabinet du préfet jugée « sans réelle avancée » par les agents, l'intersyndicale a lancé un débrayage quotidien de 7 heures à 9 heures, jusqu'à « réception de mesures concrètes de la part de la préfecture ».

L'instance santé et sécurité du CHM avait écrit au représentant de l'État pour demander un plan de sécurisation des transports du personnel, une cartographie des zones à risque, des drones de surveillance, la sécurisation des horaires de relève et une présence accrue des forces de l'ordre sur les itinéraires. En avril 2026 déjà, des agents du centre médical de Dzoumogné avaient été caillassés sur le chemin du travail.

Les chiffres

  • +20 % d'atteintes physiques à Mayotte depuis le début de 2026, selon le préfet à la restitution des Assises de la sécurité (Mayotte la 1ère, septembre 2026)
  • Environ 25 agents du dispensaire de Kahani en droit de retrait le 24 juin 2024 (Mayotte Hebdo)
  • 2 heures de débrayage par jour ouvré annoncées par l'intersyndicale du CHM à partir du 29 septembre 2026 (Mayotte la 1ère)
  • Le 22 septembre 2026, attaque de la navette du personnel du CHM entre Tsararano et Ouangani, suivie d'un droit de retrait le 24 (Mayotte la 1ère)

Une réponse au coup par coup

À Kahani en 2024 comme après l'attaque de la navette en 2026, le scénario se répète. Les soignants se retirent, une réunion se tient avec la direction, la mairie, la gendarmerie ou le cabinet du préfet, et le contenu de ces réunions n'est pas rendu public. Je n'ai trouvé aucun document de la préfecture, de l'ARS ou du CHM décrivant un dispositif propre aux dispensaires de l'île, ni aucune réponse écrite publiée à la lettre des soignants de septembre.

Ce silence pèse sur les patients. Un dispensaire comme celui de Kahani assure des soins de proximité aux habitants des villages qui l'entourent. Quand le personnel se retire, seules les urgences vitales restent assurées, comme en juin 2024. Après l'attaque d'une navette, ce sont les trajets de relève, dont les soignants demandent justement la sécurisation, qui deviennent un risque. Pour les habitants du secteur, l'insécurité des soignants devient alors un problème d'accès aux soins.

Le préfet a lui-même reconnu, lors des Assises, une hausse de 20 % des atteintes physiques depuis janvier. Le CHM, de son côté, a obtenu le 9 octobre la suspension de la grève de Sud Santé Sociaux en s'engageant notamment sur un audit des effectifs en novembre et sur un séminaire consacré aux violences faites aux soignants, prévu après la procédure de la Haute Autorité de santé. Un séminaire ne protège ni une porte d'entrée ni un bus de relève.

Ce que répondent les autres

Selon Mayotte la 1ère, le préfet Frédéric Poisot a annoncé la hausse de 20 % des atteintes physiques à la restitution des deuxièmes Assises de la sécurité et de la citoyenneté. Après l'attaque de Dzoumogné en avril, la direction du CHM avait exprimé sa « condamnation la plus ferme », annoncé un accompagnement psychologique des agents et un signalement aux autorités. Une infirmière citée par Mayotte la 1ère en septembre précisait que sa direction soutenait le personnel. Aucune réaction publique de la préfecture, de l'ARS ou du CHM à l'incident du 27 octobre à Kahani n'a été trouvée à la date de publication.

Une porte d'entrée et un bus de relève

Sans réclamer un gendarme devant chaque porte, je demande que l'État traite les lieux de soins comme ce qu'ils sont, des services publics dont dépend toute une population. Les soignants ont mis sur la table, par écrit, des propositions précises. Un mois plus tard, aucune réponse publique n'a été trouvée.

Concrètement, le préfet de Mayotte doit publier, avant le 30 novembre 2026, sa réponse écrite à l'instance santé et sécurité du CHM, avec une décision et un calendrier pour la sécurisation des trajets comme pour celle des horaires de relève. Le directeur général de l'ARS et le directeur du CHM devraient rendre public, à la même date, le nombre d'agressions et de caillassages visant les dispensaires, les centres médicaux et les véhicules de l'hôpital depuis le 1er janvier 2026, site par site. Après les pierres du 27 octobre, les agents de Kahani doivent savoir avant la fin novembre ce qui changera pour eux.

Sources

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le :

Partager

La semaine de Chef Bé

Chaque samedi matin, les articles les plus lus de la semaine sur Mayotte, dans votre boîte e-mail. Gratuit, sans publicité, désinscription en un clic.

没有找到评论
Annoncez sur Chef Bé dès 5 €, votre marque devant tout MayotteAnnonce Chef Bé