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Le Département de Mayotte paie 10,2 millions d'euros pour borner ses terrains, sans dire où passeront les géomètres

Quatre marchés notifiés en mai à Mayotte Topo et Geofit couvrent quatre zones pendant quatre ans. À Chirongui, des familles de Maharavou 5 régularisent leurs parcelles par leurs propres moyens, et rien n'est dit du sort des occupants de terrains départementaux.

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Le Département de Mayotte paie 10,2 millions d'euros pour borner ses terrains, sans dire où passeront les géomètres
Photo : Padzas à Chirongui (Mayotte) — Timothée Rey, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Sur les hauteurs de Chirongui, entre le lycée Tani Malandi et la station-service, les habitants du quartier Maharavou 5 courent après des papiers que leurs grands-parents n'ont jamais eus. Mayotte la 1ère a suivi la famille Tsangalana, qui tente de mettre de l'ordre dans des parcelles transmises de génération en génération par la parole ou selon le droit coutumier. Selon la chaîne, environ un quart du territoire mahorais n'est toujours pas titré, et l'incertitude pèse autant sur les familles que sur la commune, qui ne sait pas toujours à qui elle a affaire.

Au même moment, la plus grande collectivité de l'île fait le même travail pour elle-même, avec d'autres moyens. Les données publiques de la commande publique, publiées le 19 octobre, font apparaître quatre marchés de bornage des parcelles du Département-Région de Mayotte, découpés en quatre zones. Le lot 1 est inscrit pour 3 millions d'euros, le lot 2 pour 1,7 million, le lot 3 pour 3,5 millions et le lot 4 pour 2 millions, soit 10,2 millions d'euros en tout, sur quarante-huit mois. Chaque lot a reçu quatre offres après un appel d'offres ouvert. Le cabinet Mayotte Topo a remporté les lots 1 et 3, la société Geofit les lots 2 et 4, et les contrats ont été notifiés les 6 et 12 mai 2026. L'avis de marché, publié au BOAMP en janvier, affichait l'objectif de sécuriser le patrimoine foncier de la collectivité.

Quatre zones, aucune carte publiée

L'intention est bonne et elle arrive tard. Une collectivité qui ignore où s'arrêtent ses propres terrains ne peut ni y construire une école, ni céder un lot à un bailleur social, ni défendre ses limites devant un juge. Le manque de foncier disponible et sûr est l'un des freins les plus souvent cités à la reconstruction après Chido, et chaque parcelle publique correctement délimitée devient un terrain mobilisable. De ce point de vue, ces 10,2 millions d'euros sont sans doute parmi les plus utiles que le Département-Région puisse dépenser en aménagement.

Les données laissent en revanche de côté ce qui compte le plus pour les habitants. On ignore quelles communes couvrent les quatre zones et combien de parcelles sont concernées. L'ordre de passage des géomètres n'est pas connu non plus, ni ce qui arrivera lorsque leurs bornes traverseront un jardin, voire une maison. Il arrive à Mayotte que des familles occupent depuis des décennies des terrains de la collectivité, souvent de bonne foi, parfois sur la foi d'un accord oral que personne n'a jamais écrit. Le bornage ne fait que rendre ces situations visibles. Il peut en sortir une régularisation comme un conflit, voire une procédure d'expulsion.

À Chirongui, la famille Tsangalana part de ce qu'elle occupe et cherche à le faire reconnaître. Quand le Département-Région fixe ses limites, ses voisins sont les mêmes familles qui tentent de prouver les leurs, et chaque procès-verbal de bornage contradictoire suppose leur présence. Une opération menée sans information préalable risque de transformer un chantier technique en série de litiges.

Les géomètres sur le terrain d'ici 2030

Je pense que la collectivité doit publier sans attendre la carte des quatre zones et le calendrier prévisionnel des interventions, commune par commune. Les mairies, les anciens qui connaissent l'histoire des terrains et les associations de quartier pourraient alors prévenir les riverains avant le passage des géomètres. La demande est modeste, puisque le marché est déjà attribué.

Il faudrait aussi dire, dès maintenant, quelle politique sera appliquée aux occupants installés de longue date sur des terrains départementaux. Une grille publique, qui distingue l'habitat ancien d'une famille, l'agriculture vivrière et l'occupation récente, permettrait de proposer selon les cas une cession ou un bail, à défaut une convention d'occupation. Sans ce cadre, chaque situation sera tranchée au cas par cas. Les données recueillies par les géomètres devraient enfin être versées au cadastre et partagées avec les services de l'État chargés de la régularisation foncière, pour que l'argent public serve deux fois.

Les contrats courent jusqu'en mai 2030, puisqu'ils ont été notifiés en mai 2026 pour quatre ans. D'ici là, des habitants de Maharavou 5 et d'ailleurs risquent de découvrir un piquet planté au bord de leur terrain sans savoir qui l'a posé ni pourquoi. Le Département-Région peut éviter ce scénario en présentant la carte de ses zones de bornage à la prochaine séance de l'Assemblée de Mayotte.

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