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Le Département veut enseigner l'histoire du peuplement de Mayotte, et l'école attend encore d'y être associée

Trois jours de conférences à Cavani et une « Rencontre des mondes » place de la République ont rappelé les liens anciens avec Madagascar et le canal du Mozambique. Pour atteindre les classes, la collectivité devra publier les actes et s'entendre avec le rectorat.

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Le Département veut enseigner l'histoire du peuplement de Mayotte, et l'école attend encore d'y être associée
Photo : Mamoudzou 150402 — Vincent Clavier, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons

Le nom d'Andriantsoly revenait vendredi dans la bouche d'un intervenant venu rappeler, au micro de Mayotte la 1ère, que Majunga et Mayotte sont liées depuis longtemps. Ancien roi du Boina, sur la côte nord-ouest de Madagascar, Andriantsoly devint sultan de Mayotte et céda l'île à la France en 1841. « Je suis ici pour l'enseigner, inciter les habitants à faire preuve d'unité », disait-il. Beaucoup d'élèves mahorais ont croisé ce nom sur une plaque de rue ou dans une conversation de famille, sans pouvoir en dire beaucoup plus.

Le Département-Région veut combler ce manque. Sa direction de la culture et de la lecture publique a réuni du 23 au 25 octobre deux rendez-vous à Mamoudzou. À la bibliothèque départementale de Cavani, la troisième Conférence sur les civilisations du canal du Mozambique a fait dialoguer historiens, sociologues et juristes, dont plusieurs venus des îles voisines, sur les origines du peuplement, les migrations, les héritages culturels et religieux et les liens avec Madagascar. Place de la République, la première « Rencontre des mondes » proposait défilés, danses, cuisine et lectures. Mayotte Hebdo annonçait pour la parade d'ouverture les communautés mahoraise, malgache, sénégalaise, congolaise, bretonne, caribéenne et portugaise, en présence du président de l'Assemblée de Mayotte, et des animations autour du bibliobus avec l'association Naringadzé et des étudiants. Le dimanche matin devait laisser la place à des témoignages d'artisans et à la présentation de dispositifs d'accompagnement proposés par plusieurs institutions, avant une séance de fitness animée par les services de la collectivité.

Un autre intervenant interrogé par la chaîne publique résumait l'intention. « Souvent les habitants se plaignent de ne pas connaître les origines des villages, et de la population », expliquait-il, avant d'ajouter que le but est aussi « que le gouvernement comprenne l'histoire de Mayotte, pour que l'on soit compris et accompagnés comme il se doit ». Les deux vœux se tiennent, car on fait mal comprendre à l'État une histoire que l'on connaît mal soi-même. Le peuplement de Mayotte, avec ses apports bantous, malgaches, arabo-shiraziens et plus tard européens, ne se laisse pas réduire à une opposition entre « ceux d'ici » et « ceux d'ailleurs ». Les historiens qui travaillent sur le canal du Mozambique l'ont largement montré.

Je tiens cette initiative pour l'une des plus utiles de l'automne, et c'est pour cela qu'on peut lui demander davantage qu'un week-end. Une conférence ouverte au public touche quelques centaines de personnes motivées. Le titre retenu par la chaîne, enseigner l'histoire du peuplement, suppose que des contenus entrent dans les classes et que les élèves de Sada ou de Bandraboua aient des documents à consulter, avec des enseignants formés pour s'en servir. Rien, dans ce qui a été annoncé, ne dit encore comment la collectivité compte passer de l'événement à l'école.

Plusieurs pistes sont pourtant à portée de main. La plus simple serait de publier les actes des trois éditions de la conférence, en ligne et en version imprimée pour les CDI des collèges et lycées, avec des résumés en shimaoré et en kibushi. Une convention entre le Département-Région, le rectorat et l'université de Mayotte permettrait ensuite de transformer ces travaux en ressources pédagogiques utilisables en histoire comme en enseignement moral et civique. Les professeurs arrivés de l'Hexagone, nombreux à Mayotte, seraient les premiers bénéficiaires d'une formation courte sur l'histoire régionale, eux qui enseignent souvent sans connaître le passé des villages où ils travaillent.

Il y a enfin une urgence que la conférence ne règle pas. Une bonne partie de cette histoire se transmet encore oralement, par les chants, les récits de fondation des villages et les généalogies que gardent les anciens. Chido a déjà emporté des maisons entières, et avec elles bien des papiers et des photographies. Une campagne de collecte de la mémoire orale, menée avec les archives départementales et les associations de village, permettrait d'enregistrer ces récits avant qu'ils ne se perdent. Le foncier mahorais, qui repose si souvent sur la parole des familles, en tirerait aussi profit.

L'histoire du peuplement touche à des questions vives à Mayotte, à commencer par l'identité et la place des communautés installées depuis peu. C'est une raison de plus pour la confier à des historiens, avec leurs sources et leurs débats, plutôt qu'aux rumeurs des réseaux sociaux. La quatrième édition de la conférence aura lieu, si le rythme se maintient, à l'automne 2027. D'ici là, la collectivité peut annoncer quand les actes seront publiés et si une convention avec le rectorat sera signée avant la rentrée de septembre 2027.

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