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Le gazole moins cher promis pour novembre devra passer par l'arrêté du préfet de Mayotte

Le gouvernement annonce 12 à 18 centimes de baisse sur le litre de gazole de novembre à janvier. À Mayotte, où les prix sont fixés chaque mois par la préfecture, personne ne sait encore si la mesure atteindra les pompes.

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Le gazole moins cher promis pour novembre devra passer par l'arrêté du préfet de Mayotte
Photo : Mamoudzou (10029936275) — David Stanley from Nanaimo, Canada, CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Deux euros et quatre centimes. C'est le prix maximal du litre de gazole à Mayotte depuis le 1er octobre, contre deux euros le mois précédent. Le sans-plomb, lui, est passé de 2,05 à 2,21 euros, selon L'info Kwezi. Pour le deuxième mois consécutif, tous les produits pétroliers augmentent dans le département, rappelle Mayotte la 1ère. Pour un taxi, un livreur ou une famille qui fait le plein du samedi, cela fait seize centimes de plus sur chaque litre d'essence.

C'est dans ce contexte que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé mercredi 7 octobre une baisse du prix du gazole de 12 à 18 centimes par litre, pendant trois mois, de novembre à janvier. La question, pour les automobilistes mahorais, tient en une ligne. Cette baisse arrivera-t-elle jusqu'aux pompes de l'île, et sous quelle forme ?

Ce que l'on sait

La mesure gouvernementale ne repose pas sur une baisse des taxes. L'État remet sur le marché une partie de ses stocks stratégiques de produits pétroliers, ces réserves constituées pour faire face à une crise ou à une rupture d'approvisionnement. D'après les deux médias, il s'agit de 10 millions de barils, ce qui doit réduire le coût d'approvisionnement des distributeurs. L'info Kwezi précise que ceux-ci se sont engagés à répercuter intégralement la diminution à la pompe, sous le contrôle de l'État, et chiffre l'économie à une dizaine d'euros pour un plein de 55 litres.

À Mayotte, le mécanisme est différent. Ce ne sont pas les distributeurs qui fixent leurs prix mais la préfecture, qui arrête chaque mois des prix maximaux. Selon L'info Kwezi, ce calcul tient compte des coûts d'approvisionnement, du transport, des marges commerciales et de la fiscalité locale, dont les taux sont fixés par le Conseil départemental. Mayotte la 1ère souligne que la méthode intègre notamment les cours mondiaux du pétrole. Les deux médias concluent de la même façon, il reste à savoir comment la mesure se traduira localement au 1er novembre.

Un autre élément mérite d'être noté. Dans le projet de loi de finances pour 2027, la Fédération des entreprises d'outre-mer se félicite, d'après Le Journal de Mayotte, de l'exclusion des départements d'outre-mer du nouveau dispositif de réduction de l'intensité carbone des carburants. Autrement dit, une partie de ce qui se décide à Paris sur les carburants ne s'applique pas mécaniquement aux territoires ultramarins, dans un sens comme dans l'autre.

Pourquoi l'incertitude est réelle

Le dispositif national agit sur le prix d'approvisionnement des distributeurs de l'Hexagone. Or le carburant consommé à Mayotte arrive par bateau, et son coût entre dans une formule administrée. Si la préfecture considère que les stocks libérés ne modifient pas le coût réel des cargaisons destinées à l'île, la baisse pourrait ne pas apparaître dans l'arrêté de novembre. Si au contraire l'État décide d'en tenir compte, il faudra dire comment. Rien de tout cela n'a été précisé à ce jour.

L'enjeu dépasse le confort des automobilistes. Le gazole fait rouler les bus, les camions de chantier, les engins de la reconstruction et les bateaux de pêche. Chaque centime se retrouve dans le prix des produits livrés en brousse, dans les devis des artisans et dans le budget des familles. Selon un article de l'AFP repris par Mayotte la 1ère cette semaine, 77 % de la population vit sous le seuil de pauvreté. Une hausse de seize centimes sur le sans-plomb pèse donc lourd, et une baisse annoncée qui ne viendrait pas pèserait sur la confiance.

Les entreprises sont dans la même situation. La Caisse de sécurité sociale de Mayotte vient d'ailleurs de prolonger, à la demande du gouvernement, son dispositif d'abandon de certaines dettes sociales pour les employeurs en difficulté. Selon L'info Kwezi, les entreprises éligibles ont jusqu'au 31 octobre pour en faire la demande et jusqu'à fin décembre pour un plan d'apurement. Ce rappel en dit long sur la fragilité de la trésorerie de nombreuses petites structures, pour qui le carburant reste un poste lourd.

Notre avis

Une annonce nationale qui fait une exception implicite pour Mayotte, sans le dire, crée de la frustration. Selon Mayotte la 1ère, le gouvernement garantit la baisse et tous les distributeurs sont concernés. Les Mahorais ont le droit de savoir, avant le 1er novembre, si cette garantie les concerne. Ce n'est pas aux habitants de deviner, à la lecture d'un arrêté, si un engagement du Premier ministre a été tenu chez eux.

Nous pensons que le système de prix administrés est une protection utile sur une petite île où la concurrence est faible. Mais il n'est protecteur que s'il est lisible. Aujourd'hui, la formule existe, les arrêtés sont publiés, et pourtant très peu de gens savent ce qui, dans le prix d'un litre, relève du cours mondial, du fret, de la marge ou de la fiscalité départementale. Ce flou nourrit les soupçons et empêche tout débat serein sur la vie chère.

Il y a enfin une question de cohérence. Si l'État juge qu'une baisse de 12 à 18 centimes est nécessaire pour soulager les ménages de l'Hexagone, il serait difficile de justifier que le département le plus pauvre de France n'en bénéficie pas, même par un autre canal.

Ce qui pourrait être fait

La préfecture pourrait d'abord publier, avec l'arrêté de novembre, une note simple qui décompose le prix du gazole et du sans-plomb et indique explicitement si la mesure nationale a été prise en compte. Ensuite, si le mécanisme des stocks stratégiques ne peut pas jouer à Mayotte, l'État pourrait compenser par un geste équivalent, par exemple une prise en charge temporaire sur le fret ou une aide ciblée aux transporteurs et aux pêcheurs. Le Conseil départemental, qui fixe une partie de la fiscalité, a aussi son mot à dire et pourrait indiquer s'il envisage d'accompagner l'effort pendant ces trois mois.

Le 1er novembre, le nouvel arrêté dira si la promesse est arrivée jusqu'à Mayotte. Il serait préférable que les Mahorais le sachent avant.

Sources

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