Vendredi 23 octobre, en fin d'après-midi, les habitants de Labattoir Centre et de Pamandzi Est ont reçu une consigne devenue familière en Petite-Terre. La Mahoraise des Eaux (SMAE) coupait l'eau de leurs secteurs pour remplir le réservoir de Pamandzi, « quasiment à sec » selon Mayotte la 1ère. Le retour du service était promis pour la fin de soirée, sans heure précise, puisqu'il dépendait de la recharge de l'ouvrage, a relevé L'info Kwezi. Puis viennent les gestes à refaire à chaque remise en eau. On ferme les robinets, on laisse couler doucement jusqu'à ce que l'eau soit claire, et on la fait bouillir pour boire et cuisiner pendant la première demi-journée.
Cette coupure arrive au bout d'une semaine chaotique. Le 16 octobre, un incident à l'usine de Bouyouni repoussait déjà de 10 heures à midi l'ouverture des vannes dans le nord de Mamoudzou et en Petite-Terre. Le 19, la SMAE annonçait avoir localisé une fuite à environ 150 mètres du rivage, côté Comité du tourisme, et programmait la réparation pour le mardi suivant. Elle prévenait alors que le système resterait « fragile encore pendant 2 à 3 jours », avec un risque de ne pas tenir les 30 heures de service prévues. Le secteur de Labattoir Centre, Pamandzi Est et La Vigie devait rouvrir le mardi 20 à midi. Trois jours plus tard, son réservoir était vide.
Une lettre envoyée le 19 octobre, une réponse générale le 23
Le même jour que l'annonce de la fuite, la députée de la deuxième circonscription, Anchya Bamana, écrivait à la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou. Elle demande avant tout le déclenchement du plan Orsec, le dispositif de sécurité civile qui permet au préfet de coordonner moyens publics et privés pendant une crise. Elle réclame son volet « eau potable » pour organiser une distribution de substitution pendant toute la durée des coupures. Elle demande aussi la prise en charge des factures des abonnés, comme l'État l'avait fait en 2023, l'importation d'eau en bouteille depuis les pays voisins pour en faire baisser le prix, et l'étude d'une barge de dessalement flottante. Selon Mayotte Hebdo, une première demande envoyée le 17 juillet était restée sans réponse.
Son courrier vise surtout le calendrier de l'usine de dessalement d'Ironi Bé. Elle écrit à la ministre : « vous faites de l'usine de dessalement d'Ironi Bé la clé de voûte de votre réponse, or son calendrier ne cesse de reculer ». Le 31 juillet, le tribunal administratif de Mayotte a suspendu l'autorisation environnementale du projet et relevé des irrégularités que l'État doit régulariser, rappelle Mayotte Hebdo. La députée demande le calendrier actualisé et la liste des mesures prises depuis.
La ministre n'a pas répondu à cette lettre de façon publique. Le 23 octobre, elle a en revanche diffusé un document de réponses aux mobilisations ultramarines, rapporté par l'AFP et Martinique la 1ère. Pour Mayotte, il cite Ironi Bé et les jeunes du RSMA qui réparent les fuites des bâtiments publics depuis le 16 octobre. Il annonce aussi que 13 000 foyers vulnérables seront équipés, sans dire de quel matériel ni à quelle date. Naïma Moutchou a aussi déclaré : « Je ne veux pas répondre aux difficultés par une accumulation d'annonces. Les Ultramarins attendent des résultats et ils ont raison. »
Il y a quelques jours, ce site regrettait l'absence de filet pour les foyers les plus fragiles. Ce chiffre de 13 000 est le premier engagement chiffré de l'État sur ce point. Encore faut-il savoir ce qu'il recouvre, et le document du 23 octobre ne le dit pas.
Ce que Petite-Terre peut attendre d'Orsec
La comparaison avec la Guyane, où le préfet a déclenché le plan Orsec « sécheresse » le jeudi 22 octobre pour ravitailler les communes isolées, a du poids, même si la crise n'y a pas la même origine. En Guyane, elle vient de rivières trop basses pour les pirogues. À Petite-Terre, l'eau arrive de Grande-Terre par des conduites posées sous le lagon, et un réservoir qui se vide trois jours après une réparation annonce une fragilité du réseau que des palettes de bouteilles ne corrigeront pas. Orsec aurait au moins un avantage sur la gestion actuelle. Il désigne un responsable unique, le préfet, qui rend compte des moyens engagés et des points de distribution. Aujourd'hui, l'habitant de Labattoir apprend la coupure par un communiqué du jour même, et personne ne lui dit combien de mètres cubes restent dans le réservoir dont dépend sa soirée.
L'État peut répondre à la députée sans attendre l'arbitrage sur Orsec, et sans dépenser grand-chose. Publier chaque matin, avec la SMAE, le niveau des réservoirs de Pamandzi et de Labattoir permettrait aux familles de remplir leurs bidons avant que les robinets se tarissent. L'annonce des 13 000 foyers gagnerait à être détaillée dans un document daté, qui dise si l'on parle de citernes ou de bons d'eau, quelles familles sont visées et qui les recense. La prise en charge des factures demande, elle, un arbitrage budgétaire, mais le précédent de 2023 existe, et les abonnés de Petite-Terre continuent de payer pour un service qui s'interrompt quelques heures après les avoir prévenus.
À l'Assemblée, un amendement au projet de loi de finances pour 2027, déposé le 21 octobre par Joseph Rivière (Rassemblement national) au nom de la commission des affaires économiques, propose 5 millions d'euros pour installer des citernes dans les logements sociaux des départements d'outre-mer, dont Mayotte. Son sort en séance reste à connaître. L'idée rejoint l'annonce ministérielle et pourrait lui donner une base budgétaire, à condition que les logements de Petite-Terre figurent parmi les premiers servis.
Reste le contrat de délégation de la SMAE, qui expire le 31 décembre 2026, rappelle Mayotte Hebdo, soit dans soixante-huit jours. La députée demande à l'État de garantir qu'aucune rupture du service ne survienne au 1er janvier 2027. Les habitants de Pamandzi ont le droit de savoir, avant le 1er décembre, qui ouvrira leurs vannes le 2 janvier et avec quel plan d'urgence en cas de nouvelle casse sous le lagon.
Sources
- Le réservoir de Pamandzi est à un niveau bas, l'eau doit être coupée à Labattoir Centre et Pamandzi Est — Mayotte la 1ère
- Coupure d'eau à Labattoir Centre et Pamandzi Est — L'info Kwezi
- SMAE : coupure d'eau pour remplir le réservoir de Pamandzi — Le Journal de Mayotte
- En Petite-Terre, l'eau revient progressivement après plusieurs incidents — Mayotte la 1ère
- « Madame la Ministre, on n'étanche pas la soif d'un peuple avec des calendriers », la députée Anchya Bamana réclame toujours le plan Orsec pour Mayotte — Mayotte la 1ère
- Crise de l'eau : Anchya Bamana réclame des mesures d'urgence à l'État — Mayotte Hebdo
- Carburant, eau, commerces : l'exécutif tente de répondre aux revendications des outre-mer — Martinique la 1ère (AFP)
- Amendement, M. Joseph Rivière, 21 octobre 2026 (Projet de loi de finances pour 2027, ETAT B) — Assemblée nationale

