OutroPoint de vue

Le volet eau du plan Orsec devait être prêt fin juillet, Mayotte attend toujours de le voir servir

Le ministère des Outre-mer l'avait annoncé au Journal officiel en août. Trois mois plus tard, la Guyane active son plan sécheresse, Petite-Terre manque d'eau et la préfecture de Mayotte n'a toujours pas rendu public le dispositif qui dirait quand l'État doit distribuer de l'eau.

Version audio
Partager
Le volet eau du plan Orsec devait être prêt fin juillet, Mayotte attend toujours de le voir servir
Photo : Retenue collinaire de Dzoumogné 2 — Plg56, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Le 25 août 2026, le ministère des Outre-mer a publié au Journal officiel une phrase qui engage l'État. En réponse à la question écrite n° 14520 de la députée Anchya Bamana (Rassemblement national, 2e circonscription de Mayotte), il écrivait : « Le volet "eau" du plan ORSEC est en voie d'achèvement (prévu fin juillet 2026). » Fin octobre, je cherche encore la trace publique de ce document, et les Mahorais continuent de vivre au rythme des tours d'eau.

Un déficit que l'État chiffre lui-même

La même réponse ministérielle pose le diagnostic en chiffres. Les installations peuvent produire 39 000 m³ par jour quand la demande atteint 47 500 m³. Les tours d'eau sont maintenus, avec « de l'eau distribuée en moyenne 36h sur une période de 72h ». Le ministère y fixe aussi un seuil. Des mesures d'urgence, comme la distribution de bouteilles, peuvent être prises en cas de difficulté à assurer une distribution supérieure aux standards actuels, définis comme « eau potable distribuée 50 % du temps ».

Le texte comptait sur la seconde usine de dessalement d'Ironi Bé, à Dembéni, pour un « gain escompté de 10 000 m3/jour fin 2027 ». Le 31 juillet 2026, le tribunal administratif de Mayotte, saisi par Mayotte Nature Environnement, France Nature Environnement et le Gepomay, a suspendu l'autorisation environnementale accordée par arrêté préfectoral du 3 juillet 2025. Selon Mayotte Hebdo, les juges ont relevé trois illégalités, dont l'absence d'information du Parc naturel marin sur les rejets chimiques prévus dans le lagon et l'insuffisance des compensations prévues pour la destruction de zones humides. Ils ont laissé six mois pour régulariser.

Le 19 octobre, Anchya Bamana a écrit à la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou. Selon Mayotte la 1ère, elle lui adresse six demandes, dont le déclenchement du plan Orsec eau potable, la reconduction de la prise en charge par l'État des factures d'eau mise en place en 2023 et la garantie de la continuité du service au 1er janvier 2027. Mayotte Hebdo rappelle que la délégation confiée à la SMAE prend fin le 31 décembre 2026. Mayotte Hebdo rapporte qu'elle avait déjà formulé la demande d'Orsec le 17 juillet, sans réponse. Le 22 octobre, toujours selon ces deux médias, le préfet de la Guyane a activé un plan Orsec sécheresse pour ravitailler des communes isolées. Le lendemain, la SMAE coupait l'eau à Labattoir Centre et à Pamandzi Est pour remplir un réservoir de Pamandzi décrit par Mayotte la 1ère comme « quasiment à sec ».

Les chiffres

  • 39 000 m³ produits par jour pour une demande de 47 500 m³ (réponse ministérielle, JO du 25 août 2026)
  • 36 heures d'eau en moyenne sur 72 heures (même source)
  • 30 % de la population sans eau courante (même source)
  • 10 000 m³ par jour attendus d'Ironi Bé fin 2027, autorisation suspendue le 31 juillet 2026 (réponse ministérielle ; tribunal administratif de Mayotte)
  • 6 mois accordés par le tribunal pour régulariser l'autorisation (Mayotte Hebdo, 4 août 2026)

Un seuil d'urgence posé exactement sur le régime ordinaire

Je relis ce standard de « 50 % du temps » et je fais le calcul que tout abonné mahorais fait chaque semaine. Trente-six heures sur soixante-douze, cela donne exactement la moitié. Le régime ordinaire de l'île se situe donc pile sur la ligne que le ministère trace pour justifier des mesures d'urgence. Tant que les tours d'eau tiennent leur cadence, l'État peut considérer que rien d'exceptionnel ne se passe. C'est une manière commode de transformer la pénurie en norme administrative.

Or la moyenne masque les ratés. Le 23 octobre, faute d'eau dans le réservoir de Pamandzi, Labattoir Centre et Pamandzi Est ont été coupés, sans qu'aucun plan d'urgence n'ait été annoncé. C'est précisément pour ces situations qu'existe un plan Orsec, qui dit à l'avance qui distribue, où, avec quels stocks et à partir de quel déclencheur. Le préfet en a la charge, et le ministère lui-même annonçait son volet eau pour l'été.

La Guyane montre pourtant que l'État sait activer ce dispositif. Là-bas, une sécheresse liée au climat a conduit l'État à activer le dispositif. À Mayotte, le déficit est structurel, 8 500 m³ par jour d'après les propres chiffres de l'administration, et l'outil prévu pour y répondre n'avait pas été rendu public à la date de publication. Je ne demande pas que l'on décrète une crise pour le principe. Je demande que la population sache à partir de quel niveau de coupure l'État s'oblige à agir.

La suspension d'Ironi Bé fragilise l'échéance de fin 2027, déjà lointaine, qui dépend désormais d'une régularisation dont je n'ai trouvé aucun calendrier public. Le syndicat Les Eaux de Mayotte, porteur du projet, et le préfet, signataire de l'arrêté, doivent dire si la régularisation exigée par le tribunal est engagée, puisque chaque mois de retard sur ce chantier repousse d'autant la fin des tours d'eau.

Ce que répondent les autres

Dans sa réponse publiée le 25 août 2026, le ministère des Outre-mer met en avant les crédits du plan Eau Mayotte, « 65 M€ en 2024, 70 M€ en 2025 », et assure que des mesures d'urgence « peuvent par ailleurs être prises » au-delà des standards actuels. Aucune réaction publique de la ministre des Outre-mer à la lettre du 19 octobre n'a été trouvée à la date de publication, ni de la préfecture de Mayotte sur l'état du volet eau du plan Orsec.

Ce que j'attends du préfet et de la ministre

Je demande au préfet de Mayotte de publier avant le 15 novembre le volet eau du plan Orsec, avec ses seuils de déclenchement, l'état des stocks d'eau embouteillée et la carte des points de distribution par commune. Si le document n'est pas achevé, la préfecture doit le dire et donner une date.

Je demande à la ministre des Outre-mer de dire publiquement, avant le 1er décembre, comment l'État garantira la continuité du service de l'eau au 1er janvier 2027, question restée sans réponse publique depuis la lettre du 19 octobre.

Je demande enfin au syndicat Les Eaux de Mayotte de publier le calendrier de régularisation d'Ironi Bé. Le délai de six mois fixé par le tribunal administratif le 31 juillet expire vers la fin de janvier 2027.

Sources

Cet article vous a intéressé ? Partagez-le :

Partager

La semaine de Chef Bé

Chaque samedi matin, les articles les plus lus de la semaine sur Mayotte, dans votre boîte e-mail. Gratuit, sans publicité, désinscription en un clic.

Nenhum comentário encontrado
Annoncez sur Chef Bé dès 5 €, votre marque devant tout MayotteAnnonce Chef Bé