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Les rats sont revenus sur Pouhou, l'îlot de Dembéni qui abrite la plus grande colonie de pailles-en-queue de Mayotte

Repérés le 17 septembre malgré des campagnes de dératisation menées depuis 2004, les rongeurs menacent les quelque 150 nids de l'îlot. La surveillance des îlots Hajangoua tient sur 120 000 euros du Fonds vert, face au chantier contesté de l'usine de dessalement d'Ironi Bé.

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Les rats sont revenus sur Pouhou, l'îlot de Dembéni qui abrite la plus grande colonie de pailles-en-queue de Mayotte
Photo : Paille en queue à bec jaune dans le lagon de Mayotte — Lizot pierrick, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

En shimaoré, pouhou désigne le rat ou la souris, rappelait Mayotte Hebdo en 2023. L'îlot qui porte ce nom, au large de Dembéni, abrite pourtant la plus grande colonie de pailles-en-queue de Mayotte, près de 150 nids selon le Groupe d'étude et de protection des oiseaux de Mayotte (GEPOMAY). Le 17 septembre, des rats y ont de nouveau été repérés. Dans un reportage publié le 26 octobre, l'hebdomadaire a suivi l'équipe des Naturalistes de Mayotte et du GEPOMAY qui inspecte chaque mois les îlots Hajangoua, soit Kolo Issa, Pengoua et Pouhou.

Le paille-en-queue, ou phaéton à bec jaune, est le seul oiseau marin qui niche à Mayotte. Il pond dans les cavités des falaises de roche volcanique, et le rat noir s'empare de ses œufs même quand un adulte couve. « Environ 95 % des tentatives de reproduction échouent avant même l'envol des jeunes », explique Elsa Barrandon, coordinatrice de l'Observatoire des oiseaux marins au GEPOMAY. Ce jour-là, l'équipe a numéroté 128 nids sur Pouhou, dont environ 30 % abritaient un oiseau.

Depuis 2004, les rats reviennent toujours

L'histoire de la dératisation de ces îlots ressemble à un travail de Sisyphe. Les premières opérations datent de 2004. En 2005, plus de 1 500 rats ont été éliminés sur les trois îlots, environ 200 par hectare, racontait l'ornithologue Gérard Rocamora dans un entretien de 2009. Les rongeurs étaient de retour en 2008. Une nouvelle campagne en 2012 avait permis de déclarer Pouhou indemne, jusqu'aux rats repérés le 17 septembre dernier.

Gérard Rocamora décrivait déjà la cause en 2009. Les rats arrivent dans les pirogues, sur des débris flottants ou à la nage, et l'accès aux îlots « n'est malheureusement pas contrôlé ». Un ancien responsable de la Brigade nature lui avait dit avoir trouvé plusieurs fois des rats en contrôlant des barques de pêcheurs. Dix-sept ans plus tard, Alicia Sedani, chargée de la restauration écologique pour les Naturalistes, constate qu'il n'existait jusqu'à présent « pas de dispositif de biosécurité ». Elle relève désormais chaque mois des « motels à rats », des boîtes en bois équipées de caméras et appâtées à la noix de coco. Cinq sont posées sur Kolo Issa, cinq sur Pengoua et huit sur Pouhou, qui ne mesure que 0,6 hectare.

Le projet tient sur près de 120 000 euros du Fonds vert, versés par la direction de l'environnement, de l'aménagement, du logement et de la mer (DEALM), pour un site dont le Conservatoire du littoral est propriétaire et que les Naturalistes gèrent depuis juillet 2023. Elsa Barrandon pose la question qui fâche : « La vraie question c'est combien de temps on va mener ce projet de dératisation ? On sait que les rats reviennent, c'est une lutte permanente. Mais pour cela il faut des financements ».

Je partage son inquiétude, car une dératisation financée sur deux ou trois ans, puis abandonnée, revient à jeter l'argent public dans le lagon. Après la campagne de 2005, les rats étaient de retour en 2008, et après celle de 2012, ils ont reparu sur Pouhou en 2026. La surveillance doit devenir une ligne permanente, modeste, inscrite dans un budget pluriannuel de l'État ou du Parc naturel marin, plutôt qu'un appel à projets renouvelé à chaque échéance.

Face aux îlots, le ponton d'Ironi Bé

Depuis Kolo Issa, on voit se dessiner sur la côte le ponton de la future usine de dessalement d'Ironi Bé. Mayotte Hebdo rappelle que le tribunal administratif de Mayotte a suspendu le 31 juillet son autorisation environnementale, après un recours de Mayotte Nature Environnement, de France Nature Environnement et du GEPOMAY, et qu'il a relevé plusieurs illégalités, dont l'absence de dispositif contre les matières en suspension pendant les travaux en mer. Le syndicat Les Eaux de Mayotte et le préfet ont six mois pour régulariser. La dispersion des rejets et leurs effets sur les milieux marins restent, écrit l'hebdomadaire, difficiles à établir avec certitude. Or 546 espèces marines ont été recensées autour des îlots, dont 134 coraux durs et 119 poissons, et les tortues vertes et imbriquées fréquentent ces eaux.

Après des années de tours d'eau, les Mahorais ont besoin de cette usine, et l'État doit la construire sans troubler les eaux où vivent ces 546 espèces. La régularisation exigée par le tribunal offre l'occasion d'imposer un suivi des courants et de la qualité de l'eau autour des îlots Hajangoua, publié chaque trimestre, à la charge du maître d'ouvrage.

Les Naturalistes envisagent d'étendre aux trois îlots la réserve naturelle nationale de l'îlot M'Bouzi. Une étude de faisabilité financée par l'Office français de la biodiversité est engagée, mais aucune demande officielle de classement n'aurait encore été déposée, selon Mayotte Hebdo. Ce classement donnerait un cadre juridique à la réglementation des débarquements, qui reste la seule parade durable contre le retour des rats. En attendant, des panneaux aux points de départ des bateaux de Dembéni et une consigne de vérification des embarcations, diffusée aux pêcheurs et aux prestataires touristiques, réduiraient le risque pour presque rien.

La prochaine tournée de surveillance est prévue en novembre. Je demande que la DEALM et le Conservatoire du littoral disent, d'ici là, si le financement des Naturalistes est assuré pour 2027, et que la demande de classement soit déposée avant la fin du délai de six mois accordé pour régulariser Ironi Bé, fin janvier 2027.

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