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Lycéens mahorais en hausse de 60 % en dix ans, l'État paie surtout la vie chère de professeurs qui ne restent pas

L'atlas Géographie de l'École chiffre à 2 960 euros le surcoût d'un lycéen ultramarin, en grande partie dû aux majorations de salaire. À Mayotte, enseignants novices et contractuels changent souvent, et aucun chiffre par lycée n'est publié.

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Lycéens mahorais en hausse de 60 % en dix ans, l'État paie surtout la vie chère de professeurs qui ne restent pas
Photo : Collège de Bouéni, Mayotte — Kramvey, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Pour comprendre pourquoi les lycées de Mayotte craquent, un seul chiffre suffit. Entre 2015 et 2025, le nombre de lycéens y a augmenté de 60,4 %, contre 3,6 % pour l'ensemble du pays, selon Géographie de l'École, l'atlas que le ministère de l'Éducation nationale a publié en juin, et que Outre-mer la 1ère a remis en lumière lundi 2 novembre, deux mois après la mobilisation du lycée du Nord, le 31 août, la première d'un mouvement qui s'est étendu depuis à toute la France, rappelle le média. Le reste de l'atlas parle d'argent public, et c'est lui qui devrait occuper le débat local.

En 2023, l'État dépensait en moyenne 8 550 euros par lycéen en France. Dans les départements d'outre-mer, il dépensait 2 960 euros de plus par élève. On pourrait en conclure que les lycées ultramarins sont mieux dotés. L'atlas explique que l'écart tient d'abord aux salaires. Les enseignants touchent outre-mer une majoration liée à la vie chère, de 40 % ou davantage selon les territoires. S'y ajoutent la forte part d'établissements en éducation prioritaire, la faible présence du privé sous contrat, qui coûte moins cher à l'État, et l'orientation plus fréquente vers la voie professionnelle. Une bonne partie de ces 2 960 euros compense donc le coût de la vie des personnels.

Des professeurs qui arrivent et repartent

Le ministère classe Mayotte avec la Guyane. Les lycéens y viennent plus souvent de milieux sociaux défavorisés et de familles nombreuses. Les enseignants y sont plus souvent débutants ou non titulaires, et ils restent moins longtemps dans le même établissement. Aux Antilles, où les effectifs baissent de 12,4 % en Guadeloupe et de 20,7 % en Martinique sur la même décennie, c'est l'inverse. Le cas de La Réunion est le plus parlant pour nous. Ses lycéens viennent eux aussi, en majorité, de milieux défavorisés, et pourtant la part d'enseignants novices y reste inférieure à la moyenne nationale, selon le même atlas. Un public scolaire difficile n'impose donc pas des équipes qui tournent sans cesse. Un ancien professeur de Guyane, David Sitbon, résume pour Outre-mer la 1ère le problème de ce renouvellement permanent : « Quand tu débarques de l'Hexagone, tu apprends à des gamins sans rien comprendre à leur manière de penser, de voir le monde. »

Les chiffres de la rentrée 2026, publiés par l'académie et repris par Outremers 360 le 24 août, donnent l'échelle mahoraise. Les lycées publics attendaient 21 687 élèves, répartis dans onze lycées, soit près de 2 000 élèves par établissement en moyenne. Le second degré comptait 3 756 enseignants, et l'académie annonçait 141 recrutements de contractuels pour les collèges et lycées. Ces contractuels font tourner les classes. Quand une partie de l'équipe change chaque année, en revanche, le projet d'établissement, le suivi des élèves fragiles et même la relation avec les familles repartent de zéro à chaque rentrée.

Juger l'effort de l'État à Mayotte à la dépense par élève n'a donc guère de sens. Je le jugerais à la stabilité des équipes. Un lycée de 2 000 élèves où la moitié des professeurs connaît déjà les familles vaut mieux qu'un lycée mieux payé où chacun repart au bout de deux ans. Les moyens de cette stabilité sont connus. Logements de fonction en nombre suffisant près des lycées de Mtsangadoua, de Kahani ou de Chirongui, contrats longs pour les contractuels qui donnent satisfaction, préparation aux concours sur place pour ceux qui veulent se titulariser, et bonification de carrière réservée à ceux qui restent au moins quatre ans.

Des tableaux par lycée, toujours absents

L'atlas national compare les territoires. Il ne descend pas au niveau de chaque lycée mahorais, et c'est à cette échelle que les parents et les élèves vivent la situation. Le rectorat dispose pourtant de tout ce qu'il faut pour publier, lycée par lycée, la part d'enseignants contractuels, la part de professeurs arrivés à la rentrée, le nombre d'heures non assurées faute de remplaçant et le taux d'encadrement réel. Ces données existent dans les outils de gestion du personnel. Les rendre publiques chaque année permettrait aux élus, aux syndicats et aux associations de parents de discuter des mêmes chiffres.

Les élèves du lycée du Nord ont obtenu de l'attention en se mobilisant dès le 31 août. Ils ne devraient pas avoir à recommencer pour savoir combien de leurs professeurs seront encore là en septembre 2027.

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