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Machettes interdites depuis mars 2024, la préfecture reconduit son arrêté sans publier ce qu'il a donné

Publié le 30 octobre, le nouvel arrêté préfectoral prolonge l'interdiction jusqu'au 30 avril 2027. Deux ans et demi après la première, aucun chiffre de contrôles, de saisies ou de poursuites n'a été rendu public, et la préfecture comme le parquet ont six mois pour le fournir.

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Machettes interdites depuis mars 2024, la préfecture reconduit son arrêté sans publier ce qu'il a donné
Photo : N2, Passamainty, Mayotte - panoramio — franek2, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Un nouvel arrêté du préfet de Mayotte, publié le 30 octobre, prolonge jusqu'au 30 avril 2027 l'interdiction de vendre, de porter et de transporter des machettes, des chombos et des objets assimilés sans motif légitime. La mesure est en vigueur depuis le 14 mars 2024. Elle est renouvelée tous les six mois, selon Mayotte la 1ère, et chaque arrêté s'ouvre sur une nouvelle liste de violences commises à l'arme blanche. Aucun de ces textes n'est accompagné d'un bilan public de ce que l'interdiction a permis.

D'échéance en échéance depuis mars 2024

Le jour où le premier arrêté a pris effet, le 14 mars 2024, le communiqué de la préfecture annonçait que les forces de l'ordre notifieraient l'interdiction aux grandes enseignes et feraient respecter les mesures « par des contrôles multiples ». Il confiait aux maires et aux polices municipales le soin de la notifier aux autres lieux de vente. Un commerce en infraction s'exposait à une sanction administrative « pouvant aller jusqu'à la fermeture ».

Un arrêté daté du 28 mars 2025 et publié le 2 avril a reconduit l'interdiction jusqu'au 31 octobre 2025, a rapporté RCI. Le suivant, signé le 30 octobre 2025 et publié au recueil des actes administratifs le lendemain, a réservé la vente aux usages agricoles et professionnels justifiés et imposé aux commerçants la tenue d'un registre nominatif des acheteurs, selon Mayotte Hebdo. Celui publié le 30 octobre 2026 maintient l'exigence d'un motif « dûment justifié », c'est-à-dire un « usage professionnel, agricole ou domestique ».

Les peines restent d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende, doublées lorsque deux personnes au moins transportent ces armes ensemble. Pour motiver la prorogation, la préfecture invoque, selon Mayotte la 1ère, « les affrontements répétés entre bandes rivales faisant usage de machettes », parfois accompagnés de barrages routiers. Selon Mayotte la 1ère, les arrêtés recensent sept faits commis entre le 1er mai et le 12 octobre, à Longoni, Tsingoni, Tsararano, Sada, Koungou, Bandraboua et sur la place de la République à Mamoudzou.

Les chiffres

  • 14 mars 2024, entrée en vigueur de la première interdiction (communiqué de la préfecture de Mayotte)
  • 30 avril 2027, nouvelle échéance de l'arrêté publié le 30 octobre 2026 (Mayotte la 1ère)
  • Un an de prison et 15 000 euros d'amende, peines doublées à partir de deux personnes (Mayotte la 1ère)
  • Sept faits de violence énumérés dans les considérants entre le 1er mai et le 12 octobre (Mayotte la 1ère)
  • 31 octobre 2025, publication de l'arrêté qui impose aux commerçants un registre nominatif des acheteurs (Mayotte Hebdo)

Une mesure de police qui ne rend aucun compte

Une interdiction générale de cette nature relève de la police administrative. En droit, elle doit reposer sur des troubles réels à l'ordre public et rester proportionnée, ce qui explique ses échéances successives. Les arrêtés successifs remplissent la première condition en listant les violences, mais aucun n'indique si l'outil choisi fonctionne.

Les éléments d'un bilan relèvent des services de l'État. Ils sont en mesure de dire combien de contrôles ont été menés depuis mars 2024 dans les quincailleries et les grandes surfaces, et combien de machettes ont été saisies sur la voie publique. Le parquet de Mamoudzou peut compter les procédures pour port sans motif légitime qui lui ont été transmises. Ils peuvent aussi dire combien de commerces ont été sanctionnés et si les registres d'acheteurs, obligatoires depuis l'arrêté de 2025, ont été vérifiés. Sans ces chiffres, personne ne peut dire si l'interdiction atteint ceux qui s'arment avant un affrontement. Elle pèse peut-être surtout sur l'agriculteur qui doit désormais prouver qu'il va à son champ.

Mayotte la 1ère constate que la mesure n'a pas réussi à endiguer les violences à l'arme blanche. La liste que l'arrêté de 2026 dresse lui-même va dans ce sens, avec une intrusion dans un lycée en juin et des violences en plein centre de Mamoudzou, place de la République, en octobre. Je n'en conclus pas qu'il faudrait lever l'interdiction, qui se défend tant que les affrontements continuent. Ce qui me gêne tient à la durée. Après deux ans et demi de renouvellements sans évaluation publique, rien ne permet de distinguer une reconduction fondée sur des résultats d'une reconduction par habitude administrative.

Les moyens de police et de gendarmerie ne sont pas illimités. Chaque heure passée à contrôler des étals de quincaillerie risque de manquer ailleurs, y compris sur les barrages. Le préfet a les données pour arbitrer entre les deux, et il peut les rendre publiques sans rien compromettre des enquêtes en cours.

Ce que répondent les autres

La préfecture justifie la reconduction par la persistance des affrontements. En 2024, elle annonçait que le préfet prendrait « toutes les mesures nécessaires pour enrayer la violence et restaurer la paix civile ». En 2025, elle présentait l'objectif de l'arrêté comme le moyen de « limiter la circulation d'armes blanches souvent détournées de leur usage agricole », selon Mayotte Hebdo. Aucune réaction publique de la préfecture de Mayotte ni du parquet de Mamoudzou sur l'efficacité de la mesure, ni aucun bilan, n'a été trouvé à la date de publication.

Un bilan avant le 30 avril 2027

Je demande au préfet de Mayotte de publier, avant la prochaine échéance du 30 avril 2027, un bilan chiffré de l'interdiction depuis mars 2024, avec le nombre de contrôles, de saisies, de sanctions administratives contre des commerces et de registres d'acheteurs vérifiés. Au procureur de la République de Mamoudzou, je demande de rendre public, dans le même délai, le nombre de procédures et de condamnations pour port ou transport de machette sans motif légitime. Si une nouvelle prorogation est envisagée, ces deux bilans devront figurer dans ses considérants, à côté des faits divers, avant le 30 avril 2027.

Sources

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