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Majicavo à 240 % en avril, la seconde prison promise depuis 2022 attend toujours son site

Le 16 octobre, une députée réunionnaise rappelle à l'Assemblée que la maison d'arrêt de Saint-Pierre accueille des détenus venus de Mayotte. Quatre ans après la première promesse, la prison modulaire annoncée par Gérald Darmanin en février ne résorberait qu'une partie de la saturation de Majicavo.

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Majicavo à 240 % en avril, la seconde prison promise depuis 2022 attend toujours son site
Photo : Koungou — Pauly, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

La saturation de la prison de Majicavo a refait surface à l'Assemblée nationale par un détour réunionnais. Le 16 octobre 2026, en commission des finances, la députée Émeline K/Bidi (Gauche démocrate et républicaine) a déposé l'amendement n° II-CF1083 au projet de loi de finances pour 2027. Elle y réclame une nouvelle prison dans le sud de La Réunion, en remplacement de la maison d'arrêt de Saint-Pierre. Dans l'exposé des motifs, elle écrit que cet établissement est « mis à contribution dans l'accueil de détenus provenant de Mayotte ». Il s'agit d'un amendement d'appel doté de 2 millions d'euros, dont le sort n'était pas connu à la date de publication.

Six cent soixante-huit détenus pour 278 places

Le centre pénitentiaire de Majicavo, sur la commune de Koungou, compte 278 places. Le 10 avril 2026, quatre sénateurs l'ont visité, parmi lesquels Patrick Kanner, président du groupe socialiste, et Saïd Omar Oili, sénateur de Mayotte. Ce jour-là, selon Mayotte Hebdo, l'établissement hébergeait 668 personnes, soit un taux d'occupation de 240 %. Sa directrice adjointe, Mathilde Cunha, a précisé que 314 détenus dormaient sur des matelas posés au sol, dans des cellules de 13 à 19 m² occupées par quatre à six personnes.

Au 1er mai, l'effectif était de 664, d'après un second article du même hebdomadaire publié le 3 juin. Il était de 625 en février. L'opération de police Kingia, menée fin avril, n'a pas fait grimper ces chiffres de façon notable, ce que le journal lit comme le signe d'une surpopulation installée.

La tension n'est pas nouvelle. En septembre 2024, une mutinerie impliquant une centaine de détenus a été suivie de la démission du directeur et du transfert de 27 détenus vers La Réunion, rappelle Mayotte Hebdo.

La réponse de l'État tient en deux annonces. En mars 2022, le garde des Sceaux Éric Dupond-Moretti jugeait nécessaire une nouvelle prison, « pas dans vingt ans », en indiquant que le financement existait et que manquait le foncier. Le projet portait alors sur 400 places. Le 23 février 2026, son successeur Gérald Darmanin a proposé à Mayotte un établissement modulaire de 250 à 300 places. Selon Mayotte Hebdo, il s'est dit capable de construire une prison de 250 places en un an et demi. Au 3 juin, le site restait à déterminer, et nous n'avons trouvé aucune annonce publique d'un terrain retenu à ce jour.

Les chiffres

  • 668 détenus pour 278 places à Majicavo le 10 avril 2026, soit 240 % (Mayotte Hebdo, 14 avril 2026)
  • 314 détenus dormant sur des matelas au sol à la même date (directrice adjointe de l'établissement, citée par Mayotte Hebdo)
  • 400 places annoncées en 2022, 250 à 300 places pour le projet modulaire de 2026 (Mayotte Hebdo, 3 juin 2026)
  • Entre 130 % et 148 % d'occupation à Majicavo même après l'ouverture du site modulaire, dans l'hypothèse la plus favorable (Mayotte Hebdo, 3 juin 2026)
  • 179 % d'occupation à la maison d'arrêt de Saint-Pierre en 2026 (amendement n° II-CF1083, Assemblée nationale)

Une prison née trop petite

Le constat de saturation vient de la direction de l'établissement elle-même. Devant les sénateurs, Mathilde Cunha a déclaré : « Dès son ouverture, elle était déjà saturée. » Le même jour, Patrick Kanner a déclaré : « On a construit il y a dix ans une prison sous-dimensionnée. » Selon la directrice adjointe, les vestiaires, les cantines et les douches « ne sont pas dimensionnés pour 600 détenus ». Elle chiffre le besoin à « au moins 400 places supplémentaires ».

Le projet modulaire répond à une partie de ce besoin. Avec 250 à 300 places, il reste en deçà des 400 places annoncées en 2022 et des 400 places supplémentaires demandées par la direction de l'établissement. Mayotte Hebdo estime que, même dans le meilleur scénario, Majicavo resterait entre 130 % et 148 % d'occupation, autour d'une moyenne nationale qu'il situe à 140 %. L'investissement ramènerait ainsi Majicavo vers la moyenne d'un parc carcéral national lui-même surpeuplé.

La soupape réunionnaise se referme

Faute de places à Mayotte, une partie de la pression part vers La Réunion, une solution dont l'amendement du 16 octobre montre la limite. La maison d'arrêt de Saint-Pierre atteint elle-même 179 % d'occupation en 2026, avec des dortoirs prévus pour dix personnes qui en accueillent jusqu'à seize, selon le texte déposé. La députée ajoute que « les juges sont de plus en plus réticent [sic] a y ordonner le placement en détention provisoire ». Transférer des détenus de Majicavo vers un établissement dans cet état revient à déplacer la surpopulation sans la réduire, et à éloigner des personnes détenues de leurs familles et de leurs avocats, à environ 1 400 kilomètres.

Le foncier, une explication qui ne suffit plus

Depuis 2022, le foncier sert d'explication officielle au retard. Le sénateur Saïd Omar Oili conteste cette lecture. Il a indiqué que trois sites avaient été proposés à l'État, à Kawéni, à Koungou et à Ongoujou. L'administration n'a pas publié, à notre connaissance, l'analyse qui l'aurait conduite à écarter ou à retenir l'un d'eux. Quatre ans et demi après l'annonce de 2022, cette absence de document public empêche les Mahorais de savoir si le blocage tient au terrain, au budget ou à l'arbitrage du ministère.

Ce que répondent les autres

Le ministère de la Justice a annoncé en février 2026 un établissement modulaire, sans déclaration publique plus récente trouvée sur le site retenu. Gérald Darmanin a déclaré à Mayotte, le 23 février 2026 : « Je suis capable de construire une prison de 250 places en un an et demi. » Son prédécesseur Éric Dupond-Moretti avait assuré en mars 2022 que le financement existait et que le foncier faisait défaut. Le sénateur Saïd Omar Oili a répondu sur ce point, en avril 2026 : « Les élus ont fait leur part. » Aucune réaction publique du ministère de la Justice à l'amendement n° II-CF1083 n'a été trouvée à la date de publication.

Je demande un calendrier signé et un terrain nommé

La promesse de 2022 a perdu au moins une centaine de places en route. Le délai d'un an et demi annoncé en février ne court officiellement à partir d'aucun terrain, et la seule soupape existante passe par une prison réunionnaise elle-même au bord de la rupture. Ce manque de places dignes pèse sur les détenus comme sur les surveillants qui travaillent dans ces conditions.

Je demande au garde des Sceaux de rendre public, avant le vote des crédits de la mission Justice du budget 2027, le site retenu pour l'établissement modulaire, son nombre exact de places et sa date de livraison. Le préfet de Mayotte devrait, de son côté, publier l'état foncier des trois terrains proposés par les élus, avec les raisons pour lesquelles aucun n'a été retenu publiquement à ce jour. La direction de l'administration pénitentiaire, enfin, doit publier chaque trimestre le nombre de détenus transférés de Majicavo vers La Réunion et vers l'Hexagone, à compter du 1er janvier 2027.

Sources

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