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Mayotte importera l'eau en bouteille de Maurice, dont le grand réservoir est tombé à 33,8 %

Un arrêté préfectoral du 22 octobre autorise pour trois mois la vente à Mayotte de l'eau ILEA, produite à Maurice. Ni le prix, ni les volumes, ni les résultats des contrôles sanitaires n'ont été annoncés, alors que les tours d'eau doivent durer jusqu'en 2028.

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Mayotte importera l'eau en bouteille de Maurice, dont le grand réservoir est tombé à 33,8 %
Photo : Retenue collinaire de Dzoumogné — Plg56, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons

Le 27 octobre, le réservoir de Mare-aux-Vacoas, le plus grand d'eau douce de l'île Maurice, était rempli à 33,8 %, a rapporté Réunion la 1ère le 29 octobre, qui qualifiait cette baisse de « très inquiétante, mais normale ». C'est pourtant de Maurice que Mayotte attend une partie de son eau de boisson pour les prochains mois. Par un arrêté du 22 octobre publié le lundi 2 novembre, la préfecture a autorisé l'importation de l'eau en bouteille de marque ILEA, produite à Maurice par la société Quality Beverages Limited, selon Mayotte Hebdo.

L'autorisation vaut trois mois à compter de la première importation. Les bouteilles seront réservées au marché mahorais et soumises à des contrôles sanitaires. L'arrêté invoque la sécheresse, des réserves insuffisantes, les difficultés d'approvisionnement depuis La Réunion et les risques sanitaires liés au manque d'eau. Ce dernier point n'étonne personne ici, car à chaque remise en eau la SMAE recommande encore de faire bouillir l'eau du robinet pendant la première demi-journée.

Une solution déjà essayée en 2023

La mesure a un précédent. En mai 2023, un arrêté préfectoral avait autorisé pour dix mois l'importation d'eau mauricienne, analysée par l'ARS, et Mayotte la 1ère relevait alors que les autorités de Maurice avaient retiré du marché, à deux reprises, des eaux en bouteille contaminées par une bactérie. Raison de plus pour que l'ARS publie cette fois ses analyses de l'eau ILEA lot par lot, avant la mise en rayon. Trois ans plus tard, on refait le même geste, avec la même dépendance à un voisin lui-même à court d'eau, et La Réunion n'est guère mieux lotie puisque la distribution y était suspendue la nuit à Salazie fin octobre, d'après Réunion la 1ère.

Ces bouteilles dépanneront des familles pendant trois mois, et personne ne s'en plaindra. Le réseau, en attendant, reste mal en point. En septembre, Ibrahim Aboubacar, directeur général des services des Eaux de Mayotte, chiffrait devant le Journal de Mayotte la demande quotidienne à 48 000 mètres cubes pour une production de 40 000, soit un déficit de 20 %. Il prévoyait des tours d'eau au moins jusqu'à la mi-2028, date espérée de mise en service de l'usine de dessalement d'Ironi Bé et de ses 10 000 mètres cubes par jour, et une troisième retenue collinaire opérationnelle « au mieux en 2032 ». Depuis le 15 juillet, rappelait Mayotte Hebdo, la plupart des foyers reçoivent 30 heures d'eau pour 42 heures de coupure.

Trois fuites par kilomètre

Le directeur des Eaux de Mayotte livrait aussi un chiffre plus inquiétant encore. En 2021, le réseau comptait une fuite par kilomètre, il en compte aujourd'hui trois. Selon lui, 77 % des fuites sont repérées après le branchement et 8 % au compteur, si bien que 85 % se situent du compteur jusqu'au robinet, chez les particuliers, là où le syndicat dit n'avoir « pas de solutions juridiques ». Il ajoutait que l'alternance de pression et de dépression imposée par les tours d'eau abîme les canalisations. Plus les coupures durent, plus les tuyaux souffrent. Puisque l'essentiel des pertes se situe chez les abonnés, un fonds de réparation des fuites après compteur, ouvert aux ménages modestes et géré avec les communes, ferait gagner de l'eau dès cette saison sèche, sans attendre 2028. Les Eaux de Mayotte et le Département-Région pourraient en chiffrer le coût d'ici la fin de l'année.

La préfecture a eu raison d'ouvrir une autre route d'approvisionnement. Personne ne sait pourtant combien de palettes arriveront ni à quel tarif, alors que le prix de la bouteille pèse lourd dans les budgets des familles les plus pauvres de l'île. Un prix maximal affiché en magasin, comme l'État l'a déjà imposé par le passé, éviterait que la pénurie fasse des marges. Les bouteilles vides s'ajouteront aux déchets d'une île qui peine à les collecter, et l'importateur devrait être associé à leur reprise.

Jeudi 5 novembre, Mayotte était placée en vigilance jaune pour fortes pluies et orages, selon L'info Kwezi. Une averse ne remplit pas les retenues de Combani et de Dzoumogné, et Ibrahim Aboubacar notait en septembre que la saison des pluies se resserre désormais sur janvier à mars. Si la première cargaison arrive en novembre, l'autorisation d'importer expirera en février 2027, au cœur de cette courte saison.

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