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Moins de 2 kilos triés par habitant et par an, Mayotte reste très loin des 72 kilos de la moyenne nationale

Citeo a présenté le 13 octobre le bilan de sa campagne de porte-à-porte, qui a touché 70 583 foyers. Mais l'île ne trie qu'environ 600 tonnes par an et manque de bornes. Je demande à Citeo et au Sidevam un calendrier d'implantation et des chiffres publics d'ici au 31 décembre.

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Moins de 2 kilos triés par habitant et par an, Mayotte reste très loin des 72 kilos de la moyenne nationale
Photo : Port de Longoni — Frédéric Ducarme, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

L'éco-organisme Citeo prend en charge environ 600 tonnes de déchets triés par an à Mayotte, d'après les chiffres présentés le mardi 13 octobre à Mamoudzou et rapportés par Mayotte Hebdo. Ce total se partage entre 300 tonnes de plastiques et de métaux, 150 tonnes de verre et 150 tonnes de papiers et cartons. Rapporté aux 323 153 habitants recensés par l'Insee au 1er janvier 2026, il donne moins de 2 kilos par personne et par an. La moyenne nationale publiée par Citeo atteint 72 kilos d'emballages et de papiers triés par habitant, et la même infographie indique « Données non disponibles pour Mayotte et Saint-Martin ».

Le calcul est le mien et compare des périmètres proches sans être identiques. L'écart reste de l'ordre de un à quarante, ce qui suffit à dire que le tri, à Mayotte, demeure marginal face aux volumes enfouis à Dzoumogné.

Deux tiers des foyers visités en quatre mois

Depuis le 1er mai 2026, les bornes de tri acceptent tous les emballages en plastique et en métal, y compris les films, pots et barquettes. L'Hexagone applique cette règle depuis le 1er janvier 2023. Pour accompagner le changement, Citeo s'est associé à Nayma, une structure d'insertion spécialisée dans les métiers de l'environnement, pour une campagne de proximité menée du 22 juin au 8 octobre. Selon Mayotte la 1ère, 70 583 foyers ont été visités et près de 78 000 mémos distribués. Mayotte Hebdo évalue la couverture à environ deux tiers des foyers de l'île, avec 54 salariés dans les 17 communes. À Mamoudzou, les équipes visaient 16 000 foyers et en ont rencontré plus de 22 000.

Ce porte-à-porte a aussi fait remonter un problème. D'après Mayotte Hebdo, une difficulté est revenue régulièrement dans les échanges avec les habitants, l'éloignement des points de collecte. Pour un foyer sans voiture, porter ses sacs triés jusqu'à une borne lointaine décourage vite.

Les chiffres

  • 600 tonnes de déchets triés pris en charge par an à Mayotte, dont 150 tonnes de verre (Citeo, cité par Mayotte Hebdo)
  • 72 kilos d'emballages et de papiers triés par habitant et par an en moyenne nationale (Citeo)
  • 70 583 foyers visités entre le 22 juin et le 8 octobre 2026 (Citeo, cité par Mayotte la 1ère)
  • 60 bornes déjà disponibles, soit 17 points de collecte potentiels, à déployer « dans les prochains mois » (Mayotte la 1ère)
  • 85 000 tonnes par an, seuil d'enfouissement que le tri doit aider à ne pas dépasser à Dzoumogné (Mayotte Hebdo, avril 2025)

Un maillage de bornes encore clairsemé

Les chiffres du maillage varient selon la façon de compter. Mayotte la 1ère parle de 830 bornes d'apport volontaire et de 238 dispositifs Tri-O, Mayotte Hebdo de 238 points de tri. Selon ce dernier, Citeo reconnaît un maillage encore insuffisant. L'implantation de nouvelles bornes bute sur la voirie de certains quartiers, où les camions de collecte passent mal, et les équipements en place subissent des dégradations. Les autocollants de consignes sont parfois arrachés en quelques jours, au point que l'organisme envisage des marquages au pochoir. Des sacs fermés atterrissent dans la mauvaise colonne et compliquent le traitement.

Une fois séparés au centre de tri de Longoni, exploité par Star Mayotte, les plastiques et métaux partent vers l'Hexagone, les papiers et cartons vers l'Inde et la Thaïlande. Quand les navires contournent l'Afrique par le cap de Bonne-Espérance, le trajet passe de quatre ou cinq semaines à huit ou neuf. Sur l'île, le recyclage se limite à quelques initiatives, comme celle d'Habit'âme pour les plastiques rigides.

Le casier de Dzoumogné se remplit

L'essentiel de ce qui n'est pas trié finit à l'installation de stockage de Dzoumogné. En avril 2025, à l'inauguration du casier numéro 2, le président du Sidevam de l'époque, Houssamoudine Abdallah, alertait déjà : « ce centre d'enfouissement se remplit bien trop rapidement ». Chido avait détruit 80 % de l'alvéole neuve, réceptionnée la veille du cyclone. Le directeur de Star Mayotte estimait alors, selon Mayotte Hebdo, que 15 000 tonnes par an n'avaient rien à faire à Dzoumogné. Les 600 tonnes triées chaque année en représentent 4 %.

Citeo finance la collecte sélective et la sensibilisation, les communes et le Sidevam gèrent la collecte et les déchetteries. Le préfet de l'époque, François-Xavier Bieuville, déclarait en avril 2025 : « L'éducation ou la pédagogie en matière de tri est un élément essentiel. […] Je sais que le Sidevam s'y engage, j'attends que le Département s'y engage davantage ». Dix-huit mois plus tard, la campagne de Citeo a bien eu lieu, sans que le nombre de bornes suive.

Ce que répondent les autres

Nicolas Moulin, responsable d'exploitation outre-mer de Citeo, s'interroge sur la taille des ouvertures des bornes, entre limiter les erreurs et faciliter le dépôt, et cherche « le bon équilibre pour pallier les différents problèmes rencontrés ». Sur les délais maritimes, il relativise : « Mais c'est un problème qui touche tous les types de marchandises ». L'éco-organisme annonce une nouvelle campagne dans les médias à partir de fin novembre et réfléchit à des opérations de gratification comme Douka Tri. Le président actuel du Sidevam, Issoufi Madi, maire de Ouangani, a estimé le 1er octobre sur Mayotte la 1ère que « Mayotte ne pourra pas être propre si les habitants ne s'emparent pas des déchetteries ».

Une borne à portée de pas, avec un calendrier

Une salariée de Nayma citée par Mayotte Hebdo a observé que les jeunes, déjà sensibilisés à l'école, se montraient les plus réceptifs. Les consignes circulent donc dans beaucoup de familles, et c'est l'accès à une borne proche qui fait le plus souvent défaut.

Je demande à Citeo de publier avant le 31 décembre 2026 la liste, commune par commune, des 17 points de collecte prévus avec les 60 bornes déjà disponibles, et leur date d'installation. Le Sidevam devrait rendre public dans le même délai le tonnage enfoui en 2025 et la capacité restante du casier numéro 2. Le préfet de Mayotte pourrait, de son côté, publier chaque année avec ces deux acteurs le tonnage trié par habitant, à comparer aux 72 kilos de la moyenne nationale.

Sources

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